Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

17 novembre 2007

L'affaire Dominici

Affaire_DominiciBien avant que Michel Serrault n’interprète le fermier le plus tristement célèbre de France, un autre monstre sacré avait accepter d’endosser ses habits à l’écran : ce monstre sacré n’était autre que Jean Gabin dans L’affaire Dominici.

Rappel des faits : dans la nuit du 4 au 5 août 1952, à quelques kilomètres du village de Lurs en Alpes-de-Haute-Provence, près de la Grand Terre plus précisément, ferme de la famille Dominici, Jack Drummond, sa femme et sa fille sont tués de six balles et d’un crâne fracassé pour l’enfant. Les soupçons se dirigent rapidement vers Gaston Dominici, patriarche et propriétaire de la Grand Terre homme sévère et peu loquace. Accusé par ses deux fils, le père Dominici avoue puis rétracte plusieurs fois ses aveux, sous la pression du commissaire Sebeille. Le procès fait grand bruit, et Gaston Dominici finit par être condamné à mort à l’âge de 77 ans. A peine 15 jours après le verdict, une nouvelle enquête est lancée, pour contrer l’absence de preuves et une série d’invraisemblances qui font douter de la culpabilité du vieil homme. En 1957, le Président Coty commue sa peine et, en 1960, De Gaulle gracie Dominici, qui ne s’expliquera jamais sur ce crime si ce n’est auprès d’un moine qui garda pour lui la confession. Gaston Dominici décédera en 1965. Plusieurs thèses, plus ou moins farfelues, ont été avancées par la police et la presse : crime passionnel, règlements de comptes post-résistance, conflits de famille Dominici et même une thèse politique, où espions et gouvernements seraient mêlés au triple homicide.

Si la thèse politique était l’essentiel du téléfilm avec Serrault, le film de Claude Bernard-Aubert lui tente de ne jamais prendre parti. Je dis bien tente car il sous-entend plus d’une fois la thèse post-résistance, à travers ce groupuscule auquel appartenait vraisemblablement l’un des fils Dominici. Présenté comme un reportage (avec inserts des dates clés), le film s’attarde à illustrer comment un vieil homme s’est retrouvé sur le banc des accusés malgré des preuves absentes ou du moins intangibles. Visiblement convaincu de l’innocence de Gaston Dominici, dont le caractère taciturne n’a certes pas contribué à sa popularité, le réalisateur tente de démontrer en quoi cette parodie de procès qui coûta la fin de vie d’un homme simple était ridicule, et qu’un tel dysfonctionnement judiciaire ne doit jamais se reproduire. L’idée est belle mais traitée avec tant de distance, de froideur presque documentaire que l’on finit par se détacher du film, par ne plus prendre en pitié ce pauvre bougre dont on doute encore, à la fin du long métrage, de son innocence.

Ne tournons pas autour du pot, ce n’est pas tant par son propos que ce film a retenu l’attention que par son sujet un peu oublié à l’époque (20 ans après les faits) et surtout son casting. Outre les débutants Victor Lanoux, Gérard Darrieu, Gérard Depardieu ou Jean-Pierre Castaldi, on retrouve dans le rôle principal cette illustration même de ce que devait être le vrai Dominici : Jean Gabin, en bout de course (il décédera trois ans après la sortie du film) et dont la forte tête réputée confère automatiquement à son personnage cette dose d’antipathie qui permet néanmoins au spectateur de ne pas le rejeter. Se laissant aller dans le détestablement correct, économe de discours et de gestes grandiloquents qui ont fait sa réputation, Gabin compose un Dominici tout en retenue, discret et dont on ne sait, au final, pas grand-chose. Comme si, lui aussi, voulait s’effacer derrière le personnage historique afin que chacun s’en forge sa propre opinion. Un tour de force de la part d’un des acteurs français les plus connus au monde.

Sans cet acteur mythique, le film n’aurait peut-être pas traversé les âges, étouffé par le téléfilm récent bien plus prenant et vivant que cette approche aseptisée d’un des grands mystères de la France profonde. Mais dans le feuilleton aussi, c’était Serrault qui l’emportait sur le récit. L’affaire Dominici où la fascination d’un personnage hors du commun.

Note : **

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1970 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 septembre 2007

Waterloo

waterlooS’il existe une injustice dans le monde du cinéma, c’est bien celle du box-office, cruel juge de la vie d’un film. Il arrive ainsi que des navets sans nom connaissent leur heure de gloire tandis que de splendides films, eux, se retrouvent maudits et sont délaissés par le public. Waterloo fait ainsi hélas partie de cette dernière catégorie.

A la réalisation, Sergueï Bondarchuk, habitué des fresques immenses puisque déjà heureux papa du film le plus cher de l’Histoire du cinéma, Guerre et paix (estimé à l’heure actuelle à 560 millions de dollars) et qui s’attelle à l’un des personnages les plus fascinants de tous les temps, au travers de sa plus célèbre bataille avec Austerlitz. Derrière ce projet, le producteur Dino de Laurentiis, producteur qui lui aussi voyait grand, très grand, trop grand. Dès le départ, le film ne s’annonce pas très bien : des soldats de l’Armée rouge, utilisé en tant que figurants pour l’armée britannique, sont tellement effrayés parla charge de la cavalerie que Bondarchuk, malgré tous les stratagèmes possibles, doit abandonner la scène ; des agents du KGB font le déplacement pour surveiller tous les acteurs non russes ; John Savident s’inflige une très vilaine blessure lors d’une chute de cheval dans le film ; enfin, Dino de Laurentiis le mégalo est aussi un radin à l’occasion, et ordonne au caméraman de ne pas recharger sa caméra lorsque Napoléon fait son speech d’abdication, ce qui  eu pour but de couper  le jeu de Steiger avant que celui-ci ne termine la scène. Certains remarqueront même un côté tendancieux au film (les Prusses étant représentés comme une sorte de sauveurs, et le bruit des pas de l’armée française évoquant le bruit des bottes du régime nazi alors que les soldats napoléoniens portaient majoritairement des chaussures). Bref, que des ennuis, et le box-office va porter le coup de grâce : Waterloo est un échec sévère, De Laurentiis tombe de très haut, Bondarchuk perd de son aura et Stanley Kubrick, qui avait également pour projet de réaliser un film sur la vie de Napoléon, se voit refuser le projet, qu’il ne pourra finalement jamais monter.

Et pourtant, pourtant ! Il convient de voir à l’heure actuelle Waterloo comme l’une des plus brillantes, si pas la plus réussie, des adaptations de la vie de Napoléon. Tour à tour épique et intimiste, le film s’approche plus d’une fois de la perfection faite film historique.

En grande partie, la réussite vient de Bondarchuk lui-même qui, s’il aurait pu se laisser aller au spectacle hollywoodien en se limitant à représenter la célèbre bataille, se livre à une réflexion non seulement sur Napoléon à ce moment de sa vie mais aussi à l’Homme en général et l’incommensurable bêtise de la guerre. La première moitié du film mets ainsi en avant le pourquoi de ce conflit, mais aussi l’appréhension d’un côté comme de l’autre de la bataille. Napoléon comme le Duc de Wellington ne sont finalement que des hommes après tout. Cette remise en cause de l’Empereur, souvent considéré comme une icône sacrée, gagne au fur et à mesure en qualité à l’approche d’un des tournants historiques de l’histoire de l’Europe. La seconde moitié, sans délaisser pour autant l’introspection de son personnage, est d’un dantesque rarement atteint : si le nombre de figurants utilisés (20 000 pour l’occasion) ne garantit jamais la qualité d’un film, il faut tout de même admettre qu’elle peut grandement l’aider comme ici, où les armées françaises, britanniques et prusses envahissent tellement l’écran que l’on a l’impression de vivre en direct la bataille. Point de vue découpage, Bondarchuk en connaît un rayon, et aux plans d’ensemble se juxtaposent des plans plus serrés, parfois très proches, pour saisir au mieux l’horreur du moment. La précision historique s’ajoutant au réalisme et au gigantisme des scènes de combats confèrent ainsi à Waterloo un cachet unique et inégalable. Et malgré tout, Bondarchuk ne perd jamais son objectif de vue, comme le démontre ce plan final de Wellington chevauchant parmi les morts, des centaines, des milliers, dont la seule différence est la couleur de leurs uniformes.

L’autre élément de réussite du film est sans conteste Rod Steiger, d’une crédibilité à toute épreuve et d’une puissance de jeu comme il en avait le secret. Ils ne sont guère nombreux à lui tenir tête, tout au plus Christopher Plummer dans le rôle de Wellington (faisons l’impasse sur Orson Welles hélas trop rare dans le rôle de Louis XVIII). Steiger, qui se trouve parfois à la limite de la surenchère, interprète pourtant le Napoléon le plus exact du cinéma, à la fois arrogant, sûr de lui mais en proie aux doutes lors du moment fatidique, génie militaire et chef au charisme fou, capable d’envoyer des milliers d’hommes à la mort pour sa cause personnelle.

Waterloo est donc un grand film, qu’on se le dise, et si le public de l’époque n’a pas su faire l’accueil triomphal qu’il méritait, il convient de revoir sa position, que l’on soit cinéphile, passionné d’histoire ou amateur de fresques inoubliables : le film de Bondarchuk associe tout cela en à peine 2h15 d’intimisme et d’épique. « L'art d'être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l'art de réussir » comme l’aurait dit un certain Bonaparte…

Note : **** 

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1970 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 août 2007

Les aventures de Rabbi Jacob

Aventures_Rabbi_JacobPeut-on vraiment tout critiquer ? Par définition, oui, mais dans le monde du septième art, il existe quelques films qui, malgré un nombre incroyable de défauts, restent des moments d’extase, des petites pépites brutes que l’on ne peut s’empêcher d’aimer. Les aventures de Rabbi Jacob, par exemple, fait partie de cette catégorie de films.

Soyons francs, le film n’a vraiment rien d’extraordinaire. Réalisation banale, comédiens drôles mais pas inouïs, scénario creux, pseudo message de paix… En gros, même pas de quoi allumer sa télé un dimanche soir. Néanmoins, il suffit parfois d’un petit quelque chose pour faire d’un film très moyen un métrage regardable, que dis-je, appréciable.

En l’occurrence, ce quelque chose répond au nom de monsieur Louis de Funès, qui n’ayons pas peur de l’affirmer haut et fort reste le plus grand acteur comique français de tous les temps aux côtés de Fernandel et Bourvil. Ce n’est pas tant sa performance qui impressionne, car il exploite simplement ses acquis (mimiques, personnage de Français un peu moyen et caractériel), mais c’est surtout cette capacité incroyable de tirer à lui seul un film entier. D’autant plus grand encore est son mérite qu’à l’époque, il a déjà des problèmes cardiaques, ce qui ne l’empêche pas d’exécuter lui-même la célèbre danse juive, et ce en plusieurs prises ! Une telle passion, une telle vie ne peut laisser indifférent, c’est certain.

Pour le reste, on décline. Le scénario contient sa dose d’humour, tant dans les scènes (l’usine à chewing-gum) que dans les répliques mais hélas se donne de faux airs de film politique, ou philanthropique au choix, à l’instar de cette image d’un Juif et d’un Arabe se serrant une poignée de main désignée comme fraternelle…

Gérard Oury était certainement un pro dans la manière de faire des films qui plairont au public, mais il ne faisait certainement pas dans le sophistiqué. Ici encore, sa mise en scène est très classique, pour ne pas dire académique, même s’il tente plus d’une fois de nous en mettre plein la vue. Heureusement, ses caricatures de la police ou du peuple juif n’ont rien de méchant, et le film reste de bout en bout dans l’esprit bon enfant.

Un film que tout le monde doit avoir vu, puisqu’on n’hésite pas à nous le servir en moyenne deux fois par an. Et le pire, c’est qu’on le regarde à chaque fois. Ce ne sera jamais un chef-d’œuvre, mais c’est un incontournable. Pas plus mal.

Note : **

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1970 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 juin 2007

L'aveu

aveuCosta-Gavras n’est pas un cinéaste comme les autres : la plupart de ses films provoque la polémique. Et parmi ceux-ci, L’aveu reste un modèle du genre.

Tout d’abord, un peu d’Histoire : à la fin des années 50, le communisme perdait un peu de son emprise sur les pays annexes à l’ex-URSS. Jusque là, le PC chassait ses ennemis en dehors du territoire mais à partir de cette période, il va commencer à « nettoyer » son propre service interne, particulièrement au niveau du pouvoir politique. De la sorte, de nombreux ministres et autres noms importants de la scène politique se sont vu arrêtés arbitrairement, dont Arthur London, pour être les victimes d’un procès déjà monté, le célèbre « Procès de Prague ».

On ignore encore les véritables motivations d’un tel procès, mais toujours est-il que le procès débuta le 20 novembre 1952. L’issue était planifiée depuis longtemps : depuis des semaines, les accusés apprenaient un texte par cœur, enregistré qui plus est, tandis qu’on leur donnait des médicaments (drogues ?), des UV et autres soins pour masquer les douleurs qu’ils avaient subis jusque là. Le procès se déroulait de la manière suivante : chaque accusé récitait ses aveux au jury, mais le cas échéant pouvait être remplacé par un enregistrement diffusé à la radio. Les avocats n’hésitaient pas à soutenir à leurs clients de plaider coupables et de refuser le recours. C’est ainsi que sur 14 accusés, trois furent condamnés à perpétuité (dont Arthur London) et les 11 autres condamnés à mort. La sentence eut lieu très rapidement, et on brûla leur corps tout aussi vite. Ce ne fut pas le seul procès de ce genre, mais assurément l’un des plus importants. Avec lui, l’étape ultime était franchie : les communistes ne se battait plus uniquement contre l’adversaire mais entre eux également.

C’est lors du montage de Z que Costa Gavras entend parler pour la première fois du récit d’Arthur London. Le cinéaste fut rapidement séduit par l’idée d’en faire un film, de dénoncer les illusions du communisme sur la société intellectuelle de l’époque et surtout de continuer sur sa lancée de thrillers politiques. C’est ainsi que L’aveu devin le deuxième épisode de sa trilogie politique, composée de Z et de Etat de siège peu après. Il est amusant de voir que Semprun et Montand s’investirent autant dans le projet, eux-mêmes étant d’anciens communistes confirmés….

Costa Gavras, déjà critiqué à la sortie de Z (et accessoirement menacé de mort et interdit de séjour en Grèce) fut grandement attaqué quant à l’idéologie de son film. Il lui fut en effet reproché, après avoir attaqué la droite dans Z, d’attaquer la gauche, même si l’artiste se défendit en prétendant vouloir uniquement dénoncé les systèmes totalitaristes. Certaines personnes n lui pardonnèrent pas d’avoir abordé ainsi le stalinisme et il reçut à nouveau des menaces de mort. Néanmoins, le film connut à nouveau un succès retentissant, le mythe entourant le film et la performance d’Yves Montand y étant pour beaucoup. Costa Gavras avait réussi à capter l’air de son temps, offrant au public, las des magouilles politiques et des illusions idéologiques, un spectacle froid mais implacable sur l’état du monde actuel, levant le voile sur les dessous des grands crimes politiques non reconnus comme tel.

Il y a bien entendu de la part de Costa Gavras une farouche volonté de dépeindre le stalinisme dans sa plus mauvaise représentation : torture, menaces, procès bidon, lavages de cerveaux et hommes de main sans cœur sont au programme du film. Mais, soucieux de rendre son récit et celui de London crédibles, il évite toute surenchère, tout effet dramatique comme dans Z et opte pour une mise en scène froide, distante, au scalpel, proche du documentaire. Le résultat est saisissant : on ressent intensément le film, on sort de la projection éprouvée – et angoissé. Car oui, Costa Gavras cible là le régime communiste stalinien mais parvient à saisir les bases d’un système totalitaire. Tant qu’il peut, le cinéaste dénonce la manière dont un mouvement – ou idéologie – politique parvient à obtenir les faveurs du peuple et à les garder. Comme dit Montand : « Il est préférable de se tromper avec le parti plutôt qu’avoir raison contre lui ».

Le cinéaste réfute aussi dénoncer la gauche dans son film, et on le croit volontiers sur la dernière image de son film : des adolescents peignant sur un mur la phrase « Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous ». Cette phrase est non seulement un appel au souvenir, au communisme comme le souhaitait Lénine et qui n’a plus rien eu à voir avec le communisme d’alors, mais aussi une marque de fidélité envers la gauche de Costa Gavras. Evidemment, la liberté d’interprétation reste énorme sur ce plan…

Costa Gavras souligne aussi l’absurdité et la malveillance du procès tout au long du film. Outre le fait que les premiers commanditaires de ce film se voit eux-mêmes accusés, le procès est tourné en dérision à trois reprises : un des accusés n’arrive plus à se souvenir de sa phrase, et se voit remplacé par un enregistrement préalable pour ne pas que les autorités perdent la face à la radio ; un autre accusé est si angoissé qu’il en vient à perdre son pantalon. Fou rire général, sauf des autorités qui perdent le contrôle du procès et font donc évacuer la salle ; enfin, l’élément le plus marquant reste cet accusé qui, lors de la reprise du procès, frappe trois coups contre une plainte en bois, les fameux trois coups du théâtre, démontrant par là même le caractère écrit et décidé de ce « spectacle à la gloire du Parti ».

Le réalisateur s’évertue également à dresser aussi fidèlement que possible les tortures infligées aux accusés, tant physiques que morales. A force, on ressent le même isolement, la même douleur que le personnage de Montand, trahi par ceux en qui il avait foi, abandonné des siens. La distance entre le film et le spectateur est alors rompue, Costa Gavras nous implique directement dans le récit : on ne comprend pas pourquoi un homme tient tant à ses convictions, et on ne peut s’empêcher de l’admirer. Lui qui a aussi commis des crimes par le passé nous apparaît pourtant comme un martyr.

Le livre d’Arthur London fut cependant fort décrié à sa sortie, et ce pour plusieurs raisons, le fait le plus troublant concernant la véracité de ce récit reste de effet l’existence de trois documents différents, tous écrit par Arthur London… Dès lors, comment juger objectivement ce que Costa-Gavras et London dénoncent ?

Costa-Gavras reste cependant un formidable professeur d’histoire, démontrant comment un pouvoir politique utilise la propagande (retransmission radiophonique et vidéo du procès, manipulation de la presse, diffusion de la lettre de la femme de Gérard le dénonçant et soulignant sa fidélité au Parti…) et le système social (la perte de l’emploi de la femme de Gérard) pour démontrer son pouvoir et asseoir son autorité.

L’aveu n’est pas un film comme les autres, et surtout à ne pas considérer comme tel. En plus de s’inscrire dans un genre polémique par essence, il s’est inscrit dans un contexte politico-historique important, étant très récent quant aux événements qu’il décrivait. Il convient donc, pour apprécier le film, de connaître l’Histoire qui l’entoure, et de ne pas sombrer dans la critique facile du parti communiste. Outre ses qualités techniques, L’aveu est en effet un film qui ne laisse pas indifférent sur notre manière de voir le monde et son Histoire. Ce n’est qu’en l’analysant objectivement que l’on peut pleinement l’apprécier et voir qu’il s’agit, plus qu’une charge politique, d’un immense plaidoyer pour la liberté politique, bref la liberté de vivre.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1970 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2007

Les Guerriers de la nuit (The Warriors)

warriorsChose promise, chose due, un ami (Max) m'ayant fait découvrir ce petit bijou en échange d'une critique, voici mon avis sur ce film tout simplement surprenant ! (Tu peux laisser un com pour me dire si j'ai loupé des trucs Max ;D )

Il existe certains films qui traversent les époques de manière plutôt discrètes si bien qu’on en vient à les oublier quelque peu. C’est un tort, car il y a parfois comme The Warriors des petites perles qui ne demandent qu’à être vues et savourées.

A New York, où une centaine de gangs se partagent les rues, les combats font rage. La bande la plus puissante, les Gramercy Riffs dirigés par Cyrus, désirent unifier les forces et convoquent tous les gangs à un rassemblement pacifique. Mais la réunion dérape et finit dans le sang : Cyrus est assassiné. Ce meurtre, attribué par erreur aux Warriors, déclenche sur eux la vengeance de tous les autres. La lutte pour la survie commence, le long du trajet de 40 kilomètres qui les relie à leur quartier général...

Nous voici à l’époque où les grandes villes américaines sont infestées de gangs divers et faisant la loi dans les quartiers généralement pauvres. En 1976, un producteur du nom de Lawrence Gordon est fortement intéressé par un roman de Sol Yurick intitulé Les guerriers de la nuit, l’histoire de voyous pris au piège chez l’ennemi (histoire en réalité basée sur Anabasis de Xénophon, le récit de mercenaires Grecs isolés dans les lignes ennemies Perses après la bataille de Cunaxa (-410)) mais craint de ne pas trouver de fonds suffisant vu le sujet et le manque de premier rôle pouvant intéresser une star. Néanmoins, en 1977, la Paramount est intéressée et file le scénario à Walter Hill, qui en réécrit une bonne partie.

Durant le tournage, la réalité rejoint la fiction : de vrais gangs jouent dans le film, un autre « protège » les véhicules pour 500 dollars la journée, une scène est interrompue par l’intervention de la police et lorsque des acteurs se rendent dans un magasin, les gens craignent d’être attaqués ! A cela il faut ajouter un tournage exclusivement de nuit et en extérieur, ce qui n’arrange rien mais le film est bouclé en 60 jours.

La sortie se fait évidemment avec quelques soucis : par exemple, un gang menace l’équipe pour avoir copié leur style vestimentaire sans leur autorisation. Mais le plus dur reste à venir : le film original est classé X aux Etats-Unis, non pour sa violence mais pour sa portée subversive : la commission de contrôle jugea en effet le film doté d'une "portée incitative, dans la mesure où il donne une vision très réaliste de la guérilla urbaine que des gangs peuvent développer pour conquérir une ville." Plusieurs scènes (notamment au début) sont donc retirées, le film passant d'un durée de 94 à 84 minutes.

Il est certain que le film a vieilli, mais ce petit côté rétro, bien ancré dans fin des années 70 qui fait aujourd’hui son charme. Des jeunes ne vivant que de violence, on aurait pu craindre une influence d’Orange Mécanique mais il n’en est rien : les personnages nous deviennent rapidement sympathiques (autant que faire se peut) et on compatit à leur détresse. La mise en scène de Walter Hill n’a peur de rien (1000 figurants pour la réunion au début du film) et prend d’emblée le parti pris de styliser la violence : exemple avec l’un des combats, qui se déroule dans des toilettes pour hommes, bénéficiant d'une chorégraphie complexe et qui nécessita cinq jours complets de travail pour être tourné. Il n’y a d’ailleurs presque pas de sang dans ce film et la mort n’est jamais montrée directement. Ce qui séduit le plus sans aucun doute est ce côté fantastique du film : une ambiance nocturne, un univers hostile, des personnages étranges qui le compose (on pense par exemple aux Baseball Furies, que Walter Hill créa parce qu’il aimait le baseball et le groupe Kiss) et un sentiment d’urgence constant. Il y a ce côté vampire des gangs, qui aiment l’odeur du sang la nuit tombée…

Elément-clé du film : l’absence de vedette. Argument peu porteur d’un point de vue commercial mais qui permet au spectateur de prendre le récit tel qu’il est et non pas comme un divertissement cinématographique : on imagine mal une star jouer les ados rebelles. Pour l’anecdote, on proposa à Robert de Niro un petit rôle, mais il refusa (1977 étant l’année de New York, New York et Le dernier nabab). Dans l’ensemble ils sont plutôt justes, certains se débrouillant mieux que d’autres mais au final, si aucun ne nous a vraiment marqué, pas un ne nous a vraiment exaspéré non plus. C’est déjà ça.

Film méconnu d’un cinéaste sous-estimé, The Warriors a perdu de sa force mais n’a rien perdu de son éclat écarlate, de ce flirt entre le thriller et le fantastique, teinté d’un certain désespoir dans la représentation d’une certaine jeunesse américaine, celle en perte de repères au sortir du Vietnam. La situation n’a pas beaucoup changée…

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1970 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2007

1900 (Novecento)

nineteen_hundredLe cinéma est un moyen d’expression comme un autre, c’est un fait, mais peut-on vraiment s’en servir pour illustrer son idéologie ? Bertolucci a tenté d’y répondre avec 1900.

Il faut dire que Bertolucci n’a jamais caché ses opinions politiques : que ce soit à travers ses films (La stratégie de l’araignée) ou via ses fréquentations (grand ami de Pasolini), Bertolucci s’est toujours avoué comme un communiste convaincu. A l’époque, alors que Mai 68 est encore dans toutes les mémoires, le cinéaste profite de sa notoriété internationale acquise avec Dernier tango à Paris pour parler de son pays, de son Histoire d’un point de vue radicalement marxiste. Initialement prévu comme un film télévisé, le film devient un projet de cinéma et récolte des aides un peu partout : 2 millions chez United Artists, 2 autres chez Paramount et encore 2 chez 20th Century Fox. Ce qui ne l’empêchera de dépasser le budget de 3 autres millions. Le film sera autant décrié qu’acclamé à sa sortie, mutilé aux USA, raccourci d’une demi-heure en Europe (ce qui ramène le film à 5 heures, supprimant au passage des scènes jugées choquantes comme Depardieu et De Niro se faisant masturber par une prostituée ou les deux garçons du début comparant leur pénis), mais passé tout cette effervescence et ce parti pris résolument politique de la part des critiques, qu’en est-il réellement ?

Eh bien cette œuvre fleuve semble avoir vieilli et en y regardant de plus près prêt à sourire jaune ; comment un film faisant l’apologie du communisme a-t-il pu être financé par des sociétés résolument capitalistes ? Le discours de 1900 n’a pas attiré les nouvelles générations vers le communisme mais a bel et bien aidé les studios américains à se remplir les poches. De plus, la foi aveugle de Bertolucci envers son parti l’empêche de voir la réalité en face, le forçant à remanier la vérité historique à sa manière : les fascistes sont décrits comme mauvais et reniés par tous, mais le peuple n’a-t-il pas suivi en masse cette idéologie au départ ? Le message du film par ailleurs est si évident qu’il en perd de sa puissance, ridicule manichéisme de la glorification du pauvre paysan et vilain patron opportuniste et sans notion d’amitié et d’amour. L’utopie finale cependant, où le prolétariat détruit la notion de « patron », est typiquement marxiste mais ne se voit pas glorifiée puisque la réalité revient au galop : les paysans et les bourgeois sont condamnés à se battre éternellement.

La mise en scène de Bertolucci n’aide pas non plus le film a traversé les âges sans problèmes : comme dit précédemment, le film était prévu comme une œuvre télévisuelle, et malheureusement on le ressent plus d’une fois. Il y a aussi cette étrange manie d’une caméra tremblante, ne sachant pas exactement où se mettre, ce qui contraste fortement la plupart du temps avec le plan suivant, très bien construit. SI Bertolucci sait également diriger les foules et répartir équitablement les dialogues entre chaque personnage, il reste cependant étonnamment sage d’un point de vue réalisation dans le sens où aucun événement de grande ampleur ne e passe : nous vivons la montée du fascisme, la lutte communiste et la Seconde Guerre de loin, isolé sur ces terres d’Emilie. En 45 ans (de la mort de Verdi à la Libération), Bertolucci nous isole dans un domaine certes vaste mais qui finit par nous étoffer un peu, les quelques bouffées d’oxygène offertes par des visions des villes étant bien vite disparues. La mise en scène est un mélange bien étrange, où le meilleur du cinéaste côtoie le pire.

Côté casting, que du lourd : Robert de Niro, Gérard Depardieu et Donald Sutherland dans les rôles principaux, Burt Lancaster et Sterling Hayden dans les rôles secondaires. Là aussi, on peut douter de la manœuvre de Bertolucci qui, bien que voulant rendre hommage à son parti, craint l’échec public et s’octroie donc ces stars montantes et ces monstres sacrés d’Hollywood. Fort heureusement, chacun est au sommet de sa forme, Lancaster et Hayden en particulier. Sutherland est assurément le plus marquant de tous, composant un leader fasciste des plus diaboliques et tarés qu’il soit ; stéréotype certes, mai pas tant que ça, même si certaines scènes poussent le bouchon un peu loin (le meurtre du chat par un coup de tête).

Enfin, impossible de parler de 1900 sans aborder la musique d’Ennio Morricone, sans doute l’une de ses compositions les plus marquantes et des plus efficaces, mélangeant terreur et nostalgie, mélancolie et lyrisme comme rarement. Remarquable, tout simplement.

Pour conclure, 1900, trente ans plus tard, qu’est-ce ? Simplement le cri d’amour d’un artiste envers son pays, se servant de ses convictions comme moteur à son récit, ce qui l’empêche du coup d’atteindre les sommets. Quelques scènes mémorables ne font pas oublier d’autres où tout part dans tous les sens, mais le cinéaste semble n’en avoir cure et il a raison : son film est désormais entré dans la légende du cinéma, à juste titre sans doute car malgré ses défauts il reste un moment de bravoure, d’amitié, de désillusion qui renoue avec le lyrisme des grandes épopées d’autrefois. Un film fleuve qui ne laisse personne indifférent, c’est sans doute ça le plus important…

Note : ***

Posté par cinemaniaque à 00:02 - .Années 1970 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2007

Les hommes du Président (All the President's men)

All_The_Presidents_MenLes plus grands films sont parfois basés sur des faits authentiques. Tel est le cas des Hommes du Président, qui s’avère être l’un des meilleurs thrillers politiques de tous les temps !

Suite au scandale du Watergate, les journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post décident de mener leur enquête, qui s’avère des plus compliquées mais qui va bientôt les mener plus loin qu’ils n’auraient oser l’imaginer…

Pour bien situer ce film dans son contexte, il a été réalisé moins de 5 ans après les faits. Le challenge d’être fidèle à la réalité était donc grand, tout en s’assurant un succès populaire d’emblée. C’est sans doute pour cela, et pour obtenir un rôle dans cette production capitale, que Robert Redford a accepté de produire le film, réalisé par le génial Alan J. Pakula, habitué aux films difficiles comme Klute, son premier film.

Le récit se base donc sur le livre écrit par les deux journalistes racontant leur enquête. Comment, d’une simple affaire de cambriolage, on a pu remonter jusqu’à un complot politique qui bouleversa les USA. Pour ce faire, Pakula opte pour une narration linéaire, sans temps morts, et d’une précision remarquable. Chaque scène est essentielle pour bien comprendre la suivante, et est calculée dans le moindre détail.

Le plaisir du film consiste aussi à montrer, une fois n’est pas coutume, l’envers du décor du monde journalistique : c’est alors la première fois que l’on montre comment fonctionne un journal au cinéma. Evidemment, certains éléments semblent être un peu trop caricaturaux, comme d’autres improbables, mais qu’importe, le spectateur y croit et c’est l’essentiel.

L’ennui, c’est qu’à force de suivre toutes les pistes possibles, le spectateur se perd dans les méandres de l’investigation, et lorsque l’on commence seulement à retrouver le fil, on aperçoit ce qu’on a loupé entre-temps. L’opacité se fait parfois trop forte, et il faut bien suivre le récit sous peine de devoir tout recommencer depuis le début. C’est bien là le seul accroc de la mise en scène de Pakula, qui retranscrit de manière fidèle la plus passionnante des enquêtes journalistiques américaine. Le ton est original, le cadrage saisit aussi bien l’atmosphère d’un journal en ébullition qu’une ambiance tendue entre les journalistes et une témoin menacée.

Les hommes du Président, c’est aussi l’histoire d’un duo, pas seulement de journalistes, mais aussi de comédiens. Si le couple Redford-hoffman n’est pas le meilleur, il n’en est pas moins déplaisant, et le contraste qu’il propose est des plus fascinants. D’une part le journaliste idéaliste, de l’autre l’obstiné, que du bonheur. Mais il ne faudra pas pour autant oublier les seconds rôles, dont un Jason Robards en directeur de journal acariâtre mais honnête et soutenant son équipe jusqu’au bout.

A noter enfin que le film ne prend jamais le parti des démocrates en s’attaquant à Nixon et consort ; il illustre simplement combien la presse est un élément vital dans une démocratie par sa recherche constante de la démocratie. Ce souci d’objectivité reste d’ailleurs une des principales forces du film.

Un thriller passionnant, qui évite les habituelles ficelles du genre pour se concentrer sur la manière dont deux hommes ont accompli leur boulot jusqu’au bout. Si l’on sent, de la part du cinéaste et des acteurs, un pointe d’admiration pour les véritables journalistes, nous on en a pour ce film indispensable.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 00:57 - .Années 1970 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 décembre 2006

Les pirates du métro (The Taking of Pelham 123)

pirates_metroIl y a des films qui, comme ça, ne paie pas de mine, et s’avère pourtant être de réelles petites bombes cinématographiques. Tel est le cas des Pirates du métro.

Imaginons un peu comment les producteurs ont fait ce film.

Le film de braquage étant un thème épuisé (encore que… voir la réussite d’Inside Man pour ce convaincre du contraire), il faudrait bien innover vers quelque chose d’inédit. Et pourquoi pas un métro ? L’angoisse du spectateur auquel cela pourrait arriver, la curiosité de savoir comment les malfrats vont sortir de ce huis clos… Génial !

Le truc, ce serait aussi d’avoir des noms qui portent à l’affiche, histoire d’assurer un peu ses arrières. Et pourquoi pas Robret Shaw en chef de bande et Walther Matthau en flic ? Ce sont d’excellents comédiens, qui en plus livrent ici une interprétation du tonnerre, Matthau fidèle à lui-même et Shaw diaboliquement grandiose en ex-militaire sans pitié. Tant qu’à faire, quelques seconds rôles qui valent le déplacement seront les bienvenus, genre Martin Balsam ou Dick O’Neill, et le tableau sera complet. Quel plaisir de voir autant de bons acteurs prendre plaisir à faire un film !

Bon, ce serait chouette aussi d’avoir un petit truc en plus que les autres films de braquage. Oui mais quoi ? Euh… Et pourquoi pas un humour constant ? Pas le genre de truc qui tomberait à plat, non, je parle de gags qui viendraient s’insérer ça et là dans l’histoire ans pour autant l’effacer. D’autant qu’on a Matthau, faut en tirer profit ! Moralité : le film passe comme une lettre à la poste, alternant les moments de suspens allant crescendo et les traits d’humour pour alléger le tout de temps à autre. Peut-être est-ce ce petit plus qui fait des Pirates du métro un film du genre un peu à part ?

Ou alors ça vient du fait que personne n’attendait grand chose de ce film. Faut dire que le réalisateur est pas très connu, et que par après il n’a pas vraiment briller. Faut dire aussi que le film a réellement été tourné dans le métro new-yorkais, alors que les autorités ont refusés tout un temps de peu que le film n’inspire de vrais criminels ! N’empêche que le succès a été là, inspirant même un certain Quentin Tarantino pour ses personnages dans Reservoir Dogs.

Et puis hé, le scénario est bien foutu quand même. C’est pas que tu te demandes un peu comment ça va se passer par la suite, mais tu crèves d’envie de le savoir. Tirer un sujet finalement aussi court sur la bonne longueur de 1h45, c’est la frime. De plus, bien malin celui qui arrivera à deviner la fin avant la dernière minute…

Non franchement, pas mécontent de l’avoir connu ce film. On dirait pas comme ça, mais c’est qu’il est bourré de qualité, ancré dans son époque sans pour autant être dépassé aujourd’hui, aussi précis que le braquage qu’il évoque et porté par un duo d’acteur comme on en fait plus. Allez, juste pour le plaisir, encore un petit coup avant de faire dodo.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 21:01 - .Années 1970 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 septembre 2006

La guerre des étoiles (Star Wars)

star_war31977. Devant un cinéma, des centaines de spectateurs trépignent d’impatience. Certains sont là pour revoir le même film une cinquième fois. De mémoire, le patron du ciné local ne se souvient pas d’un tel engouement. Il faut dire que ce n’est pas n’importe quel film qui est projeté : il s’agit de Star Wars !

Sorti sur une petite trentaine de copies, Star Wars attira immédiatement les foules et devint un véritable phénomène de société. En quelques mois, il atteignit la barre des 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, devenant le film le plus rapide de l'histoire d'Hollywood à réaliser cet exploit commercial. Depuis, il s'est maintenu aux sommets du box-office avec 461 millions de dollars de recettes sur le sol américain et 798 millions de dollars récoltés dans le monde. Il a même réussi, indirectement, à créer une culture Star Wars, où dominent la Force et où dont les adeptes apprennent à parler le wookie et confectionnent des sabres lasers. En 1978, le film remporta sept Oscars (Meilleurs son, musique, montage, costumes, effets visuels, décors et effets sonores), et fut également nominé dans les prestigieuses catégories de Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleur second rôle masculin (Alec Guiness). Un honneur rare pour les films de science-fiction, souvent ignorés par l'Académie des Oscars. Le film remporta également dix Saturn Awards (les Oscars du fantastique) la même année. Il fut à l’origine d’ILM, devenue depuis LA référence incontournable en matière d’effets spéciaux (avec à son palmarès une trentaine d’Oscars et des films comme Backdraft, Abyss, Terminator 2, Starship Troopers, En pleine tempête, Pearl Harbor, La momie, la saga Jurassic Park, Men in Black, Harry Potter, Signes, Gangs of New York ou Minority Report…). Mais pourquoi diable Star Wars a-t-il connu un tel succès ?

Peut-être pour son univers. George Lucas n’a en effet pas fait les choses à moitié : il s’agit d’un des plus grands mélanges de genres dans le monde du cinéma. Star Wars, c’est de la science-fiction, du space opéra, du western, de l’action, du romantisme, de la comédie, du suspens, de l’initiatique… Le tout extrêmement travaillé et référencié : Lucas n’a pas hésité à s’adjoindre les services de spécialistes en mythologie pour faire son film ! Il faut dire que nombre de mythes, contes et légendes sont présents dans le film, presque autant que les inspiration cinéphiliques et littéraire. En effet, ce n’est plus un secret que Lucas s’est inspiré de La forteresse cachée d'Akira Kurosawa, dont il avoue être un grand admirateur, de John Carter sur Mars d'Edgar Rice Burroughs, de Flash Gordon d'Alex Raymond, de Métropolis de Fritz Lang (auquel le design de C-3PO rend hommage), de L'Odyssée d'Homère, des oeuvres de William Shakespeare ou encore du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien, dont certains éléments narratifs ont clairement été intégrés au récit, ainsi que de Triumph of the will de Leni Riefensthal. Le design des costumes, armes et vaisseaux de la saga renvoie quant à lui directement à divers styles militaires. La tunique des Jedis reprend le style des amples kimonos japonais, tandis que l'armure et le casque de Darth Vader sont clairement inspirés de l'armure des samouraïs. Les uniformes de l'empire descendent pour leur part directement des uniformes nazis, alors que les combinaisons orange des pilotes rebelles évoquent les combinaisons de l'US Air Force. Enfin, l'arme des Jedis, le sabre laser, contribue à renforcer l'aspect "chevaleresque" de ces combattants. Enfin, Lucas rendait célèbre des inconnus (auquel tout le monde pouvait s’identifier) comme Mark Hammil, Carrie Fisher ou Harrison Ford, tandis que mythique Alec Guiness servait de second rôle important. Il est incroyable de noter d’ailleurs toutes les anecdotes et légendes qui entourent le casting : Jodie Foster et Sissy Spacek ont failli incarner la princesse Leïa, tandis que Burt Reynolds, Nick Nolte, Christopher Walken et Richard Dreyfuss avaient un temps été considérés pour incarner Han Solo ; enfin, concernant les acteurs, Lucas voulait Orson Welles dans le rôle de Dark Vador et Toshiro Mifune dans le rôle d’Obi-Wan Kenobi.

Peut-être pour son scénario, qui en plus de mélanger les genres et d’être travaillé, abordait des thèmes universels : amour, amitié, initiation, relation père-fils entre Luke et Obi-Wan… Il y a dans l’histoire de Star Wars quelque chose d’enfantin mais aussi quelque chose de terriblement adulte, ce qui permet au film de toucher tous les publics possibles. Et il faut compter sur le travail précis de chaque personnage, très élaboré pour permettre l’identification : Luke l’apprenti Jedi, Leïla la princesse courageuse, Han Solo l’aventurier cynique, Darth Vader le méchant indestructible… Autant de personnage qui provoque la sympathie (ou l’antipathie) de manière équivoque.

Peut-être finalement pour la musique de John Williams. Y a-t-il musique devenue plus incontournable ? Sur un thème unique, Williams a créer une émotion, un son reconnaissable et surtout une possibilités quasi infinies de variation (comme le prouveront les futurs partitions à venir des autres épisodes) et qui parvient à capter à merveille l’esprit du film, et à s’attacher aux images de façon à ce qu’on ne sache plus les dissocier.

Néanmoins, les détracteurs existent bel et bien. Paul Schrader, par exemple, disait : « La guerre des étoiles, c’est le film qui a bouffé l’âme et le cœur d’Hollywood. On lui doit la vague des bandes dessinées à gros budget, et la mentalité qui va avec. » Peut-on lui donner tort ? Star Wars a fondamentalement changé le cinéma américain, qui a du revisiter ses standards du divertissement. Du coup, le cinéma indépendant en a subi les dommages collatéraux. Star Wars a également, avec Les dents de la mer, créé le concept de « blockbuster », et a surtout lancer la mode des produits dérivés (pour l’anecdote, Lucas refusa une partie de son salaire pour avoir les droits de l’exploitation de ces produits dérivés : plusieurs centaines de millions de dollars furent la récompense de ce pari risqué…). Star Wars fut donc, bien malgré lui et Lucas, le coup décisif qui transforma Hollywood non plus e industrie cinématographique mais en machine à fric. Il y a de quoi tenir rancœur quand même…

En dépit, Star Wars mérite mieux que sa réputation de film culte : c’est tout simplement un grand film. Il restera le fondateur de la saga la plus célèbre de l’Histoire du cinéma, et ne sera réellement battu que par l’épisode qui le suivra, L’empire contre-attaque. Mais là, c’est une autre histoire…

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 10:16 - .Années 1970 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 juillet 2006

La grande bouffe

grande_bouffeAu royaume des cinéastes, Marco Ferreri n’était pas ce qu’on pouvait appeler des plus sages ; as de la provoc, son œuvre tend à être méconnu du grand public, et c’est bien dommage. Heureusement, La grande bouffe nous rappelle quel artiste il était, avec sa propre vision de l’homme et de sa décadence.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce film, de décadence : 4 amis, tous issus de milieux différents (comme pour saisir toutes les nuances qu’il peut exister dans la société), s’offrent un week-end pour mourir. Il faut mourir le ventre plein, la libido assouvie, mourir comme on l’a décidé. Cette volonté d’aller à la rencontre de sa propre fin (à l’encontre de sa propre faim ?) relève de la philosophie, d’une volonté de dominer sa Destinée.

La grande bouffe est une analyse, à l’aide d’un scalpel rouillé comme pour laisser des marques, d’une société en perdition. On gaspille la nourriture alors que le Tiers-monde meurt de faim, on ne songe qu’à forniquer sans se soucier de ce que cela engendre au niveau des émotions, on ri de gags scatos, on ne pense qu’à soi-même, on veut tout dominer mais, face à l’adversité, on se rétracte. Ferreri souligne nos imperfections au feutre rouge, rouge comme le vin, rouge comme le sang du cochon, rouge comme le symbole de l’amour et du sexe…

Pour participer à cette orgie funeste, Ferreri convoque des légendes : Philippe Noiret, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni. Autant de grands noms qui, l’espace d’un film pour leur ami commun, se laissent emporter par leurs pulsions, leurs inspirations. Car Ferreri leur donne une liberté de ton exceptionnelle, non seulement dans l’improvisation mais aussi dans l’exagération. Cela s’avère déstabilisant de prime abord mais, au final, c’est bien dans l’esprit du film. Il convient alors d’applaudir Noiret et surtout Tognazzi, immense, tandis que Piccoli et Mastroianni cabotinent de temps à autres. A ce quatuor désormais entré dans la légende il faut ajouter Andréa Ferréol, dernier modèle de civilisation qui sombrera dans la même décadence que nos compères. Comme si, inéluctablement, l’Homme était condamné à subir l’influence néfaste de ses semblables et ainsi courir à sa perte…

En dépit des apparences, La grande bouffe n’est pas seulement un pamphlet à l’égard des hommes ; c’est aussi une mise en garde, pour que tout cela ne soit qu’un film, et un immense appel à l’amour de la part de Ferreri. Celui qui riait des insultes criées à Cannes n’a jamais caché s’être reconnu dans le personnage de Noiret, le plus mélancolique de tous et, surtout, le plus écorché. Le film choque mais le film est émouvant. Comme dirait Piccoli pour décrire l’œuvre : « Un cri désespérant de tendresse, possible ou impossible. »

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le film fut hué à sa sortie ; il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il soit devenu l’objet d’un culte de nos jours ; il n’y aurait rien d’étonnant si, au vu de son sujet, on en parle encore dans 100 ans…

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 00:04 - .Années 1970 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2   Page suivante »