Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

21 août 2009

Gremlins II

gremlins2Peut-on réaliser une suite encore plus drôle que l’original ? Oui, oui, définitivement oui quand voit Gremlins 2 !

Si le premier film misait tout sur l’humour noir, cette suite (bien plus friquée) mise elle tout son potentiel sur l’autodérision : on fait comprendre qu’on s’en fout des histoires de l’héroïne (qui cassait déjà l’ambiance avec l’histoire de son père mort dans le premier Gremlins), on continue de détourner des films (Batman, Rambo, même Marathon Man !) et on se fout même de l’original (un critique cinéma n’hésite pas ainsi à démonter le premier Gremlins avant de se faire attaquer par ceux-ci) ! Un trait d’audace dans l’humour est même cette scène de « film tronqué » où, après que l’image ait sauté et perdu le son, on assiste à des gremlins envahissant l’écran (la toile pour la version ciné, la bande vidéo pour la VHS) offrant deux scènes différentes selon les versions : au cinéma une femme ira se plaindre au directeur (disant même que ce second film est pire que le premier !) forçant le catcheur Hulk Hogan à intervenir, tandis que la version vidéo (ma préférée) montrera les gremlins envahir un film de.. John Wayne et se battre contre lui !

De plus, Joe Dante a l’intelligence de ne pas faire une resucée du modèle original mais bien de pousser encore plus les limites de l’audace et de l’innovation. C’est ainsi que des simples petits monstres destructeurs, ils vont se métamorphoser en « nouvelle génération » grâce à un labo et devenir ainsi des gremlins chauve-souris, araignées, électriques ou même parlants !

Enfin, conscient des limites du premier film (un casting peu connu, un scénario facile), Dante semble en faire fi et concentre son film sur les gremlins en train de tout détruire : point de trame inutile, peu d’intérêt accordés aux humains (même si Christopher Lee fait une apparition hilarante), place aux vraies vedettes semant le chaos !

Allant à l’essentiel et jouant à fond la carte de la comédie fantastique (alors que le premier naviguait entre deux eaux), Gremlins 2 démontre que Joe Dante n’est pas un cinéaste se laissant aller, mieux qu’il fut quand on lui donna l’occasion un grand faiseur de films ; eh, messieurs d’Hollywood, regardez donc ce film, ça vous évitera de faire appel à des tacherons la prochaine fois et de confier vos films à de vrais pros comme Joe.

Note : ****

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20 juillet 2009

Double Feature Ciné

Swimming_with_sharksSwimming with sharks

Bon, c'est clair, c'est pas le chef-d’œuvre du siècle ou du genre. Mais ce petit film sympathique, mine de rien, est un formidable tremplin à l'immense talent de Kevin Spacey, qui compose ici un producteur infâme et pourtant touchant. Face à lui, le reste du casting semble bien pale, surtout Frank Whaley alors qu'il est quand même l'acteur principal. Mais le jeu de Spacey est tel, et le twist final est si réussi, qu'on accepte les défauts d'une réalisation souvent convenue, d'une musique horripilante et d'un casting bancal. Et puis, quelle joie de voir Hollywood se faire mordre de cette belle façon encore une fois !

Note : ***

citizen_wellesCitizen Welles (RKO 281)

RKO 281 (c'était le nom officiel du tournage de Citizen Kane) est un film sincère, documenté, qui hélas ne décolle vraiment jamais. En dépit d'un casting magnifique, dominé par Malkovich et Cromwell (Schreiber, hélas, manque un peu de puissance pour incarner Welles himself, même s'il se défend bien). Une fois n'est pas coutume, on regrettera que le film ne soit pas plus long, n'a pas plus en profondeur concernant Welles lui-même et l'époque difficile dans lequel Kane est né. Les fans s'amuseront et les néophytes apprendront des choses. Après tout, mission réussie.

Note : ***

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29 mai 2009

The Blackout

BlackoutThe Blackout, j’ai envie de dire, c’est un peu le Canada Dry de Lost Highway : ça ressemble au film de David Lynch mais ce n’est pas le film de David Lynch !

Non, c’est un film d’Abel Ferrara, avec ce que ça sous-entend de sexe, de violence et d’esprit underground. Mais loin de moi l’idée de réduire l’intérêt de ce film !

Tout d’abord, il faut souligner le superbe travail plastique qu’effectue Ferrara : que ce soit la lumière ou les couleurs, on sent que le cinéaste s’amuse à nous en foutre plein la vue. Et surtout, ça contraste à merveille avec la vie de débauche que mène le personnage de Matthew Modine (extraordinaire, comme souvent) entre alcool et drogue.

Mais c’est surtout une réflexion plus que subtile sur la notion d’image : celle de cinéma, celle de vidéo numérique (le film date de 1997), mais surtout l’image manquante. Celle à un film, et celle à la mémoire : comment comprendre un film s’il lui manque une image essentielle, et comment ne pas s’interroger sur une image manquante dans ses propres souvenirs ?

Bon, évidemment, tout n’est pas parfait : le film tire assez en longueur et on comprend bien vite où on va en arriver (Ferrara semble par ailleurs s’en moquer). Il y a aussi les bad trips un peu agaçants qui ralentissent le film…

Mais qu’importe. Qu’importe car le film est rempli d’audace et de surprise, mais aussi de valeurs sûres comme Dennis Hopper, hyper à l’aise dans le registre du personnage décalé du bulbe. Un film surprenant, déroutant, mais étrangement fascinant…

Note : ***

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02 mai 2009

La Cité de la Peur

Cit__de_la_peurAttention : ce film comporte certaines de violences. Mais d’autres pas. Ce qui fait que en moyenne, ça va.

Les Nuls, c’est culte. Le film de Les Nuls, c’est encore plusss culte.

D’abord pour Alain Chabat, Dominique Farrugia, Chantal Lauby mais aussi ses vrais acteurs comme Gérard Darmon. Et puis pour ses clins d’yeux aux malheureux projectionnistes tous plus irrésistibles les uns que les autres (mention spéciale à Daniel Gélin qui joue de son image de tombeur). Et puis Valérie Lemercier à qui on demande 16 sucres et qui n’en mets que 15 (si si, comptez, c’est le générique qui le dit !).

Ensuite pour Red is dead, le film dedans le film, qui se fout bien de le visage des films d’horreur qui se ressemblent tous.

Et puis pour son humour 49ème degré, ses gags subtils (quand Jérémy est content…) et ses dialogues éblouissants (« c’est qui le plus fort, l’éléphant ou l’hippopotame ? ») et souvent cultes (le gag du whisky et la blague sur la moule et le pull-over… Mais si vous connaissez !).

Et puis pour ses références au cinéma : Bullit, Terminator (« c’est à côté »), Basic Instincts… Et sachez que si vous avez aimé Jurassic Park, La leçon de piano et Le fugitif… Eh bien eux aussi ont bien aimé.

Et puis pour la Carioca. Ah ben si, quand même.

Et puis pour une réalisation propre et techniquement réussie, qui fait qu’on a pas envie de se faire rembourser nos invitations.

Et puis voilà. Parce que c’est culte. Parce que c’est drôle. Parce que ça ne se prend jamais au sérieux. Parce que des films comme ça, on en fait plus en France. Parce que les années passant et les visions augmentant, on prend toujours le même plaisir.

Et puis parce que « pendant ce temps, à Vera Cruz… »

Note : ****

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13 novembre 2008

Starship Troopers

Starship_TroopersAdaptation d’un roman de science-fiction (que Verhoeven a avoué n’avoir jamais lu en entier), Starship Troopers apparaît quelques années après la première Guerre du Golfe comme un film antimilitariste, anti-propagandiste, bref anti-américain. Plus artistiquement, il apparaît comme un vaste champ d’expériences cinématographique où les genres se mélangent.

Le film se veut une critique des USA en ce sens qu’il met en avant – et parodie – des éléments comme le patriotisme, la soif de guerre, la hiérarchie bureaucrate opposée à la force de terrain. C’est une idée souvent avancée à laquelle je n’adhère pas totalement ; comment peut-on juger du degré d’ironie d’un film quand elle n’est pas explicite et revendiquée ? Or ici, Verhoeven ne fait jamais dans l’excès, mais dans une certaine banalité qui apparaîtra ridicule ou non au spectateur en fonction de ses valeurs personnelles. Le public européen, par exemple, pourra rire de certains messages du film, mais il est fort à parier qu’un public manquant de recul, par exemple les Etats-Unis, ne verra pas le message subversif du cinéaste. Verhoeven prétend dénoncer le « lavage de cerveau » de la jeunesse, envieuse d’un avenir meilleur,  qui s’enrôle dans l’armée; l’idée n’est hélas pas toujours bien exploitée.

L’aspect le plus intéressant du film réside ailleurs. Avec cette œuvre de commande, Verhoeven semble s’amuser à mélanger les genres, à dénoncer (et là c’est de belle manière) la désinformation de temps de guerre et tout cela sans complexe. Le film emprunte donc tout autant à la science-fiction qu’à la sitcom, le film de guerre, le western et le documentaire de propagande. De la sitcom par exemple, Verhoeven retient les histoires d’amour ridicules, les amitiés brisées et tous les autres poncifs possible. Vient ensuite les parallèles avec ces grands films de guerre que sont Full Metal Jacket (la séquence d’entraînement) et Le jour le plus long (la première offensive vouée à l’échec). Du western, il retient ces vastes plaines désertiques et surtout l’offensive d’un fort qui ressemble à s’y méprendre à Alamo. Enfin, du documentaire de propagande se glisse par-ci par-là sous forme de message publicitaire du web (internet commence alors à exploser dans le monde) et joue ce qu’il y a de plus ridicule parfois en masquant hypocritement une vache se faire dévorer violemment par un insecte géant alors que des équipes télés sont envoyés sur le front et filment frontalement les morts horribles des soldats sur place.

Hélas, le niveau global des acteurs (exception faite de Michael Ironside, rôdé à ce type de rôle) ne fait pas honneur à la mise en scène de Verhoeven, et force est de constater que le film en pâtit un peu. De même, le scénario n’est pas des plus brillants, et on sent nettement que le côté subversif du film a été masqué par une succession de scènes d’action efficaces.

Dommage donc, car le film partait sur des bases solides. Il n’en reste pas moins que Starship Troopers est devenu un modèle du genre, en passe de devenir une référence, et qui a surtout donné naissance à deux suites qui n’égalent pas l’original. N’est pas Paul Verhoeven qui veut.

Note : ***

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02 novembre 2007

58 minutes pour vivre (Die Harder)

Die_Hard_2Une recette qui marche ne fonctionne pas forcément entre n’importe quelles mains. Voici la leçon à tirer du décevant Die Hard 2 – 58 minutes pour vivre.

Inspiré du roman 58 minutes de Walter Wager (d’où le titre français complètement crétin car sans rapport avec le film), le film devait originellement être réalisé par John McTiernan mais, faute de temps libre (le cinéaste étant accaparé par A la poursuite d’Octobre Rouge), on confia la réalisation à un cinéaste d’origine finlandaise, Renny Harlin (futur réalisateur de Cliffhanger et Driven… sans commentaires). Déjà débordé par son film The adventures of Ford Fairlane, Harlin accepte pourtant de reprendre la série à son compte, espérant sans doute tirer profit de la popularité du film précédent. Pourtant, les choses vont rapidement décliner : en plus d’un scénario bancal, Harlin ne va pas savoir tenir son budget (il fut un moment où le film coûtait pas moins de 20 000 dollars à la minute) et à peine ses délais (le film arrivera dans les cinémas comme « wet prints », adjectif sans équivoque).

Heureusement que Bruce Willis était là. Sans lui, on ose pas trop imaginer à quoi aurait ressembler ce produit d’action des années 90. Toujours aussi irrésistible quand il descend un terroriste tout en balançant une réplique forcément culte. Pour le reste, on repassera : des personnages stéréotypés au maximum, interprétés avec peu de conviction par la plupart des acteurs sauf William Sadler qui croit dur comme fer à son rôle de bad guy, en vain.

Côté réal, Harlin ne cherche pas trop à se mesurer à McTiernan, ce qui est bien, et livre ce qu’il peut en terme d’action : la plupart des scènes sont ainsi réussies même s’il manque cette touche de magie qui rendait dans Piège de cristal l’invraisemblable possible ; ici, l’absurdité de certaines scènes fait rire alors qu’il devrait faire frémir.

Il faut dire que le pauvre cinéaste n’avait pas un matériel suffisant à sa disposition pour espérer mieux : en plus d’offrir des caricatures en guise de personnages et une suite parfois incohérente d’événements, le scénario enchaîne l’inutile avec le nuisible ; quid d’une galerie de personnages dont on se moque (le sergent Al Powell en clin d’œil forcé, la femme de McLane uniquement présente dans un pseudo but de suspens) quand il n’aligne pas des poncifs vus et revus des dizaines de fois (la tentative d’évasion d’un terroriste hautement dangereux… évasion assez drôle au passage, ou comment un homme de son importance n’est surveillé que par un gardien adolescent et naïf).

Suite presque sans saveur de l’un des meilleurs films d’action de tous les temps, Die Hard 2 permet surtout de confirmer le talent de Willis et d’offrir à l’occasion quelques scènes d’action intéressantes. Un résultat bien maigre en comparaison du premier et du troisième opus.

Note : **

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31 août 2007

Trainspotting

trainspotting

Ah la drogue, sujet délicat à aborder au cinéma car très mal pris par la majorité des spectateurs. Comment ne pas être pris pour un donneur de leçon quand on fait un film sur ce sujet, alors qu’il est courant que la poudre blanche fasse son chemin dans le monde du septième art ? Pourtant, un réalisateur a eu l’audace d’aborder ce thème de manière très personnelle : un certain Danny Boyle et son chef-d’œuvre Trainspotting.

Alors qu’il court pour échapper à des gardes (à moins que ce ne soit vers sa perte ou, pire, après la vie ?), Renton nous explique sa vision de la vie : « Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques, choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle, choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survet' et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissu de merde, choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de sa vie, choisir de s'affaler sur ce putain de canapé, et se lobotomiser aux jeux, télé en se bourrant de MacDo, choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondu pour qu'ils prennent le relais, choisir son avenir, choisir la vie. Pourquoi je ferai une chose pareil ? J'ai choisi de ne pas choisir la vie. J'ai choisi autre chose. Les raisons ? Y a pas de raison. On a pas besoin de raison quand on a l'héroïne ». Le ton est donné. Pourquoi s’emmerder avec les femmes, l’argent, le boulot, la famille alors que quand on s’injecte un fix, tout est merveilleux ? Pourtant Renton tente de décrocher, de devenir quelqu’un de bien, sauf que c’est toujours dans la normalité que les pires crasses nous arrivent…

A la base de tout ça, Irvin Welsh qui est l’auteur du roman original. Plusieurs fois on lui propose d’adapter son récit pour l’écran, il refuse, mais finit par céder avec Andrew MacDonald et John Hodge, qui ont pour seule consigne de ne pas adapter le roman dans l’esprit « social » cher à Ken Loach. Pas de soucis, ce n’était pas spécialement le but de la manœuvre. Côté réalisme, on peut compter sur Hodge, ancien médecin et donc habitué des toxicomanes (pour preuve, il a vécu lui-même l’épisode de la télévision volée dans un home pour personnes âgées). Reste à trouver quelqu’un de porter le délire visuel à l’écran, et ça tombe bien parce que Danny Boyle se montre intéressé, lui qui connaissait déjà MacDonald et Hodge depuis l’époque de Petits meurtres entre amis. Tant qu’on y est, on refait appel à Ewan McGregor et quelques seconds rôles (Ewen Bremner qui avait déjà joué dans une adaptation de Trainspotting au théâtre, Johnny Lee Miller en fan de James Bond alors que son grand-père Bernard Miller interprétait M dans la série jusqu’en 1979) et pour mieux les préparer, on leur dit de revoir L’arnaqueur, L’exorciste et Orange Mécanique tandis que McGregor fond pour ressembler un maximum à un toxicomane. Après 7 semaines de tournage seulement, le film qui devenait devenir le 10ème meilleur film britannique de tous les temps selon le British Film Institute est fini et prêt à devenir LE film culte des années 90 en Angleterre.

Bien qu’il ait pour héros des junkies et un psychopathe (jubilatoire Robert Carlyle), le film n’est pas vraiment un drame. Il s’agit plutôt d’une comédie noire, bien noire, so british dans un humour un peu trash (la plongée de Renton dans les w.c.) mais terriblement attirant. On frôle le scato (le réveil de Spud dans la chambre de la fille) mais on y sombre jamais, loin de là. C’est l’humour parfois diabolique, totalement absurde (comme la théorie sur la Vie et son rapport avec Sean Connery selon Sick Boy) mais vraiment décalé. Sans méchanceté même. Avec juste ce qui faut de mauvais goût : par exemple, l’équipe de football qui joue contre nos drogués au début n’est autre que les membres d’une association pour toxicomane. Ou encore ce bouquin que lit Renton, sur la vie de Montgomery Clift, célèbre pour ses déboires avec ses addictions à l’alcool et aux drogues. A moins que ce ne soit un hommage, comme le film en fourmille : Orange Mécanique et Taxi Driver dans la boîte de nuit, L’exorciste avec la tête du bébé qui fait un tour de 360°, Il était une fois en Amérique ou encore Tirez sur le pianiste à travers deux plans identiques aux films précités et enfin, incontournables, des clins d’œil aux Beatles comme s’il en pleuvait : les films Hard Day’s Night et Help ! ou les jaquettes des albums Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band et Abbey Road.

La mise en scène de Boyle trouve enfin son apogée avec ce film, après quelques essais dans Petits meurtres entre amis. Avec un sens incroyable du timing, le cinéaste nous raconte plus une suite d’épisodes, un tout unique : la vie de Renton est cohérente, comme les conséquences de ses actions : il arrête la dope, les ennuis arrivent. Il la reprend, ils empirent. Ainsi va la vie qu’il ne voulait pas choisir au début de son récit. Pourtant, il n’y a aucun message moralisateur, aucune prise de position irrévocable : être junkie a ses avantages et ses inconvénients. Libre à chacun de le devenir ou pas, tout en étant conscient des dangers que cela comporte (le sida est frontalement abordé même si brièvement). Boyle ne se pose jamais comme moralisateur, puisque ces personnages n’ont rien de héros.

Du point de vue du récit également, le travail sur la narration est soignée puisque étant à la première personne du singulier, beaucoup de délires sont permis : du délirant passage aux « pires toilettes d’Ecosse » à l’insoutenable crise de Renton lors de sa cure, chaque moment du film est pleinement décrit selon la vision de notre personnage principal, à la manière justement d’un Orange Mécanique dont Trainspotting se pose comme un fervent admirateur.

Dans le rôle principal, un Ewan McGregor comme on en verra jamais plus, aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau, répondant pleinement aux exigences de son personnage sans broncher. Le rôle de sa vie en somme, et il semble le savoir puisqu’il se donne à fond et que cela s’avère très payant. Parallèlement, ses camarades de jeu n’ont pas grand-chose à lui envier, du flegmatique Johnny Lee Miller au remarquable Ewen Bremner en Spud un peu limité, les seconds rôles étant pourtant dominés par un Robert Carlyle inoubliable que l’on croirait presque être le fils spirituel de James Cagney tant il est imprévisible.

A souligner finalement une b.o. extraordinaire, mélange improbable (donc réussi) de Bowie, Iggy Pop ou Lou Reed avec Pulp, Underworld ou encore Blur et (après tout pourquoi pas) même Bizet. A l’image du film, cette bande originale est jeune et dynamique, tantôt nostalgique tantôt décalée et (surtout) sans temps mort. L’exemple parfait d’un bon accompagnement musical dans un film.

Œuvre culte mais, surtout, réussie, Trainspotting n’est peut-être pas aussi anarchiste qu’on a voulu le prétendre à sa sortie ; outre une réflexion sur la drogue qui se permets de montrer des choses sans les juger (ce qui en fait l’un des films les plus puissants sur ce thème), il s’agit aussi d’un hommage au cinéma de la part de Boyle. Rarement adaptation aura été à la fois si sincère et si personnelle.

Note : *****

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05 juillet 2007

C'est arrivé près de chez vous

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En Belgique aussi, les contes de fées existent, même s’ils sont teintés d’humour second degré et de pas mal de mousse d’une bonne blonde. Voici par exemple l’histoire d’un film sur lequel personne ne misait, voici l’histoire de C’est arrivé près de chez vous.

Il était une fois trois allumés dont l’humour n’avait d’égal que la puissance du coude au comptoir : Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde. Alors que Benoît connaissait quelques disputes avec les études en général, ses amis Rémy et André ne pouvaient pas se vanter de faire mieux, si ce n’est que eux se voyaient déjà réaliser des films. Après un premier court métrage ensemble (Pas de C4 pour Daniel-Daniel), nos trois amis décidèrent, pour le film de fin d’études de Rémy, de décrire le quotidien d’un serial killer en parodiant quelque peu une émission très prisée (et très voyeuriste) à l’époque : Striptease.

Une chose en amenant une autre, le film de fin d’études se transforma en premier long métrage pour nos joyeux lurons, pas si joyeux que ça quant il fallait monter le film : appels à la famille et aux amis (Benoît invita même a famille sans jamais lui dire le sujet du film), fouilles des poubelles des studios pour récupérer des morceaux de pellicule, tournage sans autorisations et véritables tournées chez Malou, bref la bande eut bien des difficultés à arriver au bout de ses peines, et il fallut plus d’un an pour arriver au but ultime : Cannes.

Se rendre à ce prestigieux festival était déjà merveilleux pour nos héros nationaux, mais ils n’étaient pas encore au bout de leurs surprises (et pour dire vrai, nous non plus) : projeté en séance de minuit, le film attira bien vite l’attention des festivaliers. « Viens vite, il y a des Belges qui ont fait un truc de fou ! » s’exclamait un spectateur, tandis qu’un inconnu du nom de Quentin Tarantino se battait avec 4 gardes de la sécurité pour aller voir le dit film de dingue. Trois récompenses plus tard, nos amis rentrèrent dans leur plat pays en abandonnant à la vue de tous leur bébé. Le résultat ne se fit pas attendre : le film culte de la décennie, pourquoi pas même de l’histoire du cinéma belge, attirait tous les curieux, repoussant les plus sensibles d’entre eux pour fasciner les amoureux du cynisme et de l’humour noir. Preuve avec cette affiche qui choqua : à la base, ce n’était pas un dentier mais une tétine de bébé qui voltigeait parmi les flots de sang. Mais la censure trouva cela « de trop »…

Quel était donc le secret de cette réussite ? Le scénario à double niveau sans doute : d’une part une satire féroce et sans concession de la télé réalité, du voyeurisme et de la place du spectateur dans ce qu’il regardait (l’équipe documentaire participant activement aux meurtres de Benoît au fil du temps) mais d’abord et surtout à un ton débridé et un humour que l’on avait encore jamais osé jusque là : du veilleur de nuit noir à la mamy cardiaque, de l’anniversaire sanglant au cocktail référant au petit Grégory Villemin, chaque phrase, chaque situation poussait à son paroxysme la limite du bon goût et n’hésitait d’ailleurs pas à la franchir allègrement. Il faut dire que notre « héros » n’en est pas un : assassin pour le plaisir autant que pour l’argent, raciste et sans égard pour femmes, vieillards et enfants, son amour de la poésie n’épargne en rien ce côté détestable qui émane de lui alors que, honte à nous, on ne peut s’empêcher de l’adorer, de réciter à sa place ses répliques devenues cultes.

Qu’aurait été un tel personnage si ce n’était pas Benoît Poelvoorde qui l’avait interprété ? Quelque chose de totalement différent, et allons plus, quelque chose d’indigeste. Pour son premier vrai film, Poelvoorde écrase déjà tout, laissant deux types de cadavres sur son passage : les morts du films et nous, morts de rire. La comédie est un art très délicat, et Poelvoorde y excelle comme nul autre de sa génération.

Malheureusement, le film a bien du mal à tenir ses promesses, et si l’humour reste présent longtemps, on ne peut s’empêcher de regretter que la seconde moitié du film traîne, tire en longueur, soit moins inoubliable que la première partie, et il arrive parfois que le sourire qu’on ne pouvait plus effacer de notre visage s’en aille de lui-même.

Mais qu’importe ! Le film est ce qu’il est, autrement dit une pierre précieuse rare car brut, sans influence quelconque si ce n’est le caractère déjanté de ses trois auteurs, et dont l’humour acide traverse les âges et les générations sans prendre la moindre ride. Moralité : la personnalité dans un film, ça fait beaucoup, la bière ça fait le reste. Cinéma, cinémaaaaaa !!!!! 

Note : ***

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02 avril 2007

Sleepers

sleepersLes Américains sont des masochistes invétérés : plus les sujets abordés au cinéma démontent leur façade de gens biens propres sur eux, plus ils aiment et en redemandent. Les cinéastes, eux, s’en donnent à cœur joie de signer des films « polémiques » pour faire croire que ce sont des auteurs. C’est de cette manière que naissent des films comme Sleepers, histoire de pédophilie, ode à l’amitié et bénédiction de vengeance meurtrière…

Ne tournons pas autour du pot, le fond de l’histoire laisse sceptique : peut-on vraiment tuer pour une juste cause ? Inspiré du livre autobiographique de Lorenzo Carcaterra, que les institutions pénitentiaires des USA dénoncent comme un tissu de mensonges, le scénario n’éclaire guère le sujet : oui, le salaud qui a fait ça méritait une sentence, mais ne devait-elle pas être légale ? En dépit, le film prône l’amitié et l’innocence de l’enfance, tout en dénonçant la pédophilie visiblement fréquente au pays de l’Oncle Sam.

Levinson a d’ailleurs la pudeur d’occulter ces scènes qui auraient été insoutenables de toute manière. Il préfère ce concentré sur la manière implacable dont la juste vengeance des quatre amis se préparent. Comme cité en exemple dans le film, c’est du Monte Cristo en plein. Si le film tarde cependant à démarrer, c’est pour mieux démonter un à un les rouages d’un système défaillant, accusant clairement les institutions correctionnelles en les désignant non comme aides aux délinquants mais comme bonus (voir raison) de leur déviance.

On regrettera deux petits éléments cependant : d’une part, au niveau du scénario, une certaine « hollywoodisation » qui consiste à insérer un semblant de relation intime entre Jason Patric et Minnie Driver. Bien qu’on ne remette pas cette « liaison » en doute, on a un peu de mal à vraiment cerner son importance dans le récit, tout comme cette idylle gâchée entre les personnages de Brad Pitt et Minnie Driver. L’autre reproche revient à la mise en scène de Levinson, qui aussi sobre puisse-t-elle être lorgne un peu trop du côté de chez Scorsese pour sa description de l’Amérique sixties. Un léger manque de personnalité qui contraste un peu avec le reste du film, d’autant que Levinson n’est pas un amateur.

L’élément le plus frappant dans ce film réside évidemment dans son casting de fou : Robert de Niro, Dustin Hoffman, Kevin Bacon, Brad Pitt, Jason Patric, Minnie Driver, Vittorio Gassman, rien que ça ! Chacun parvient à tirer son épingle du jeu d’ailleurs, certain (Bacon, Gassman) mieux que d’autres (Patric, Pitt) mais tous restent agréables à regarder. On regrettera toutefois les performances un peu en retrait (et légèreté) des monstres De Niro et Hoffman mais bon, rien que leurs présences suffisent à notre bonheur.

Un film de facture honnête, un brin longuet, quelques facilités dans le scénario et une mise e scène qui n’est pas exempte de tout reproche ; pourtant, c’est un formidable plaidoyer pour la fidélité en amitié, pour le sens de la justice et une attaque directe et sans concession à un système défectueux et dangereux. Du cinéma pop-corn engagé comme on les aime.

Note : ***

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17 janvier 2007

Killing Zoé

killing_zoeTarantino a ouvert des portes dans le monde du cinéma à des cinéastes et à des films parfois spéciaux. C’est un peu le cas de Killing Zoé, premier film de Roger Avary.

Pour rappel, Avary est le grand pote de Tarantino, celui qui a participé activement à l’écriture de Reservoir Dogs et surtout Pulp Fiction. Et c’est durant des repérages pour Reservoir Dogs justement qu’Avary voit bien un film qui parlerait d’un braquage de banque. Alors quand ce dernier passe à la réalisation, sponsorisé par Tarantino et Lawrence Bender qui plus est, on est en droit d’attendre une petite merveille… Jusqu’à ce que la réalité nous explose au visage : Killing Zoé est bien plus proche du navet que du chef-d’œuvre.

Sauvons les meubles et précisons que le casting était joli à la base, et la réalisation d’Avary n’est pas mauvaise en soi. Mais hélas, c’est à peu près tout ce qu’on peut sauver de ce film tant il semble bâclé, sans rejeter la faute aux distributeurs (la director’s cut n’a rajouté que trois malheureuses minutes qui ne changent absolument rien !)

D’abord, le scénario est inexistant : là où on s’attendait à un film minutieux, drôle ou même consistant, le contre-pied est fatal : le braquage en lui-même ne dure qu’un tiers du film, et vire plus au bain de sang gratuit (et grotesque) qu’à un hold-up, les 20 premières minutes sont fades (naissance d’une histoire d’amour être un perceur de coffre et une putain… original) et les 40 minutes précédant le coup auraient mérité un meilleur traitement : des idées sont lancées sans être exploités (le sida d’Eric) et les trips héroïnomanes sont cools un temps mais finissent par lasser. A croire que le film veut plus décrire le monde de la drogue qu’un braquage de banque, mais là aussi on a vu mieux.

Les acteurs limitent la casse mais de peu : Eric Stoltz n’a rien à se reprocher, mieux même il joue bien, tandis que Julie Delpy est sous-exploitée et Jean-Hughes Anglade, marquant, sombre parfois dans l’excès et perd sa crédibilité.

Enfin, la réalisation d’Avary est certes honorable sur le plan des cadrages mais manque considérablement de rythme, de ligne directrice et surtout de ce soupçon magique qui font de Tarantino un cinéaste ultraviolent mais regardable ; ici, c’est tout le contraire.

Une grosse déception donc, de la part d’un artiste qui se prétendait meilleur que ça. Plus de rigueur et plus de travail aurait pu faire de Killing Zoé le digne héritier d’un Après-midi de chien ; il en est réduit à en être la pâtée.

Note : *

Posté par cinemaniaque à 00:01 - .Années 1990 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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