19 août 2009
Gremlins
Comme je l’ai déjà dit quelques fois sur ce blog, les années
80 semblent avoir été la décennie bénie en matière de renouveau de l’horreur. Evil
Dead 1 & 2 et Braindead ont joué les films gore drôles,
tandis que les monstres étaient détournés en pure comédie familiale avec Ghostbusters
ou en l’occurrence Gremlins.
De petits monstres dignes des séries B des années 80 (qui adoraient faire peur avec des monstres haut comme trois pommes, allez comprendre…) vont donc devenir des sources de gags d’un humour très noir (mythique mort de la vieille peau sur son fauteuil électrique !) peu habituel pour une production quand même signée Spielberg !
Si le scénario démarre assez lentement et reste somme toute assez simple et que le casting n’est pas inoubliable sans être mauvais pour autant, force est de constater que les vraies vedettes du film, autrement dit les Gremlins, sont impayables ! Tours de force en matière d’effets spéciaux (ils n’ont pas vieillis d’un poil) mais surtout terriblement travaillé (les émotions passent très bien), leur humour agressif, débile et quatrième degré en font des méchants de haut niveau à la fois pour les enfants et pour les adultes.
Si le film ne trouve pas toujours sa voie (des moments sont franchement enfantins tandis que d’autres sont plus adultes comme l’histoire de la mort du père de l’héroïne ou carrément la mort du dernier Gremlins), il a au moins le mérite de ne pas se prendre trop au sérieux et de n’avoir quasiment pas pris une ride en 25 ans. Joli.
Note : ***
28 juillet 2009
Ghostbusters
Il y a de ces films, comme ça, qu’on adore lorsque l’on est
enfant et que l’on redoute de revoir une fois l’âge adulte venu. Moi par
exemple, j’ai été bercé par Mon nom est Personne de Tonino Valerii et Big
Trouble in Little China de John Carpenter. Mais en dehors de ça, comme
toutes les personnes de mon âge, j’ai grandi avec ces films passant au moins
une fois par an à la télévision : Qui
veut la peau de Roger Rabbit, Maman j’ai raté l’avion, Gremlins
ou encore Ghostbusters.
J’avais le souvenir d’un Ghostbusters très drôles, plein de fantômes et d’action, et une fâcheuse tendance à mélanger les deux histoires. J'ai revu un film qui a pris un p’tit coup de vieux, drôle mais pas hilarant, avec 3 fantômes à l'heure et un final drôlement vite expédié.
Il demeure néanmoins que le film possède un petit charme indéniable, ce petit charme propre aux productions audacieuses des années 80, années des films cultes par excellence. De plus, il y a quand même un casting intéressant : Dan Aykroyd, un irrésistible Bill Murray, Sigourney Weaver…
Tiens, en parlant de Sigourney Weaver, elle illustre à elle seule le principe même du film : rire de l’horreur. Comme Gremlins à la même époque, Ghostbusters s’amuse à détourner les figures du cinéma de frissons pour s’en amuser. Weaver, à jamais associée à Alien, est ici une pauvre fille qui ne sait pas se défendre ; les fantômes ne s’amusent qu’à déranger une bibliothèque ou bouffer les repas d’un hôtel ; même le grand méchant est d’abord une femme avant de devenir… Bibendum Shamallow ! Du n’importe quoi, du second degré qui a sans doute permis au film justement de cartonner au box-office et d’hanter si souvent le petit écran pour la joie des petits et grands.
Who ya gonna call ? GHOSTBUSTERS !
Note : ***
25 mars 2009
Noce blanche
Premier film de Brisseau que je découvre, et certainement pas le dernier !
Sorte de Lolita new age (version lycée français moyen), plus métaphysique, plus poétique, plus lyrique, plus tragique, Noce blanche est avant tout un fabuleux moment de jeu d’acteur. Bruno Crémer, acteur de cinéma trop vite oublié au profit de ses rôles télévisuels, campe un professeur touchant, imbriqué dans une histoire d’amour qui le dépasse. Je ne me rappelle pas d’un rôle plus émouvant de lui, jouant tout en intériorisation sauf dans d’exceptionnelles explosions de colère, plus vraies que nature. Face à bloc, la toute jeune et frêle Vanessa Paradis, qui pour son premier rôle obtient le meilleur de sa carrière. Aussi sublime qu’envoûtante, qu’on a tour à tour envie de gifler et de serrer fort contre soi. Dans le tourbillon de leur passion (et de leur jeu), les seconds rôles s’effacent, alors qu’ils sont tout aussi bons.
Mais le film ne se limite pas à cela : Brisseau n’est pas qu’un directeur d’acteur incroyable, c’est aussi un artiste à part entière, comme le prouve sa réalisation. Images soignées, musique magnifique, compositions souvent picturales, le réalisateur a le sens de l’image, et de la belle. Aidés par une photo magnifique, chaleureuse, chaque plan du film est un moment de bonheur visuel.
Et le scénario ? Si somme toute l’histoire est archi connue (une élève qui tombe amoureuse de son professeur, et réciproquement), elle contient assez de moments magiques et de moments tendus pour garder en haleine le temps de la projection, ponctuée par un final inoubliable tant la puissance émotive qu’il contient est énorme.
Un grand film assurément, d’un cinéaste que l’on a vite assimilé à « provocateur » alors qu’il mérite surtout le statut d’ « artiste ». Qu’on se le dise.
Note : ****
24 septembre 2007
Qui veut la peau de Roger Rabbit (Who framed Roger Rabbit)
On peut lui faire bon nombre de reproches, mais force est de constater que Robert Zemeckis a toujours eu un don pour se surpasser en matière de divertissement bourré d’effets spéciaux. Et le plus abouti de ce point de vue restera sans doute à jamais Qui veut la peau de Roger Rabbit.
Il ne fut pourtant pas toujours prévu au casting : les producteurs songèrent en effet pendant un long moment à Terry Gilliam, lequel refusa estimant le film bien trop difficile à faire. Zemeckis fut donc appeler à la rescousse, lui qui cartonnait avec son Retour vers le futur. Le défi d’associer acteurs rées et personnages de cartoon était délirant mais déjà abordé dans plusieurs longs métrages des années auparavant (Les trois caballeros, Mary Poppins, L’apprentie sorcière, Peter et Elliott le dragon…). L’équipe se mit donc en marche, et chacun travailla d’arrache-pied à la réussite de ce film : Zemeckis devait ainsi gérer les négociations avec Disney, Warner et Paramount (collaboration qui n’aboutira pas, nous privant d’apparitions de Popeye, Casper ou Tom & Jerry) tandis que Richard Williams, responsable de l’équipe animation, gérait les 326 animateurs nécessaires à la réalisation des 82 080 dessins du film. Bob Hoskins, qui l’avait emporté au choix sur Robert Redford, Harrison Ford, Sylvester Stallone, Jack Nicholson et Ed Harris (Bill Murray fut également évoqué, mais Zemeckis ne pu le rencontrer avant le tournage ; lorsqu’il l’apprit, l’acteur hurla, lui qui aurait accepter sans la moindre hésitation le rôle), observa sa fille jouer avec ses amis imaginaires pour se préparer. Christopher Lloyd lui obtint le rôle après que les producteurs eurent penser à Roddy McDowald et essuyèrent le refus de Christopher Lee.
La conception des personnages ne fut pas des plus faciles : Jessica Rabbit connu ainsi une dizaine de version avant que les animateurs n’optent finalement pour un look à la Veronica Lake et sa célèbre coiffure. Roger Rabbit, le proclamé héros de ce film, fut le plus étudié de tous : outre les nombreux croquis avant de tomber sur le design final du lapin, Richard Williams se démena pour créer le personnage de cartoon parfait : ainsi mélangea-t-il le visage Warner, le corps Disney et la Tex Avery’s attitude pour le corps et l’esprit du personnage ; la salopette de Dingo, les gants de Mickey et le nœud papillon de Porky Pig lui serviraient de vêtements, en rappelant que les couleurs utilisées (vêtement rouge, nœud pap’ bleu et corps blanc) sont les couleurs de l’Amérique…
La prouesse n’a d’égale que son ambition : le film est absolument incroyable, mélangeant prise de vues réelles avec de l’animation à un tel niveau de qualité que le film, dès sa sortie, devait devenir une référence. Heureusement que Zemeckis ne se limita pas aux projections-tests, effectuées sur des ados de 18-19 ans qui détestèrent le film. Le résultat fut grand : 349 millions de dollars de recettes et 4 Oscars : Meilleurs effets spéciaux, Meilleurs effets sonores et Meilleur montage tandis qu'une statuette spéciale est venue récompenser l'impressionnant travail de Richard Williams pour la direction de l'animation et la création des personnages animés. Et le statut de film culte les années passant.
Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour faire un succès. Le scénario déjà : fortement inspiré de Chinatown de Polanski, il s’agit d’un habile (et improbable ?) mélange de film noir, comédie, film familial et d’animation avec des clins d’œil pour adultes (la majorité des personnages sont à 99% issus des années 30-40, soit les personnages que l’on a tous connu enfant), mais contrairement aux films précédents du même genre, l’intrigue n’est pas une suite d’épisodes mais bel et bien un tout continu, une véritable intrigue policière dans la lignée des films noirs, et dont l’humour cache à peine des sujets un peu tabous, comme la mainmise des multinationales sur des petites entreprises ou une époque assez sombre des USA où le crime et l’alcoolisme étaient monnaie courante. Il faut dire que les scénaristes ont étudié le sujet : plus de 40 versions du script seront ainsi écrites, variant les méchants (tour à tour Baby Herman, Jessica Rabbit…) et dont quelques gags ont disparus (le juge Demort devait ainsi être reconnu coupable du meurtre de la mère de Bambi !). Reste à se demander ce que la préquelle (intitulée Toon Platoon) valait, le projet n’ayant pas atteint le stade de développement.
Le second point tient sans doute dans le rythme endiablé du récit, mené tambour battant par une réalisation et un montage au couteau, allant à l’essentiel sans oublier de faire un détour rapide mais efficace par la comédie. Zemeckis a le sens du divertissement efficace et cela se sent, rendant autant hommage aux anciens films noirs qu’aux cartoon eux-mêmes. Le mérite est d’autant plus grand qu’il est parvenu, avec l’aide de Richard Williams qu’il faut absolument saluer, à faire cohabiter dans un même film pour la première (et sans doute dernière) fois les personnages de Disney et ceux de Warner en respectant les consignes établies par contrat (Bugs Bunny devait ainsi, contractuellement, avoir droit au même minutage à l’écran que Mickey, ce qui explique pourquoi les entités antagonistes (Bugs/Mickey, Donald/Daffy Duck) se retrouvent en même temps à l’écran).
Enfin, et non des moindres, la performance incroyable de Bob Hoskins, acteur sous-employé si vous voulez mon avis, parvenant à chaque instant à nous faire croire qu’il joue avec ses personnages animés. Alors que certains acteurs éprouvent déjà beaucoup de ml à jouer avec un partenaire réel, Hoskins lui est parvenu à jouer dans le vide, face à un robot ou une poupée, ou encore une croix sur un mur. Une telle prestation ne peut laisser qu’admiratif, puisqu’il parvient malgré cette difficulté à capter l’essence du détective type des années 40, style Humphrey Bogart (alcoolique et acariâtre, parfois violent) sans délaisser l’humour bon enfant. Il en paya aussi le prix : il souffrit ainsi d’hallucinations quelque temps après le tournage et se disputa avec son fils qui lui en voulait d’avoir tourné avec Bugs Bunny et Mickey sans les avoir ramenés à la maison ! Face à lui, Christopher Lloyd, autre acteur sous-employé, retrouve Zemeckis après Retour vers le futur et semble être à l’aise avec le réalisateur, composant un méchant digne des plus grands dessins animés, cartoon et Disney confondus. Enfin, juste pour le plaisir, saluons le professionnalisme de Charles Fleischer, la voix originale de Roger Rabbit, qui n’hésita pas à se rendre chaque jour du tournage sur le plateau déguisé en lapin géant avec salopette rouge et nœud papillon immense (ce qui eut pour conséquence de provoquer plusieurs moqueries au sein de l’équipe, notamment sur la qualité à venir du film !).
Film pop-corn techniquement bluffant, et ce encore à l’heure actuelle, Qui veut la peau de Roger Rabbit a poussé le vice, au-delà de la performance, jusqu’à rendre hommage, mieux jusqu’à s’insérer dans un genre sans se forcer, le renouvelant par la même occasion et proposant pour les plus jeunes une relecture du film noir et, pour les adultes, un plaisir coupable de retomber en enfance. Un grand moment de cinéma.
Note : ****
30 juin 2007
Taps
Toute star qui se respecte doit bien commencer par un premier film un jour. Alors autant s’arranger pour que le film soit quelque chose de bon. Et sur ce coup, Sean Penn a eu du flair avec cette critique des écoles militaires connue sous le nom de Taps.
Pourtant, s’il tire son épingle du jeu, ce n’est pourtant pas lui qui l’emporte, ni Timothy Hutton dans le rôle principal. Non, les deux grandes stars de ce film restent Georges C. Scott, dans un rôle faisant écho à Patton en plus minable et usé, et surtout Tom Cruise, hallucinant en troufion assoiffé de bataille, calibré pour la guerre dans toute son horreur. Le temps de leurs apparitions, ces deux acteurs éclipsent le reste de la troupe, l’un pour le charisme qu’il dégageait, l’autre pour la véritable passion qui l’habite, parfait exemple du lavage de cerveau que subisse les jeunes dans ce genre d’institution.
C’est bien là le thème central du film : dénoncer non pas ces écoles mais ce qu’elles enseignent. Comment, à force d’admiration et d’un peu de lavage de cerveau, une troupe de gamins décident de se battre pour empêcher la fermeture de leur école. Leur absurdité n’a d’égal que l’entêtement du plus haut gradé de la bande, fils de militaire et fervent admirateur du colonel déchu après un accident ayant coûté la vie à un civil. Ce n’est pas tant une charge contre les militaires que contre leur éducation. Becker refuse toutefois de se fâcher avec eux en séparant les jeunes idéalistes des vieux de veille ayant connu les champs de bataille. Et c’est là que le film pêche, par cette agressivité à moitié assumée qui fait qu’on ne sait plus très bien à quoi s’en tenir : satire ou drame ? D’autant que le film sombre assez facilement par moment dans le pathos récurrent à ce genre de film. Dommage.
La mise en scène de Becker n’arrange rien, n’offrant aucun élément qui nous permettrait d’y voir plus clair. De bonne facture, elle n’a rien d’exceptionnel (peut on demander plus au réalisateur de Code Mercury ?), même si les conditions de tournage ne furent pas des plus faciles. Il reste néanmoins un bon directeur d’acteur, offrant à Tom Cruise (comme dit précédemment) un rôle en or, et à Sean Penn un premier rôle idéal.
Il y a donc bien matière dans ce film, mais hélas elle n’est que partiellement exploitée. Si le film fut un succès surprise, c’est sans doute pour avoir permit à une bande de jeunots de briller, accompagné du vétéran Scott. On ose à peine imaginer ce qu’aurait donner le film en des mains plus expertes et, surtout, plus radicales.
Note : ***
09 juin 2007
Garde à vue
Simplicité est parfois synonyme d’efficacité en matière de cinéma : c’est en tout cas ce que nous donne à penser des films comme Garde à vue.
Quatre acteurs, un décor, une durée très courte et aucune action : voilà la recette du film de Claude Miller. Il suffit de savoir tirer profit de ces éléments pour faire un bon film. L’outil pour ce faire, c’est un roman, A table !, de John Wainwright, que Michel Audiard file aux productions Ariane Films. C’est le coup de foudre, on lègue le film à Claude Miller, qui connaît une mauvaise passe alors, et Audiard se charge des dialogues. Pas de bons mots cette fois, non, des mots qui touchent, qui font mal, qui nous dévoilent petit à petit qui sont les personnages qui les utilisent. A l’époque, Audiard en a marre des comédies vaudevillesques, et s’occupe de films policiers en tout genre ; pourtant, c’est avec Garde à vue qu’il va démontrer tout son génie, son sens du verbe bien utilisé au bon moment.
Pour réciter ces phrases assassines, un quatuor de choc : une confrontation au sommet entre Lino Ventura et Michel Serrault, avec pour les observer Guy Marchand et Romy Schneider. Hormis Ventura, chacun est utilisé à contre-emploi : Guy Marchand interprète un flic violent et à l’humour très limite, Romy est une femme fatale froide (paradoxe ?) et Serrault, immense, est un personnage que l’on déteste, et qui pourtant nous mène en bateau : est-il coupable ou non ? Même Ventura, impeccable, en doute, et les revirements de situations n’aident en rien à y voir plus clair dans cet interrogatoire peu orthodoxe.
L’intelligence de Miller, c’est de laisser le film aux acteurs, de se laisser porter par les présences et les charmes de ces quatre comédiens principaux, sans chercher à faire de l’esbroufe où à trop en montrer. On ne connaît rien en dehors du commissariat, on ne connaît rien des personnages, on ne connaît même rien de l’enquête si ce n’est quelques inserts montrant ici les cadavres et là le fameux phare. De l’épure dans les décors, de l’épure dans l’action, même de l’épure dans les mouvements de caméra, comme si Miller observait avec une certaine retenue cette garde à vue d’un notaire accusé d’un double meurtre de fillettes.
Une fois n’est pas coutume, saluons le splendide thème de George Delerue, qui glace le sang dans son côté enfantin puisque, dans ce film, les enfants n’ont visiblement pas leurs places.
A sa sortie, le film est un succès : Grand prix du Cinéma Louis Lumière, le Prix Méliès, le Prix du meilleur scénario au Festival de Montréal en 1981, 8 nominations aux Césars 82 dont 4 de gagnés (Meilleur Montage, Meilleure adaptation, Meilleur second rôle masculin, Meilleur acteur pour Michel Serrault) et un remake soutenu par Gene Hackman, immense fan de ce film. Pourtant, 25 ans plus tard, il reste toujours ces images du film dans les mémoires : un Serrault s’écroulant petit à petit, un Ventura plein de sang-froid jusqu’au retournement final, une Romy Schneider glaciale, une musique entêtante, un soir de Saint Sylvestre dramatique, une tragédie shakespearienne, un film qui ne vieillira probablement jamais.
Note : ****
20 janvier 2007
A mort l'arbitre !
On sait que Jean-Pierre Mocky ne fait rien comme les autres. Alors quand on sait qu’il s’attaque au monde du football avec A mort l’arbitre !, on est en droit de s’inquiéter.
Du football ? Pas exactement, puisque ce sont les supporters les cibles du film. Entendez bien les supporters beaufs, un peu arriéré, amoureux de la baston, de l’insulte et autres activités anti-sportive. Soyons honnêtes, nous ne sommes pas à l’abri du stéréotype, mais rapidement on découvre que c’est voulu, que tout dans ce film est exagéré.
Le scénario est exagéré : ces supporters qui veulent tabasser l’arbitre pour leur avoir fait perdre la coupe, jusqu’à ce qu’il y ait un mort par erreur et que l’on accuse l’arbitre d’en être l’auteur, d’où chasse à l’homme… Une histoire improbable pour un film décalé, déconnecté de la réalité. Les personnages sont d’ailleurs plus invraisemblables les uns que les autres, entre les stéréotypes et les caricatures abusées.
Il est intéressant d’analyser la mise en scène de Mocky. Clairement décalée elle aussi, elle ressemble assez à ce que sera plus tard After Hours de Scorsese, cette cavalcade pour la survie d’un pauvre quidam accusé de meurtre. Se passant exclusivement de nuit, la réalisation lorgne aussi du côté d’Orange Mécanique, dans l’utilisation des focales qui offrent des cadrages étonnants. Il y a aussi cette manière spécifique de filmer les immenses bâtiments froids, comme la cité urbaine du film de Stanley Kubrick. Enfin, l’utilisation de la musique classique pour contraster avec les images est flagrante.
Au niveau des interprétations, ces acteurs qui possèdent une « gueule » comme on dit font que le charme opère. Hélas, ils ne sont pas toujours convaincants, comme il arrive qu’Eddy Mitchell ou Carole Laure aient des moments de faiblesses, bien que rares. Non, ce qui surprend le plus reste l’interprétation de Serrault, très loin de ses rôles habituels de comique puisque ici, il joue carrément le rôle d’un fourbe, menteur et psychopathe de surcroît. Voici ce qu’en dit justement Mocky : « Vous savez, cela fait longtemps que je pense que les acteurs comiques sont aussi d'excellents acteurs dramatiques. Les exemples classiques sont Fernandel, Bourvil et Raimu (...). Quant au personnage de Serrault dans A mort l'arbitre !, il est un peu comparable à Robert Le Vigan dans Goupi Mains rouges, c'est-à-dire un personnage d'exception. »
Cependant, malgré toutes ses qualités, le film ne séduit pas totalement, laissant une drôle d’idée derrière lui : bombe anticonformiste ou film bâclé sous couvert d’originalité ? Il y a en effet par-ci par-là des longueurs, des répétitions, un côté un peu trop manichéen, des scènes un peu trop prévisibles… On regrette, d’autant que le politiquement incorrect de mise ici fonctionne en général, comme dans ce final immoral.
Un film ambigu, qui nécessite plusieurs visions avant de pouvoir émettre un avis définitif sur son apport au cinéma. Du premier coup en tout cas, à moitié convaincu.
Note : **
24 juillet 2006
Viens chez moi, j'habite chez une copine
Il est des comédies qui, à leur sortie, connaissent un succès populaire incroyable mais qui, l’âge aidant, ne vieillissent pas si bien que ça. Tel est le cas de Viens chez moi, j’habite chez une copine, comédie de Patrice Leconte qui, il faut l’avouer, paraît désuète de nos jours.
Le plus gros problème sans doute réside dans la conception même du film. Un bon film est celui qui est écrit AVANT le choix des acteurs. L’ennui ici, c’est que l’on sent le film écrit pour (et par) Michel Blanc, avec son opposé comme partenaire : Bernard Giraudeau. Le coup du tandem improbable, on l’a vu mille fois, avec ses modèles du genre (Gérard Depardieu et Pierre Richard chez Veber, Michel Blanc et Gérard Lanvin dans Marche à l’ombre). Ici, il est vrai qu’il fonctionne assez bien, mais il n’est pas aussi marquant que les précités.
Puis, soyons honnêtes, Patrice Leconte n’est pas spécialement le roi des comédies. Il sait choisir ses collaborateurs, il sait les filmer convenablement, point barre. On ne lui en veut pas, ce n’es pas tout le monde qui a eu son flair pour le Splendid par exemple. Mais ses films traversent aussi difficilement les époques, le problème étant lié à un besoin viscéral de coller à la réalité de l’époque. Du coup, 20 ans après, ce n’est plus la même chose, exemple flagrant avec la b.o. signée Renaud, devenue culte il est vrai mais que l’on sent bien d’une autre génération…
Mais heureusement, Michel Blanc est là, avec sa gueule de loser, sa manière unique d’emmerder son monde. Plus d’une fois on se dit que le genre de situation qu’il provoque, on les a connues avec un son meilleur ami aussi. Son personnage de perdant opportuniste est le seul à ne pas changer à rester d’actualité car, au fond, on est tous un peu pareil. Ce n’est pas une analyse freudienne mais Blanc a réussi à cerner le type même du gars moyen.
Les gags s’enchaînent donc, un peu inégaux, mais drôles car sans arrière-pensées. Ce n’est pas Viens chez moi, j’habite chez une copine qui a révolutionné le genre c’est vrai, mais de temps à autre, ça fais bougrement du bien de rire sans réfléchir.
Note : **
10 septembre 2005
Marche à l'ombre
Premier film en tant que réalisateur de Michel Blanc et film culte que ce Marche à l’ombre.
L’histoire, tout le monde la connaît : François, musicos au chômage et play-boy confirmé se rend à Paris avec son pote Denis, hypocondriaque et fidèle soutien dans la déche. Magouilles et autres mésaventures sont leur lot quotidien pour s’en sortir un peu…
Tout d’abord, la réalisation : honorable sans être remarquable, Blanc montre qu’il sait comment fonctionne une caméra, sait comment on compose un plan et sait surtout qu’il ne faut jamais jouer jusqu’à l’abus des mouvements de caméra ; une mise en scène tordante et une direction d’acteur juste rende donc le film très respectable.
Vient ensuite le scénario, qui ressemble plus à une suite de gags qu’à une histoire linéaire mais qu’importe, on ne peut résister bien longtemps aux situations abracadabrantes dans lesquels se foutent les deux compagnons, entre la manche près du ciné ou les soirées africaines dans un quartier délabré et mal fréquenté, ça se suit sans se ressembler et ça on aime. Il faut dire aussi que les dialogues, signés (et ça se sent) par Blanc lui-même, sont exquis comme jamais ; c’est de la répartie choc, c’est du dialogue absurde, ça devient immédiatement culte (« j’ai du mal à parler, parce que j’ai les dents qui poussent… »).
Bien sûr, le plus haut sommet du film est ce duo improbable de Lanvin-Blanc, le grand costaud beau gosse et le petit maigrichon à la moustache plus touffue que ses restants de cheveux. Ca se complète, ça s’amuse l’un l’autre et donc ça nous amuse nous aussi. Au point de regretter, fait rare, que le film n’aie pas connu de suite. Et comme si ça ne suffisait pas, la magnifique Sophie Duez vient compléter le casting de sa sublime présence (et plastique).
Marche à l’ombre, c’est aussi le film français phare des années 80, pile-poil dans l’esprit de cette décennie pas forcément joyeuse : on a droit à du Téléphone, du Renaud et on aime. On peut également y découvrir une peinture acide d’une société égoïste, où naît le racisme, la libération des mœurs d’une partie ciblée de la population, bref la naissance d’une France actuelle qui n’a pas tellement changée en 20 ans ; qu’importe puisque Blanc dit ce qui ne va pas mais souligne surtout ce qui va, et ça ça nous fait plaisir.
Une comédie délirante donc, où cet ancien génie du Splendid reprenait son rôle de tâche ambulante avec néanmoins plus de finesse et un don évident pour la mise en scène : du cinéma populaire comme on les aime quoi.
Note : ***
