12 décembre 2007
Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China)
Quelle drôle d’époque nous vivons : les has-been d’aujourd’hui font rire alors qu’il ne faudrait pas oublier leurs exploits passés. Prenons par exemple Jean-Claude Van Damme, qui s’il fait rire aujourd’hui par ses maximes célèbres a quand même permis à John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam de tourner leurs premiers films américains. Dans le domaine du fantastique, John Carpenter a connu à peu près les mêmes problèmes, notamment avec ses Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin.
Habitué du paranormal (Fog, The Thing, Christine) et des ambiances particulières (Assaut, Halloween, New York 1997), John Carpenter ne pouvait être que séduit par le script de David Z. Weinstein et W.D. Richter mettant en avant un cow-boy devant aider son ami Chinois a vaincre un démon qui, comble de malchance, lui aurait voler son cheval ! Rapidement transformé en conte moderne, le cheval devenant un camion et l’action se déroulant dans Little China, Les aventures de Jack Burton devait initialement comporter comme vedette Jack Nicholson ou Clint Eastwood mais, faute de disponibilités, c’est l’ami du cinéaste Kurt Russel qui obtint le rôle principal. Alors cinéaste respecté, voir adulé, et dont les films ne coûtaient pas trop cher et rapportaient beaucoup, Carpenter bénéficia d’un budget énorme pour parler de mythologie chinoise, de combats aériens et d’effets spéciaux incroyables bien avant l’avènement des Tigre et Dragon et autres consorts. Hélas, le film fut un tel échec qu’il condamna le reste de la carrière de Carpenter, obligé de retourner au cinéma underground.
Cruelle injustice du box-office ou incompréhension du public, toujours est-il qu’il convient de revoir le film de Carpenter non seulement comme une œuvre en avance sur son temps mais aussi comme un divertissement intelligent et une pierre angulaire de la filmographie du cinéaste. Outre la présence de Kurt Russel, indissociable de l’œuvre de Carpenter, les thèmes et la passion des effets spéciaux dans ce film font effectivement échos aux autres films du réalisateur. Ici aussi, il est question d’esprits, de magie noire, de sorcellerie et d’un héros pathétique, rendu pour l’occasion drôle au possible. Expert dans les maquettes et autres animations, John Carpenter soigne tout particulièrement les effets spéciaux de son film, réussis pour l’époque dont certains sont encore assez étonnants maintenant, plus de 20 ans après la sortie du film, et dont le kitsch des effets restants (l’incrustation sur fond vert est clairement visible) n’entache en rien la magie des animatroniques les plus complexes (notamment le gardien possédant des yeux sur tout le corps).
Il y a aussi un soin évident apporté aux décors, essentiels à l’ambiance fantastique voulue, et surtout aux costumes qui comptent parmi les plus beaux du cinéma hollywoodien des années 80. Ce fut d’ailleurs ces deux aspects qui retinrent l’attention des critiques, qui passèrent du coup un peu à côté de l’essentiel d film, à savoir son récit second degré.
En effet, si Carpenter avait déjà donné un aperçu de son humour caustique dans des films comme New York 1997 ou même Christine, il affiche ici un tel second degré que le film passe sans difficulté du fantastique à la comédie pure sans perdre de vue l’histoire. Cette petite prouesse est surtout due à Kurt Russell, inoubliable en héros beauf qui ne sauve absolument personne dans son film et, excepté le bad guy principal, ne tue personne, trop occupé à se sortir des ennuis dans lesquels il passe son temps à se fourrer. Il y a même cette parodie du film d’action type de l’époque, en citant par exemple des films comme L’inspecteur Harry dont le personnage est l’antithèse même, le Yin du Yang de Jack Burton.
Certes le film a un peu vieilli, son histoire n’est pas des plus passionnantes (et est même un brin prévisible) et il pourrait même sembler désuet à l’heure actuelle, mais il regorge d’une telle passion, d’un tel amour pour le cinéma fantastique et d’un kitsch qui s’assume, porté par un acteur dont la complicité avec le réalisateur est évidente, que Les aventures de Jack Burton mérite amplement sa place dans les films cultes des années 80, et compte parmi les meilleurs films de l’auteur. Une œuvre de divertissement à reconsidérer amplement.
Note : ***
25 novembre 2007
Predator
Lorsqu’on est enfant, il existe une série de films que l’on ose pas trop regarder (ou qui, justement, titillent notre curiosité malsaine) de par leur réputation de film qui font peur : Alien, Terminator et Predator sont de ceux-là, de ces films dont on connaît le mystère qui les entoure qui fait que seuls les adultes peuvent les voir. Et une fois l’âge adulte atteint, en les voyant, on se dit qu’il s’agit, bien au-delà de films fantastiques qui nous mettent à cran, de véritables perles cinématographiques. Pour cette fois, parlons un peu de Predator.
A l’origine du film, une blague : quelqu’un un jour à Hollywood aurait dit « la seule personne que Rocky n’a pas encore combattu, c’est E.T. ! ». Pas mal comme concept : faire s’affronter à l’ancienne une vedette musclée contre un extraterrestre… Qu’à cela ne tienne, adaptation lancée ! On la confie alors à un cinéaste peu connu, n’affichant qu’un film au compteur (Nomads) : John McTiernan. Histoire d’assurer ses arrières, la 20th Century Fox balance Arnold Schwarzenegger comme vedette principale, l’ « actionman » des années 80 étant sûr d’attirer les foules… Et il se trouve que McTiernan en tirera parti. Toujours est-il que le tournage est lancé : Schwarzi perd 13 kilos pour être en forme et s’entend à merveille avec l’ami John (qu’il retrouvera six ans plus tard dans Last Action Hero après une tentative avortée de porter Commando 2 à l’écran), l’acteur Shane Black passe son temps libre entre les prises à écrire le scénario du Dernier samaritain (adapté par Tony Scott en 91) et Jean-Claude Van Damme, engagé pour être le Predator (dont les mandibules, pour l’anecdote, sont une idée de James Cameron) déclare forfait après deux jours, mécontent d’être crédité comme effet spécial au générique. La 20th Century Fox rappelle quand même à McTiernan qu’il ne peut pas tourner en cinémascope, rapport à la complexité des effets spéciaux ; John, pour se venger, n’hésitera pas à ajouter une version anamorphisée du logo du studio en début de film.
Evidemment, le film sera un succès, appelant une suite directe (Predator 2 en 90) et deux suites parallèles (Alien vs Predator et Alien vs Predator : Requiem). John McTiernan pourra ainsi être engagé sur Piège de cristal et Arnold Schwarzenegger confirmer son rang de dieu du cinéma d’action pour quelques années.
Faut-il pour autant limiter Predator à un vulgaire film d’action fantastique ? Bien sûr que non, car McTiernan (comme James Cameron) n’est pas du genre à faire du service minimum, surtout quand le matériau de base permet quelques réflexions thématiques.
La plus célèbre (et la plus perceptible) chez McTiernan est ici la clé du film : comment l’Homme peut survivre à un milieu hostile et un ennemi invincible en retournant à l’état presque primitif. Ici en l’occurrence, face à un chasseur expérimenté et suréquipé, Schwarzenegger n’aura d’autres choix que de retourner à un esprit sauvage, utilisant des pièges dépassés pour vaincre son adversaire. McTiernan aime le côté « nature », c’est certain (cfr l’immeuble détruit de Die Hard qui évoque une jungle en flammes) et ne se préoccupe guère d’une introduction dans une base militaire pour plonger le plus vite possible ses personnages dans ce milieu hostile. L’opération de sauvetage n’est d’ailleurs qu’un prétexte pour lancer une chasse à l’homme de grande envergure, dominée par le Predator qui élimine une à une ses proies. Un massacre qui participe à la tension du film et qui se passe fréquemment en hors-champ ou du moins hors-cadre, histoire de rendre le film soutenable et, surtout, de ne pas étouffer le message de McTiernan dans un bain de sang inutile par ailleurs. McTiernan prouve donc qu’avec un minimum de moyens naturels (casting réduit, décor unique qui évoque une forme de huis-clos) on peut faire un film prenant et, surtout, intelligent. Il n’en délaisse pas moins pour autant le côté comique qui rend lui aussi le film plus regardable : d’une part le sens de la réplique bien placée (« T’as vraiment pas une gueule de porte-bonheur ! ») et d’autre part, et c’est là que le film est audacieux, dans la démystification d’une icône, Schwarzenegger justement, qui pour la première fois de sa filmographie tombe sur plus fort que lui et ressent la peur. Un refus de facilité (qui aurait poussé n’importe qui d’autre à illustrer Schwarzi comme un commando sans peurs et sans reproches) qui offre au film un degré de réalisme supplémentaire, Schwarzenegger n’étant il est vrai qu’un gibier comme un autre. Une autre nouveauté est d’illustrer un alien intelligent, ne chassant ni pour se nourrir ni pour conquérir mais uniquement pour le plaisir, et qui respecte un code de la morale (il ne tue pas les proies sans armes).
Schwarzenegger qui trouve là sans conteste l’un de ses rôles les plus marquants car, justement, s’il fait étalage de ses muscles, ce n’est que secondaire, ce qui change radicalement de la majorité de ses autres films. Seuls Cameron et Verhoeven parviendront à tirer aussi profit de l’acteur, qui prouve qu’il n’était pas si mauvais que ses détracteurs ont bien voulu le prétendre à l’époque, et encore maintenant dans les parodies. Les effets spéciaux sont également à souligner, car ils sont pour l’époque tout simplement bluffants, notamment l’apparence translucide du Predator et l’effet, basique (encore que, pour l’époque…) mais auquel il fallait penser, de sa vision thermique. La conception même de la créature relève quant à elle de la franche réussite, et on peut avoir une petite pensée pour Kevin Peter Hall qui a du endosser le costume du Predator.
Film phare de l’action des années 80, par son inventivité et sa simplicité redoutable sans oublier les talents conjugués d’un cinéaste et d’un acteur très à l’aise dans le genre, Predator constitue plus qu’un film fantastique une référence dans le survival et surtout le témoignage qu’avec un peu de volonté et de talent, on peut rendre n’importe quel film captivant et qui peut même inspirer une certaine forme de respect.
Note : ****
02 novembre 2007
Piège de cristal (Die Hard)
Il suffit parfois d’un rien, comme le génie d’un cinéaste, pour transformer un matériau brut en véritable pépite d’or. L’un des exemples les plus frappants à ce niveau est et restera sans doutes des années encore Piège de cristal.
Petit retour en arrière : à la fin des années 80, le cinéma d’action (et les box-office aussi par ailleurs) sont dominés par deux types de héros sans peurs et sans reproches, aux corps d’athlètes et capables de détruire une armée entière à la seule force d’un cure-dents et d’un lacet (associés, ils peuvent même former une arme de destruction massive). Ce type d’héros, dont Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger sont les représentants les plus célèbres, vont souvent d’eux-mêmes au devant du danger, sans broncher et avec pour seul objectif de sauver le monde d’une immense attaque terroriste, de sauver un peuple opprimé par un tyran ou, tout simplement, de sauver sa fille kidnappée par un vilain méchant (ah Commando…). Arrive alors le scénario de Piège de cristal, titre original Die Hard (basé sur le roman Nothing lasts forever de Roderick Thorp), qui reprend les mêmes principes d’action que les autres films du genre, autrement dit un dur à cuire qui butte du méchant et sauve des innocents. On propose alors le scénario à John McTiernan, qui le refuse le trouvant trop stupide et se concentrant sur son prochain film… Commando 2 avec Schwarzy. Ce dernier rejete l’idée de la suite, et McTiernan finit par céder à Die Hard en se disant que, d’une manière ou d’une autre, il pourrait sauver les meubles. Tour à tour, Schwarzenegger, Stallone, Burt Reynolds et même Richard Gere sont contactés pour jouer le rôle de McLane, sans succès. McTiernan opte alors pour Bruce Willis, qui connaît un joli succès dans la série Clair de lune, et un inconnu dont ce sera le premier long métrage, Alan Rickman, pour jouer le bad guy de service. Le choix de Willis va rapidement s’avérer payant : outre le fait d’avoir conseillé Bonnie Bedelia dans le rôle de sa femme, Willis apporte son humour et sa fraîcheur au personnage de McLane, faisant de lui l’exact opposé des autres héros de film d’action en se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment et préférant alerter la police plutôt que d’agir seul. Si le scénario s’improvise ainsi tout au long du tournage, McTiernan soigne très attentivement sa mise en scène, de la conception des maquettes aux effets visuels novateurs, sans se fixer de limites (les explosions extérieures du bâtiment sont ainsi de véritables explosions et non pas des miniatures).
A sa sortie, c’est le carton : Piège de cristal pulvérise tout au box-office, un nouveau type de héros (efficace mais non dénué d’humour cynique et de bons mots) est né et donnera lieu à quelques émules même chez les anciens (le très moyen Demolition Man pour Stallone et l’excellent True Lies pour Schwarzy) tout en glorifiant Bruce Willis au panthéon des stars bankables et talentueuses. Pour l’anecdote, le film connaîtra un petit problème en Allemagne, les noms et nationalités des terroristes devenant irlandaises et non plus allemandes ; la raison est qu’à l’époque, le terrorisme allemand (la Rote Armee Fraktion, ou Bande à Baader selon les appellations) était très problématique en Allemagne, et on ne souhaitait pas attiser un peu plus les ennuis au sein du pays déjà troublé en ces années de plomb.
Toujours est-il qu’à l’heure actuelle, Piège de cristal reste un référence en la matière, pour ne pas dire une véritable leçon de cinéma d’action donnée par le plus que talentueux John McTiernan. Ayant su réduire son récit au minimum vital, McTiernan a réussi à transformer une vulgaire prise d’otages en un thriller passionnant, le cinéaste a réussi un tour de force digne de son précédent film, Predator, qui redéfinissait déjà le cinéma d’action des années 80 en illustrant un Schwarzenegger en proie aux doutes car tombé sur plus fort que lui. Dans le même esprit, McTiernan continue sa réflexion sur l’homme sauvage face à l’homme civilisé : après le retour à l’état sauvage pour la survie dans Predator, McTiernan illustre comment un homme s’adaptant à son domaine (il fabrique une bombe avec un ordinateur) alors qu’il n’y est préalablement pas à l’aise (la séquence de l’écran tactile) parvient à se débarrasser de ces terroristes high-tech. Ce n’est pas un hasard de voir les scènes d’actions se dérouler dans un étage en construction, une pièce remplie d’antiquités ou un final au milieu d’un étage transformé en jungle en feu. Parallèlement à cet emploi intelligent de ses décors, McTiernan sait aussi exploiter les endroits les plus insolites pour créer de la tension : de la cage d’ascenseur aux conduits d’aération, chaque lieu est pleinement utilisé avant de passer au suivant. Le cinéaste démontre ainsi quelle importance un décor peut avoir sur un récit qui, il est vrai, s’avère au final être du déjà vu et parfois même prévisible. Il ne faudrait pas au passage oublier l’intelligence du montage, notamment dans ces scènes de discussions radiophoniques entre McLane et Gruber filmées en champ/contrechamp (du moins c’est l’impression qu’on a) alors qu’ils ne se trouvent jamais (forcément) dans la même pièce.
Le second point fort du film, et tout le monde l’aura bien compris puisqu’il sera réutilisé dans les trois suites de la saga, est sans conteste Bruce Willis. Musclé, il n’affiche pourtant pas els physiques de culturistes de Stallone ou Schwarzy ; contrairement à ses deux amis, il privilégie la réflexion à l’action ; enfin, et c’est sans doute le plus important, il ne manque jamais l’occasion de placer un bon mot, que cela soit de l’autodérision (parmi les héros du western comme John Wayne il se dit fan de Roy Rogers) ou simplement de l’ironie (comme cette scène dans le conduit d’aération « Vien à Los Angeles, on passera noël en famille, on fera la fête… »). Cet humour associé à celui de McTiernan, qui n’hésite pas à employer l’Ode à la joie de Beethoven pour illustrer un casse, fut sans doute l’élément-clé qui assura le succès au film en plus de ses scènes d’actions admirables et d’un scénario réduit à l’essentiel (on parle très peu des problèmes personnels des héros). Face à lui, l’excellent Alan Rickman compose l’un des meilleurs méchants au cinéma d’action, qui ne trouvera d’égal qu’avec Jeremy Irons dans Die Hard 3, lui aussi réalisé par McTiernan.
Avec un script qui aurait découragé tout réalisateur sensé et un casting composé de valeurs peu ou pas sûres du tout, John McTiernan a réussi à imposer son univers et ses thèmes dans une œuvre de commande calibrée blockbuster, sans se fourvoyer dans la facilité ou au minimum syndical. Le talent du cinéaste conjugué au charme de son acteur principal, devenu depuis l’une des valeurs les plus sûres du cinéma qu’il soit populaire ou d’auteur, a permis à Piège de cristal d’entrer dans la légende (pour preuve, il est le seul film d’action brute des années 80 à bien vieillir) et de créer une foule d’admirateurs qui ont un jour tenter de copier la recette, sans le succès de l’œuvre originale. N’est pas un surdoué qui veut.
Note : *****
24 septembre 2007
Qui veut la peau de Roger Rabbit (Who framed Roger Rabbit)
On peut lui faire bon nombre de reproches, mais force est de constater que Robert Zemeckis a toujours eu un don pour se surpasser en matière de divertissement bourré d’effets spéciaux. Et le plus abouti de ce point de vue restera sans doute à jamais Qui veut la peau de Roger Rabbit.
Il ne fut pourtant pas toujours prévu au casting : les producteurs songèrent en effet pendant un long moment à Terry Gilliam, lequel refusa estimant le film bien trop difficile à faire. Zemeckis fut donc appeler à la rescousse, lui qui cartonnait avec son Retour vers le futur. Le défi d’associer acteurs rées et personnages de cartoon était délirant mais déjà abordé dans plusieurs longs métrages des années auparavant (Les trois caballeros, Mary Poppins, L’apprentie sorcière, Peter et Elliott le dragon…). L’équipe se mit donc en marche, et chacun travailla d’arrache-pied à la réussite de ce film : Zemeckis devait ainsi gérer les négociations avec Disney, Warner et Paramount (collaboration qui n’aboutira pas, nous privant d’apparitions de Popeye, Casper ou Tom & Jerry) tandis que Richard Williams, responsable de l’équipe animation, gérait les 326 animateurs nécessaires à la réalisation des 82 080 dessins du film. Bob Hoskins, qui l’avait emporté au choix sur Robert Redford, Harrison Ford, Sylvester Stallone, Jack Nicholson et Ed Harris (Bill Murray fut également évoqué, mais Zemeckis ne pu le rencontrer avant le tournage ; lorsqu’il l’apprit, l’acteur hurla, lui qui aurait accepter sans la moindre hésitation le rôle), observa sa fille jouer avec ses amis imaginaires pour se préparer. Christopher Lloyd lui obtint le rôle après que les producteurs eurent penser à Roddy McDowald et essuyèrent le refus de Christopher Lee.
La conception des personnages ne fut pas des plus faciles : Jessica Rabbit connu ainsi une dizaine de version avant que les animateurs n’optent finalement pour un look à la Veronica Lake et sa célèbre coiffure. Roger Rabbit, le proclamé héros de ce film, fut le plus étudié de tous : outre les nombreux croquis avant de tomber sur le design final du lapin, Richard Williams se démena pour créer le personnage de cartoon parfait : ainsi mélangea-t-il le visage Warner, le corps Disney et la Tex Avery’s attitude pour le corps et l’esprit du personnage ; la salopette de Dingo, les gants de Mickey et le nœud papillon de Porky Pig lui serviraient de vêtements, en rappelant que les couleurs utilisées (vêtement rouge, nœud pap’ bleu et corps blanc) sont les couleurs de l’Amérique…
La prouesse n’a d’égale que son ambition : le film est absolument incroyable, mélangeant prise de vues réelles avec de l’animation à un tel niveau de qualité que le film, dès sa sortie, devait devenir une référence. Heureusement que Zemeckis ne se limita pas aux projections-tests, effectuées sur des ados de 18-19 ans qui détestèrent le film. Le résultat fut grand : 349 millions de dollars de recettes et 4 Oscars : Meilleurs effets spéciaux, Meilleurs effets sonores et Meilleur montage tandis qu'une statuette spéciale est venue récompenser l'impressionnant travail de Richard Williams pour la direction de l'animation et la création des personnages animés. Et le statut de film culte les années passant.
Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour faire un succès. Le scénario déjà : fortement inspiré de Chinatown de Polanski, il s’agit d’un habile (et improbable ?) mélange de film noir, comédie, film familial et d’animation avec des clins d’œil pour adultes (la majorité des personnages sont à 99% issus des années 30-40, soit les personnages que l’on a tous connu enfant), mais contrairement aux films précédents du même genre, l’intrigue n’est pas une suite d’épisodes mais bel et bien un tout continu, une véritable intrigue policière dans la lignée des films noirs, et dont l’humour cache à peine des sujets un peu tabous, comme la mainmise des multinationales sur des petites entreprises ou une époque assez sombre des USA où le crime et l’alcoolisme étaient monnaie courante. Il faut dire que les scénaristes ont étudié le sujet : plus de 40 versions du script seront ainsi écrites, variant les méchants (tour à tour Baby Herman, Jessica Rabbit…) et dont quelques gags ont disparus (le juge Demort devait ainsi être reconnu coupable du meurtre de la mère de Bambi !). Reste à se demander ce que la préquelle (intitulée Toon Platoon) valait, le projet n’ayant pas atteint le stade de développement.
Le second point tient sans doute dans le rythme endiablé du récit, mené tambour battant par une réalisation et un montage au couteau, allant à l’essentiel sans oublier de faire un détour rapide mais efficace par la comédie. Zemeckis a le sens du divertissement efficace et cela se sent, rendant autant hommage aux anciens films noirs qu’aux cartoon eux-mêmes. Le mérite est d’autant plus grand qu’il est parvenu, avec l’aide de Richard Williams qu’il faut absolument saluer, à faire cohabiter dans un même film pour la première (et sans doute dernière) fois les personnages de Disney et ceux de Warner en respectant les consignes établies par contrat (Bugs Bunny devait ainsi, contractuellement, avoir droit au même minutage à l’écran que Mickey, ce qui explique pourquoi les entités antagonistes (Bugs/Mickey, Donald/Daffy Duck) se retrouvent en même temps à l’écran).
Enfin, et non des moindres, la performance incroyable de Bob Hoskins, acteur sous-employé si vous voulez mon avis, parvenant à chaque instant à nous faire croire qu’il joue avec ses personnages animés. Alors que certains acteurs éprouvent déjà beaucoup de ml à jouer avec un partenaire réel, Hoskins lui est parvenu à jouer dans le vide, face à un robot ou une poupée, ou encore une croix sur un mur. Une telle prestation ne peut laisser qu’admiratif, puisqu’il parvient malgré cette difficulté à capter l’essence du détective type des années 40, style Humphrey Bogart (alcoolique et acariâtre, parfois violent) sans délaisser l’humour bon enfant. Il en paya aussi le prix : il souffrit ainsi d’hallucinations quelque temps après le tournage et se disputa avec son fils qui lui en voulait d’avoir tourné avec Bugs Bunny et Mickey sans les avoir ramenés à la maison ! Face à lui, Christopher Lloyd, autre acteur sous-employé, retrouve Zemeckis après Retour vers le futur et semble être à l’aise avec le réalisateur, composant un méchant digne des plus grands dessins animés, cartoon et Disney confondus. Enfin, juste pour le plaisir, saluons le professionnalisme de Charles Fleischer, la voix originale de Roger Rabbit, qui n’hésita pas à se rendre chaque jour du tournage sur le plateau déguisé en lapin géant avec salopette rouge et nœud papillon immense (ce qui eut pour conséquence de provoquer plusieurs moqueries au sein de l’équipe, notamment sur la qualité à venir du film !).
Film pop-corn techniquement bluffant, et ce encore à l’heure actuelle, Qui veut la peau de Roger Rabbit a poussé le vice, au-delà de la performance, jusqu’à rendre hommage, mieux jusqu’à s’insérer dans un genre sans se forcer, le renouvelant par la même occasion et proposant pour les plus jeunes une relecture du film noir et, pour les adultes, un plaisir coupable de retomber en enfance. Un grand moment de cinéma.
Note : ****
30 juin 2007
Taps
Toute star qui se respecte doit bien commencer par un premier film un jour. Alors autant s’arranger pour que le film soit quelque chose de bon. Et sur ce coup, Sean Penn a eu du flair avec cette critique des écoles militaires connue sous le nom de Taps.
Pourtant, s’il tire son épingle du jeu, ce n’est pourtant pas lui qui l’emporte, ni Timothy Hutton dans le rôle principal. Non, les deux grandes stars de ce film restent Georges C. Scott, dans un rôle faisant écho à Patton en plus minable et usé, et surtout Tom Cruise, hallucinant en troufion assoiffé de bataille, calibré pour la guerre dans toute son horreur. Le temps de leurs apparitions, ces deux acteurs éclipsent le reste de la troupe, l’un pour le charisme qu’il dégageait, l’autre pour la véritable passion qui l’habite, parfait exemple du lavage de cerveau que subisse les jeunes dans ce genre d’institution.
C’est bien là le thème central du film : dénoncer non pas ces écoles mais ce qu’elles enseignent. Comment, à force d’admiration et d’un peu de lavage de cerveau, une troupe de gamins décident de se battre pour empêcher la fermeture de leur école. Leur absurdité n’a d’égal que l’entêtement du plus haut gradé de la bande, fils de militaire et fervent admirateur du colonel déchu après un accident ayant coûté la vie à un civil. Ce n’est pas tant une charge contre les militaires que contre leur éducation. Becker refuse toutefois de se fâcher avec eux en séparant les jeunes idéalistes des vieux de veille ayant connu les champs de bataille. Et c’est là que le film pêche, par cette agressivité à moitié assumée qui fait qu’on ne sait plus très bien à quoi s’en tenir : satire ou drame ? D’autant que le film sombre assez facilement par moment dans le pathos récurrent à ce genre de film. Dommage.
La mise en scène de Becker n’arrange rien, n’offrant aucun élément qui nous permettrait d’y voir plus clair. De bonne facture, elle n’a rien d’exceptionnel (peut on demander plus au réalisateur de Code Mercury ?), même si les conditions de tournage ne furent pas des plus faciles. Il reste néanmoins un bon directeur d’acteur, offrant à Tom Cruise (comme dit précédemment) un rôle en or, et à Sean Penn un premier rôle idéal.
Il y a donc bien matière dans ce film, mais hélas elle n’est que partiellement exploitée. Si le film fut un succès surprise, c’est sans doute pour avoir permit à une bande de jeunots de briller, accompagné du vétéran Scott. On ose à peine imaginer ce qu’aurait donner le film en des mains plus expertes et, surtout, plus radicales.
Note : ***
09 juin 2007
Garde à vue
Simplicité est parfois synonyme d’efficacité en matière de cinéma : c’est en tout cas ce que nous donne à penser des films comme Garde à vue.
Quatre acteurs, un décor, une durée très courte et aucune action : voilà la recette du film de Claude Miller. Il suffit de savoir tirer profit de ces éléments pour faire un bon film. L’outil pour ce faire, c’est un roman, A table !, de John Wainwright, que Michel Audiard file aux productions Ariane Films. C’est le coup de foudre, on lègue le film à Claude Miller, qui connaît une mauvaise passe alors, et Audiard se charge des dialogues. Pas de bons mots cette fois, non, des mots qui touchent, qui font mal, qui nous dévoilent petit à petit qui sont les personnages qui les utilisent. A l’époque, Audiard en a marre des comédies vaudevillesques, et s’occupe de films policiers en tout genre ; pourtant, c’est avec Garde à vue qu’il va démontrer tout son génie, son sens du verbe bien utilisé au bon moment.
Pour réciter ces phrases assassines, un quatuor de choc : une confrontation au sommet entre Lino Ventura et Michel Serrault, avec pour les observer Guy Marchand et Romy Schneider. Hormis Ventura, chacun est utilisé à contre-emploi : Guy Marchand interprète un flic violent et à l’humour très limite, Romy est une femme fatale froide (paradoxe ?) et Serrault, immense, est un personnage que l’on déteste, et qui pourtant nous mène en bateau : est-il coupable ou non ? Même Ventura, impeccable, en doute, et les revirements de situations n’aident en rien à y voir plus clair dans cet interrogatoire peu orthodoxe.
L’intelligence de Miller, c’est de laisser le film aux acteurs, de se laisser porter par les présences et les charmes de ces quatre comédiens principaux, sans chercher à faire de l’esbroufe où à trop en montrer. On ne connaît rien en dehors du commissariat, on ne connaît rien des personnages, on ne connaît même rien de l’enquête si ce n’est quelques inserts montrant ici les cadavres et là le fameux phare. De l’épure dans les décors, de l’épure dans l’action, même de l’épure dans les mouvements de caméra, comme si Miller observait avec une certaine retenue cette garde à vue d’un notaire accusé d’un double meurtre de fillettes.
Une fois n’est pas coutume, saluons le splendide thème de George Delerue, qui glace le sang dans son côté enfantin puisque, dans ce film, les enfants n’ont visiblement pas leurs places.
A sa sortie, le film est un succès : Grand prix du Cinéma Louis Lumière, le Prix Méliès, le Prix du meilleur scénario au Festival de Montréal en 1981, 8 nominations aux Césars 82 dont 4 de gagnés (Meilleur Montage, Meilleure adaptation, Meilleur second rôle masculin, Meilleur acteur pour Michel Serrault) et un remake soutenu par Gene Hackman, immense fan de ce film. Pourtant, 25 ans plus tard, il reste toujours ces images du film dans les mémoires : un Serrault s’écroulant petit à petit, un Ventura plein de sang-froid jusqu’au retournement final, une Romy Schneider glaciale, une musique entêtante, un soir de Saint Sylvestre dramatique, une tragédie shakespearienne, un film qui ne vieillira probablement jamais.
Note : ****
27 mars 2007
Gremlins II
Et si l’horreur était drôle ? Voilà une question que se sont posé des producteurs dans les années 80, et qui a donné naissance à une poignée d’œuvres et de cinéastes désormais cultes, avec par exemple ce Gremlins II : la nouvelle génération.
Ghostbusters, Gremlins, deux films pour un concept diaboliquement rentable : des monstres nous font pleurer… de rire. D’un côté, des chasseurs de fantômes un peu à côté de la plaque, de l’autre des monstres hauts comme trois pommes pourries jusqu’au trognon dont le seul plaisir st de faire souffrir les humains. Il y a matière à des nanars en puissance, mais Ivan Reitman et Joe Dante ne sont pas de cette trempe là, d’autant qu’on se trouve dans la décennie des films américains cultes, celle des années 80. Au final, les plus sceptiques s’inclinent face aux scores des films au box-office. Evidemment, qui dit succès planétaire dit suite, mais concernant les Gremlins, Dante refuse. On a beau lui hercher un remplaçant, rien à faire, alors on cède aux demandes du cinéaste : une carte blanche, tout simplement. Sauf que le trublion a du être vachement secoué quand il était petit, parce que des idées de dingues, il en a, et ça tombe bien, c’est pilepoil dans l’esprit du film.
Cette fois, fini la pression de la rentabilité, les producteurs angoissés : Dante est maître de son film, gros tas de billets verts à l’arrivée assuré. Du coup, il se lâche et ces horribles bestioles (dont on a beau dire qu’il ne faut pas les arroser ni les nourrir après minuit, personne n’écoute) assiègent un immeuble high-tech de New York. Et dans cet immeuble, un labo contenant une série de produits pas très catholiques… Ce qui va impliquer des tas de trucs nouveaux, parce que c’est aussi ça le gros avantage de Gremlins, c’est qu’en plus d’être plu libre, il innove face au précédent opus, ne se contentant pas de ressasser la même histoire dans un endroit différent, personnages récurrents à l’appui.
Dante se marre, nous aussi, c’est quand les gremlins proprement dit prennent possession du film que tout devient clair : basta le côté un peu glauque du précédent film (dont l’histoire du père mort est par ailleurs ridiculisée ici), on s’éclate. John Wayne en fait les frais, et voit son ranch envahit par ses bestioles, tandis qu’un critique ciné se fait massacrer pour avoir oser maltraité la vidéo de… Gremlins. Sans oublier ces hommages à Marathon Man, Batman, Le fantôme de l’opéra… Aucune retenue, aucune censure dans ce film où un gremlins apprend à parler et se moque ouvertement du monde humain. Ces petits détails qui font de Gremlins II une attaque face au monde moderne et sa course à la technologie.
Parce que c’est pas pour dire, mais heureusement que ce sont ces petits monstres qui sont les vedettes du film ; aucun reproche à faire aux acteurs spécialement, même bravo d’avoir obtenu Christopher Lee en savant tortionnaire, mais le casting n’est pas inoubliable. Mais comme ce sont Gizmo et autres sales bêtes à piques qui dominent le film, peu importe.
Un divertissement de qualité, où le sadisme devient jouissif pour tous, et où des monstres n’ont jamais été aussi attendrissants tout en étant des tueurs. Paradoxal mais bon sang qu’est-ce qu’on a bien rigolé.
Note : ***
20 janvier 2007
A mort l'arbitre !
On sait que Jean-Pierre Mocky ne fait rien comme les autres. Alors quand on sait qu’il s’attaque au monde du football avec A mort l’arbitre !, on est en droit de s’inquiéter.
Du football ? Pas exactement, puisque ce sont les supporters les cibles du film. Entendez bien les supporters beaufs, un peu arriéré, amoureux de la baston, de l’insulte et autres activités anti-sportive. Soyons honnêtes, nous ne sommes pas à l’abri du stéréotype, mais rapidement on découvre que c’est voulu, que tout dans ce film est exagéré.
Le scénario est exagéré : ces supporters qui veulent tabasser l’arbitre pour leur avoir fait perdre la coupe, jusqu’à ce qu’il y ait un mort par erreur et que l’on accuse l’arbitre d’en être l’auteur, d’où chasse à l’homme… Une histoire improbable pour un film décalé, déconnecté de la réalité. Les personnages sont d’ailleurs plus invraisemblables les uns que les autres, entre les stéréotypes et les caricatures abusées.
Il est intéressant d’analyser la mise en scène de Mocky. Clairement décalée elle aussi, elle ressemble assez à ce que sera plus tard After Hours de Scorsese, cette cavalcade pour la survie d’un pauvre quidam accusé de meurtre. Se passant exclusivement de nuit, la réalisation lorgne aussi du côté d’Orange Mécanique, dans l’utilisation des focales qui offrent des cadrages étonnants. Il y a aussi cette manière spécifique de filmer les immenses bâtiments froids, comme la cité urbaine du film de Stanley Kubrick. Enfin, l’utilisation de la musique classique pour contraster avec les images est flagrante.
Au niveau des interprétations, ces acteurs qui possèdent une « gueule » comme on dit font que le charme opère. Hélas, ils ne sont pas toujours convaincants, comme il arrive qu’Eddy Mitchell ou Carole Laure aient des moments de faiblesses, bien que rares. Non, ce qui surprend le plus reste l’interprétation de Serrault, très loin de ses rôles habituels de comique puisque ici, il joue carrément le rôle d’un fourbe, menteur et psychopathe de surcroît. Voici ce qu’en dit justement Mocky : « Vous savez, cela fait longtemps que je pense que les acteurs comiques sont aussi d'excellents acteurs dramatiques. Les exemples classiques sont Fernandel, Bourvil et Raimu (...). Quant au personnage de Serrault dans A mort l'arbitre !, il est un peu comparable à Robert Le Vigan dans Goupi Mains rouges, c'est-à-dire un personnage d'exception. »
Cependant, malgré toutes ses qualités, le film ne séduit pas totalement, laissant une drôle d’idée derrière lui : bombe anticonformiste ou film bâclé sous couvert d’originalité ? Il y a en effet par-ci par-là des longueurs, des répétitions, un côté un peu trop manichéen, des scènes un peu trop prévisibles… On regrette, d’autant que le politiquement incorrect de mise ici fonctionne en général, comme dans ce final immoral.
Un film ambigu, qui nécessite plusieurs visions avant de pouvoir émettre un avis définitif sur son apport au cinéma. Du premier coup en tout cas, à moitié convaincu.
Note : **
24 juillet 2006
Viens chez moi, j'habite chez une copine
Il est des comédies qui, à leur sortie, connaissent un succès populaire incroyable mais qui, l’âge aidant, ne vieillissent pas si bien que ça. Tel est le cas de Viens chez moi, j’habite chez une copine, comédie de Patrice Leconte qui, il faut l’avouer, paraît désuète de nos jours.
Le plus gros problème sans doute réside dans la conception même du film. Un bon film est celui qui est écrit AVANT le choix des acteurs. L’ennui ici, c’est que l’on sent le film écrit pour (et par) Michel Blanc, avec son opposé comme partenaire : Bernard Giraudeau. Le coup du tandem improbable, on l’a vu mille fois, avec ses modèles du genre (Gérard Depardieu et Pierre Richard chez Veber, Michel Blanc et Gérard Lanvin dans Marche à l’ombre). Ici, il est vrai qu’il fonctionne assez bien, mais il n’est pas aussi marquant que les précités.
Puis, soyons honnêtes, Patrice Leconte n’est pas spécialement le roi des comédies. Il sait choisir ses collaborateurs, il sait les filmer convenablement, point barre. On ne lui en veut pas, ce n’es pas tout le monde qui a eu son flair pour le Splendid par exemple. Mais ses films traversent aussi difficilement les époques, le problème étant lié à un besoin viscéral de coller à la réalité de l’époque. Du coup, 20 ans après, ce n’est plus la même chose, exemple flagrant avec la b.o. signée Renaud, devenue culte il est vrai mais que l’on sent bien d’une autre génération…
Mais heureusement, Michel Blanc est là, avec sa gueule de loser, sa manière unique d’emmerder son monde. Plus d’une fois on se dit que le genre de situation qu’il provoque, on les a connues avec un son meilleur ami aussi. Son personnage de perdant opportuniste est le seul à ne pas changer à rester d’actualité car, au fond, on est tous un peu pareil. Ce n’est pas une analyse freudienne mais Blanc a réussi à cerner le type même du gars moyen.
Les gags s’enchaînent donc, un peu inégaux, mais drôles car sans arrière-pensées. Ce n’est pas Viens chez moi, j’habite chez une copine qui a révolutionné le genre c’est vrai, mais de temps à autre, ça fais bougrement du bien de rire sans réfléchir.
Note : **
10 septembre 2005
Marche à l'ombre
Premier film en tant que réalisateur de Michel Blanc et film culte que ce Marche à l’ombre.
L’histoire, tout le monde la connaît : François, musicos au chômage et play-boy confirmé se rend à Paris avec son pote Denis, hypocondriaque et fidèle soutien dans la déche. Magouilles et autres mésaventures sont leur lot quotidien pour s’en sortir un peu…
Tout d’abord, la réalisation : honorable sans être remarquable, Blanc montre qu’il sait comment fonctionne une caméra, sait comment on compose un plan et sait surtout qu’il ne faut jamais jouer jusqu’à l’abus des mouvements de caméra ; une mise en scène tordante et une direction d’acteur juste rende donc le film très respectable.
Vient ensuite le scénario, qui ressemble plus à une suite de gags qu’à une histoire linéaire mais qu’importe, on ne peut résister bien longtemps aux situations abracadabrantes dans lesquels se foutent les deux compagnons, entre la manche près du ciné ou les soirées africaines dans un quartier délabré et mal fréquenté, ça se suit sans se ressembler et ça on aime. Il faut dire aussi que les dialogues, signés (et ça se sent) par Blanc lui-même, sont exquis comme jamais ; c’est de la répartie choc, c’est du dialogue absurde, ça devient immédiatement culte (« j’ai du mal à parler, parce que j’ai les dents qui poussent… »).
Bien sûr, le plus haut sommet du film est ce duo improbable de Lanvin-Blanc, le grand costaud beau gosse et le petit maigrichon à la moustache plus touffue que ses restants de cheveux. Ca se complète, ça s’amuse l’un l’autre et donc ça nous amuse nous aussi. Au point de regretter, fait rare, que le film n’aie pas connu de suite. Et comme si ça ne suffisait pas, la magnifique Sophie Duez vient compléter le casting de sa sublime présence (et plastique).
Marche à l’ombre, c’est aussi le film français phare des années 80, pile-poil dans l’esprit de cette décennie pas forcément joyeuse : on a droit à du Téléphone, du Renaud et on aime. On peut également y découvrir une peinture acide d’une société égoïste, où naît le racisme, la libération des mœurs d’une partie ciblée de la population, bref la naissance d’une France actuelle qui n’a pas tellement changée en 20 ans ; qu’importe puisque Blanc dit ce qui ne va pas mais souligne surtout ce qui va, et ça ça nous fait plaisir.
Une comédie délirante donc, où cet ancien génie du Splendid reprenait son rôle de tâche ambulante avec néanmoins plus de finesse et un don évident pour la mise en scène : du cinéma populaire comme on les aime quoi.
Note : ***
