Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

22 juin 2008

Le rêve de Cassandre (Cassandr'as Dream)

cassandrasdreamposterWoody Allen aimerait-il le yo-yo ? A en croire sa filmographie depuis une dizaine d’années, on serait tenté de répondre oui : non seulement il passe d’un genre à un autre sans crier gare, mais la qualité des dits films suit également cette mouvance de haut et bas, bons et moins bons. Hélas, son dernier film londonien Cassandra’s dream descend, mais ne remonte pas.

Après avoir brillé avec Match Point mais divisé avec Scoop et vu son projet parisien tomber à l’eau faute de moyens, Woody Allen a donc continué sa tentative d’explorer les tréfonds de l’âme humaine, dénoncer une société de classe, maudire les mensonges, craindre la mort… L’homme qui tourne plus vite que son ombre (Colin Farrell dira dans une interview que « ce film a nécessité moins de prises qu’une seule scène de Miami Vice ») réitère donc une tentative de réaliser une tragédie (son grand rêve), comme il avait déjà pourtant réussi admirablement à le faire avec Crimes et délits et Match Point. On retrouve d’ailleurs cette inspiration commune pour l’œuvre de Dostoïevski (Les frères Karamazov et Crimes et châtiments entre autres) dans Cassandra’s dream, à la différence près que cette fois, ça ne marche plus. Est-ce parce que le cinéaste quitte le milieu bourgeois intello, qui sied tant à l’esprit critique de l’écrivain russe, pour deux loosers de la middle-class londonienne (difficile de dissocier le film d’Allen des films de Ken Loach ou Stephen Frears ici), toujours est-il que le film n’atteint pas son objectif de nous faire réfléchir.

C’est fort dommage, car l’ironie ambiante (so british d’ailleurs) donne au film un ton plus humain que Match Point par exemple, et aurait donc du rendre le film plus accessible. Mais en délaissant totalement l’univers fantasmé d’une classe faussement supérieure, à laquelle Woody a fini par nous habituer, au profit d’une classe bien plus proche de nous (modestes ou nantis), Allen nous a perdu. Pire, il nous mets mal à l’aise, ne crée plus de distance avec son sujet et mets ses personnages à notre hauteur, ce qui fait de nous des loosers assassins en puissance. Un pessimisme qui atteint ses limites, et déroute autant qu’il indiffère (par hypocrisie) le spectateur.

Même les acteurs laissent de marbre, à l’exception notable de Colin Farrell, attendrissant en nounours dépressif et à la mauvaise conscience, alcoolique et joueur invétéré. Il est bien le seul de la bande, pourtant joliment constituée (Ewan McGregor, Tom Wilkinson…) à tirer l’épingle de son jeu, et à donner assez de consistance à son personnage.

Une petite mention est aussi à faire pour la musique, étrange, de Philippe Glass. Si Allen nous avait habitué au jazz lors de sa période américaine, il semblerait que sa période européenne le conduise à de nouveaux horizons (opéra, classique) jusqu’à ce compositeur contemporain, qui signe ici une partition intéressante mais pas pour autant transcendante comme il a déjà su le faire auparavant.

Film standard, trop pour vraiment convaincre, Cassandra’s dream est le signe d’un essoufflement créatif. Pour sa défense, le cinéaste dépasse désormais les 72 ans, mais si on repense à ces grands maîtres Akira Kurosawa (qui a fait Ran à 74 ans), Sidney Lumet (qui tourne encore à 84 ans) ou même le modèle absolu de Allen, Ingmar Bergman (qui avait réalisé Sarabande à 86 ans !), on est en droit de se sentir déçu. Ou, plus exactement, frustré. Fallait pas nous habituer à de grands films, Woody.

Note : **

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25 mars 2008

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... sans jamais oser le demander (Everything you always wanted to know..)

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Woody Allen n’a jamais fait mystère de sa fascination burlesque pour le sexe. Alors comment s’étonner de voir apparaître dans sa filmographie le film à sketchs Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander ?

Inspiré du livre d’éducation sexuelle de David Reuben, le film se divise en 7 chapitres : (1) Do Aphrodisiacs Work?, (2) What is Sodomy?, (3) Do Some Women Have Trouble Reaching Orgasm?, (4) Are Transvestites Homosexuals?, (5) What Are Sex Perverts?, (6) Are the Findings of Doctors and Clinics Who Do Sexual Research Accurate? et (7) What Happens During Ejaculation? A l’origine, on trouvait aussi un huitième segment, What Makes a Man a Homosexual?, où Woody Allen interprétait une araignée normale, et Louise Lasser une veuve noire ; après qu’ils aient dansé sur une toile, l’araignée faisait l’amour et la veuve noire mangeait l’araignée. Cette séquence fut coupée au montage car Allen ne trouvait tout simplement pas de fin qui le satisfaisait. Dommage…

Observons le film par segment :

(1) On commence par un Woody Allen en grande forme, où ce dernier (qui interprète un bouffon à la cour) est épris (sexuellement, cela s’entend) de la Reine. Par chance, son aïeul va intervenir et lui conseiller d’utiliser des produits aphrodisiaques pour séduire la belle. Dès ce segment, nous savons que le film va être placé sous l’accent de la parodie de genre. Ici, c’est clairement la tragédie shakespearienne et Hamlet qui sont visés. Misant tout sur le comique de situation, Allen fait pourtant preuve de classe dans le monologue, et s’offre même le luxe, fait assez rare pour être souligner, de conclure son film par une fin loin du happy-end.

(2) Le deuxième segment se moque plus ouvertement du mélodrame contemporain. Le docteur Ross, interprété par Gene Wilder (le rôle fut un temps proposé à Laurence Olivier), tombe ainsi follement amoureux de sa patiente… qui n’est autre qu’une brebis ! La zoophilie est donc au rendez-vous, si ce n’est que personne ne semble en avoir cure et considère la brebis comme une maîtresse normale. On retrouve les éléments-clés du mélodrame (la famille bourgeoise éclatée par un scandale, le mari qui sombre dans la misère et l’alcool) mais l’humour ne fait pas toujours rire, et on finit par se lasser. Sans doute le segment le plus sombre.

(3) Pour la troisième partie, Woody se réserve encore le beau rôle : celui d’un séducteur italien, macho et incapable de faire jouir sa femme. Il y a du cinéma italien en crise là-dessous, celui d’Antonioni par exemple, tourné à la rigolade, ou celui de De Sica, rendu plus sérieux. Le sketch tourne un peu en rond, mais voir Allen en stéréotype même de l’Italien séducteur est tout simplement plaisant.

(4) Le quatrième morceau, sans doute le plus bâclé, met en avant un père de famille qui, chez les futurs beaux-parents de sa progéniture, voit son goût du travesti dévoilé. Un peu drôle, mais le sketch ne décolle jamais réellement.

(5) En cinquième position, on retrouve une parodie des émissions télés plus débiles les unes que les autres, typiques des années 70 où des candidats derrière leur buzzer doivent trouver les déviances sexuelles des invités. Pas franchement drôle au premier degré, la critique de la télévision et le côté kitsch aujourd’hui (et même encore d’actualité dans la recherche du détail intime d’inconnus) restent pourtant très sympas.

(6) Le meilleur arrive à la fin. D’abord, ce sixième segment, qui se moque des films fantastiques sauce Frankenstein et autres invasion de monstres géants. Totalement décalé (le monstre s’avérant être un sein géant), il s’agit certainement du deuxième meilleur moment du film…

(7) … car le meilleur, le voici : le sketch final, où le fonctionnement interne d’une éjaculation ! On pourrait craindre le pire, mais Allen a beaucoup de pudeur et, surtout, beaucoup d’imagination : c’est ainsi qu’une relation sexuelle est décrite comme le fonctionnement d’une immense machine. Ceux qui comme moi ont grandi avec la série Il était une fois… l’Homme comprendront ce que je veux dire, et seront d’autant plus séduit par ce dernier chapitre (le plus long du film) où maître Allen nous fait l’honneur de jouer le rôle d’un spermatozoïde ! Enchaînant gag sur gag, allusion sur allusion et offrant, en clin d’œil gratuit, Burt Reynolds, ce dernier moment de bravoure clôture le film en beauté.

Film inégal donc, globalement bien fait mais dont les sketchs sont loin de tous se valoir (ce qui diminue considérablement son plaisir), Tout ce que vous avez toujours… est un divertissement sans grande prétention, comme l’étaient Prends l’oseille et tire-toi ! et Bananas auparavant. Woody Allen se faisait la main à ce moment-là ; quand on voit la suite, aucun regret.

Note : **

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14 octobre 2007

Bananas

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Il faut parfois des années à un metteur en scène pour trouver sa voie ; Woody Allen, lui, n’aura mis qu’un seul film à comprendre quels étaient les éléments fondateurs de son univers, comme le prouve son second long métrage Bananas.

Déjà à la recherche d’un humour particulier (il donna ainsi le titre Bananas parce qu’on ne voit pas une seule banane dans le film !) et se souvenant de sa première expérience derrière la caméra, Woody Allen décie de se montrer bien plus corrosif qu’il ne l’était dans Prends l’oseille et tire-toi ! notamment envers la politique extérieure des USA. Tout d’abord, il se focalise sur la comédie : aucune goutte de sang ne sera ainsi montrée dans le film ; ensuite, il prête toujours attention aux remarques de son monteur, Ralph Rosenblum, qui lui conseille de changer la fin initiale (Woody Allen le visage maquillé au milieu d’une foule de manifestants noirs qui l’auraient reconnu comme l’un des leurs, une référence à un gag préalable dans le film) pour une conclusion plus en relation avec l’ensemble du film autrement dit le mariage avec Louise Lasser. Il laisse également une large part à l’improvisation et ne se démonte pas facilement ; ainsi la scène où les musiciens font semblants de jouer devait comporter de vrais instruments, mais le matériel n’arrivant pas Allen improvisa le reste de la scène.

Et ce n’était qu’un début. Allen sentait en effet le moment venu de dévoiler un peu de sa vraie personnalité : un personnage névrosé, ayant abandonné les études mais pourtant doté d’une solide culture (il lit Kierkegaard) et surtout, surtout !, obsédé par le sexe féminin. Entre gags basiques (l’achat de magazines coquins dans une librairie) et observation ironique sur l’acte (le final où la nuit de noce est montrée comme un reportage sportif), Allen exprime déjà ses angoisses par rapport au sexe opposé, puisque c’est pour séduire une militante qu’il part en Amérique du Sud. Le cinéaste n’hésite pas non plus à se moquer de l’Eglise et de la TV (la fameuse publicité pou les cigarettes religieuses entraîna la condamnation pure et simple du film par l’Eglise Catholique) et surtout aux USA avec la tentative ratée d’assassinat sur le nouveau Président Mellish, irrésistible Allen déguisé en Fidel Castro. Enfin, Allen commence déjà ses références avec cette fameuse scène parodiant celle des escaliers dans Le cuirassé Potemkine.

En attendant, Woody reste aussi bon derrière que devant la caméra, tirant la couverture à lui seul en dépit de seconds rôles sympathiques, du dictateur à l’aide de camp en passant par un figurant répondant au nom de… Sylvester Stallone.

Plus qu’un bon moment de détente, Bananas représentait surtout pour Woody Allen l’occasion de poser les bases de son univers qui explosera dès 1977 avec Annie Hall, soit seulement 6 ans après ce film. Plus subtil que Prends l’oseille et tires-toi !, Bananas mérite d’être redécouvert.

Note : ***

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05 septembre 2007

Prends l'oseille et tires-toi! (Take the money and run!)

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Si depuis il a été considéré comme l’un des rares (pour ne pas dire le seul) véritables auteurs dans le cinéma américain contemporain, il ne faudrait pas oublier que Woody Allen était d’abord et avant tout un comique, comme on peut le ressentir à travers son premier film Prends l’oseille et tire-toi !

Nous voici donc en 1968. Woody Allen est alors un comique célèbre aux USA, célèbre par ses mots d’esprits envoyés dans les journaux de New York mais aussi par ses apparitions dans les comédies en tout genre. C’est justement après le tournage chaotique et incontrôlé de Casino Royale qu’il décide de mettre en avant ses propres scénarios. Enfin pas tout à fait  s’il avait bel et bien pondu l’histoire de Virgil Starkwell, il en proposa d’abord la réalisation à Jerry Lewis, qui du refuser à cause d’un débordement de travail personnel. Allen prit alors la sage décision de devenir son propre scénariste/acteur/réalisateur. Tourné en 7 semaines et avec l’aide d’une centaine de détenus de San Quentin au détour d’une scène, ce film n’avait initialement rien de drôle ; pire, Allen avait imaginé un final sanglant à la Bonnie and Clyde illustrant sa mort. Conscients que le public ne suivrait pas ce revirement de la part du comique, les producteurs Jack Rollins et Charles H. Joffe tentèrent e convaincre Allen de discuter avec son monteur pour avoir ce qui pourrait être amélioré. C’est ainsi que Ralph Rosenblum a probablement sauvé la carrière de Woody : il réussit à convaincre le cinéaste de revoir un bon nombre de scènes, et offrit au film son ton comique. Allen devait le remercier en l’engageant à nouveau pour Bananas, Woody et les robots, Guerre et paix et Annie Hall, juste retour des choses puisque Rosenblum venait d’aider Woody à créer le premier « mockumentary » de l’histoire du septième art.

Et on en vient à se demander à quoi ressemblait la mouture sérieuse tant celle-ci est irrésistible. Evidemment, on est très loin du Woody Allen à venir, mais il n’en est pas moins déplaisant : comique jusqu’au bout, usant de gags déjà vus et d’autres de sa propre invention (irrésistible évasion avec un pistolet en savon… sous la pluie !) et avec un ton que reprendra Zelig quelques années plus tard, Prends l’oseille et tire-toi ! ne se prend jamais au sérieux et, surtout, ne vise jamais plus haut que l’œuvre peut atteindre. Nous sommes dans la comédie pure, et pour un premier exercice Allen s’en tire assez bien.

Derrière mais aussi devant la caméra j’entends, tirant déjà toute la couverture à lui seul et sachant s’entourer de personnages pittoresques, dont certains reviendront sous d’autres formes dans les films à venir de l’auteur (notamment l’épouse résignée et les parents qui n’ont connu que des difficultés avec leur progéniture).

Sans prétention, exercice de style et mise en jambes pour un futur cinéaste majeur du paysage américain, Prends l’oseille et tire-toi ! ne vieillit que très légèrement, et reste en plus d’une curiosité cinéphilique un petit moment de plaisir sitôt vu sitôt digéré. Histoire de travailler les zygomatiques pendant que les neurones se reposent quoi.

Note : ***

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01 janvier 2007

Manhattan

manhattanLorsque l’on parle de Woody Allen, on sait quel amour il porte à sa ville natale, New-York. Mais pour confirmer cette légende, il n’a pas hésité à réaliser Manhattan, ce qui peut apparaître aujourd’hui comme l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre.

Fondu en ouverture. Sur fond de Rhapsody in Blue de George Gershwin, une multitude de plans de New-York et une voix-off, celle d’Isaac Davis écrivant son livre. « Chapitre 1 : il adorait New-York. Il l’idolâtrait au-delà de toute mesure ! ». Ainsi s’ouvre le film d’Allen, qui nous permets déjà de comprendre que ce récit, à la manière d’Annie Hall auparavant, va jouer sur un récit à la première personne. Et ne pas hésiter à exploiter ses mésaventures personnelles pour en faire un film qui s’apprête à devenir culte. Il s’en amuse même quelque part, avec son prsonnage refusant de voir sa vie étalé dans un livre alors que le vrai Allen n’hésite pas à le faire ans ses films…

Il faut dire que si Annie Hall représentait une étape fondamentale dans la filmo d’Allen, Manhattan aussi : là où le premier posait les bases de son style, le second confirme ses thèmes récurrents : les difficultés avec l’autre sexe, la peur de vieillir, le besoin de trouver des gens de son niveau intellectuel, le mépris du monde moderne au profit d’un monde d’autrefois, comme ce New-York largement embelli dans ce film, conformément à l’image que s’en fait Woody. Ses angoisses permanentes sont mises en avant tout comme ses références : Groucho Marx, Ingmar Bergman ou encore Federico Fellini, trois artistes dont il estime être un fils spirituel ou tout du moins un fan absolu.

A nouveau, il utilise son ancienne compagne Diane Keaton mais aussi une autre actrice célèbre : Meryl Streep. Face à ses deux génies, Mariel Heminghway se fait discrète mais n’en est pas moins présente à l’écran pour autant, mieux son personnage parvient à nous captiver tout autant que les deux autres. Côté mec, Woody garde la tête d’affiche, mais quoi de plus normal. Tout ce petit monde, comme souvent chez Allen, brille de mille feux, offrant des prestations variées mais toujours superbes. Woody, brillant directeur d’acteur : c’est sûr !

Mais pas seulement. En effet, Manhattan est aussi un petit défi technique comme Woody les aime : alors qu’il pourrait se contenter de tout miser sur un scénario en béton et un casting impressionant, il désire aller encore plus loin. C’est ainsi que Manhattan est à ce jour le seul film de Woody Allen à avoir été tourné sous le format 2:35, appelé CinémaScope. Cela permettait à Woody Allen de donner une perspective globale de la ville de New York, qu'il considère comme un personnage essentiel du film. De plus, Allen choisi le noir et blanc pour une très bonne raison : la gamme de dégradés offre au réalisateur un moyen détourné de faire passer les sentiments de ses protagonistes. Une preuve supplémentaire que Woody n’est pas seulement un conteur : c’est un cinéaste à part entière.

Pour l’anecdote, Woody Allen était à l'époque si mécontent de son travail sur Manhattan qu'il offrit à United Artist de réaliser un autre film gratuitement s'ils acceptaient de laisser celui-ci reposer au fond d'un placard. Mais ce sentiment s'applique à chacun des films du réalisateur, toujours déçu lorsqu'il visionne pour la première fois une de ses oeuvres. Depuis, Woody Allen a changé d'opinion, avouant même que Manhattan est l'un de ses films les plus réussis avec La Rose pourpre du Caire.

Côté récompenses, Manhattan a été couronné de succès à sa sortie : César du meilleur film étranger, le prix du meilleur réalisateur de la NSFC (National Society of Film Critics Award) et de la NYFCC (New York Film Critics Circle Awards) ainsi que BAFTA (l'équivalent anglais des Oscars) du meilleur film.

Remarquable en de nombreux points, Manhattan séduira moins le grand public que d’autres œuvres mais reste, encore et toujours, l’un des films les plus aboutis de l’auteur. Et ça, croyez-moi, c’est un gage de qualité.

Note : ****

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07 novembre 2006

Scoop

170778410_9e73e915da_oAvec Scoop, Woody Allen était forcément attendu au tournant : des dernières années cinématographiques mitigées, un Match Point qui divisa… Alors, Scoop va-t-il enfin réunir les vieux fans et les nouveaux amateurs du cinéaste ? Réponse impossible à dire.

Il y a de toute évidence une relation continue avec ses précédents films : si Match Point sentait le Crimes et délits, il va s’en dire que Scoop flaire bon le Woody policier : Meurtre mystérieux à Manhattan, Escrocs mais pas trop ou encore Le sortilège du Scorpion de Jade sont autant d’éléments qui transparaissent dans ce film. Il s’explique sur cet amour de ce genre de film : « J'ai pensé à ces histoires policières, parfois comiques, mais le plus souvent sérieuses, qui me plaisaient quand j'étais plus jeune : la série L'Introuvable avec William Powell et Myrna Loy, certaines comédies avec Bob Hope, sans oublier de nombreux films d'Hitchcock. Dans ma filmographie, un de mes films préférés est Meurtre mystérieux à Manhattan. Dans ce registre particulier, la comédie est sans doute un peu moins efficace que le drame, mais je n'y peux rien : Scoop est une comédie, et souhaitais un ton léger, avec même quelques touches de bouffonnerie. C'est le genre de film que j'aime voir et tourner. Je peux seulement espérer que le public partagera ce plaisir. »

Bien qu’il soit un vieux projet, Scoop n’est pas le scénario le plus élaboré de l’auteur : il s’agit même d’une histoire très simple. N’espérez donc pas trouver ici une œuvre à multiple niveaux de lecture, mais un simple divertissement sans prise de tête. Woody en profite pourtant pour nier le fait qu’il serait devenu angoissé par la mort : ici, l’un des héros est tout simplement un esprit ! Il est même amusant de voir comment Allen imagine le passage vers l’au-delà, mélange de croyance chrétienne et de mythologie grecque (la traversée du Styx avec la Mort en longue cape et sa fidèle faux) alors qu’il n’est pas de cette origine ; sans doute une manière supplémentaire de s’intégrer à l’esprit européen…

Car c’est définitif, Woody change de style : exit New York, le jazz et Freud, bonjour Londres, le classique et l’ironie de la vie. Certains diront que c’est triste (et on peut les comprendre), d’autres (dont je fais partie) verront dans ce changement un plaisir : quoi de mieux qu’un cinéaste qui opère un tel virage à ce stade de sa carrière ? Désormais, Woody sait qu’il n’a définitivement plus rien à prouver, et s’amuse à faire les films qu’il veut comme il veut. Même ses personnages évoluent : la femme reste le point central de l’histoire mais n’est plus le centre de relations tendues (mais plutôt ici douteuse et risquée), et Allen cède désormais la place du séducteur pour se concentrer sur celle du comique. En ressort, ici en l’occurrence, un triptyque équilibré et d’une force cinématographique remarquable.

Et c’est tant mieux, car Woody, libéré du rôle principal (et ayant enfin trouvé sa place quand il n’est pas sur le devant de la scène, contrairement à avant), se concentre sur sa réalisation : photo soignée, répliques cinglantes de retour (« Je suis né de confession hébraïque, mais j'ai vite migré vers le narcissisme ») et grand soin apporté aux détails qui font la différences. Les décors évidemment, mais aussi la musique : est-ce un hasard d’entendre, outre le rythmé Strauss et l’ironique Tchaikovsky, le In the Hall of the Mountain King de Grieg, le même air que dans M le maudit qui parlait déjà d’un tueur en série ? Ce n’est pas là le seul hommage, le film rendant gloire au journalisme d’investigation et aux films ayant eu rapport avec ce métier, dont Les hommes du Président qu’Allen cite explicitement dans une scène irrésistible (« Je suis du Washington Post. Je vous assure ! Vous vous souvenez des Hommes du Président ? Eh bien j’étais le plus petit ! »). Jouissif.

Le pire, c’est qu’avec tout ça Wood reste un directeur d’acteur formidable, et sa nouvelle muse Scarlett Johansson semble être bien partie pour quelques films vu ce qu’il pense d’elle. Il faut dire qu’elle est remarquable en journaliste un peu cruche, Woody abusant plus de son humour que de son physique avantageux. On n’est plus au niveau de l’interprétation de Match Point, mais on n’en reste pas loin. Face à elle d’ailleurs, Hugh Jackman est un dandy un peu trop coincé pour être réellement convaincant, bien que le changement radical de registre mérite quelques applaudissements.

Un Woody plus que digne d’intérêt, mélange d’ancien et de nouveau style de l’auteur, certes simple mais jubilatoire de bout en bout, tellement qu’on y retournerait presque de suite le revoir. Oh et puis zut, j’y vais de ce pas !

Note : ****

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08 octobre 2006

Annie Hall

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Avant 1977, Woody Allen était un comique sans réelle prétention, un gagman doué et un roi du dialogue, dans la plus pure lignée de son idole Groucho Marx. Pourtant, avec Annie Hall, le cinéaste new-yorkais allait franchir une étape décisive, et donner à son œuvre une nouvelle dimension qui allait le faire entrer dans le panthéon des très grands.

Il faut dire qu’auparavant, ses films n’avaient pas grand-chose d’autobiographique, ne poussait pas très loin la réflexion sur l’homme face à Dieu ou ses relation avec les femmes, et symbolisait plus une suite de sketches qu’un tout uniforme (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) en est le plus illustre exemple). Avec Annie Hall, Allen allait dessiner ce que serait son style, son univers : musique jazz, importance de faits autobiographiques, positionnement face à Dieu et la mort… Le personnage allenien se dessinait aussi : un Juif new-yorkais, intellectuel, timide mais séducteur, un rien parano quant à l’antisémitisme, évoluant dans son propre monde, en phase avec New York mais pas avec sa population.

Pour ce revirement, Allen parle de son histoire avec Diane Keaton (de son vrai nom Diane Hall, surnommée… Annie) et tente de comprendre ce qui a cloché. Pour ce faire, Allen va avoir un coup de génie en proposant une narration totalement nouvelle. La complexité de celle-ci est en fait remarquable, puisqu’elle permets un bon nombre de folies de la part du cinéaste, une certaine distanciation par moments et une volonté d’impliquer le spectateur à d’autres. On peut donc considérer trois points de vue existants dans Annie Hall : Woody racontant son histoire, Woody se racontant son histoire et Woody nous racontant son histoire. L’éclatement du récit participe enfin à l’attention du spectateur, puisque Allen ne désigne jamais s’il s’agit d’un flash-back ou non. Du coup, on est obligé de prêter toute notre attention au récit si on ne veut pas se perdre dans son labyrinthe…

Sans pour autant faire son 8 ½ (pour cela voir Stardust Memories), Allen veut partager ses angoisses mais aussi son processus de création, s’impliquer lui-même dans une histoire sous couvert d’un nom d’emprunt. Il profite aussi de l’occasion pour régler quelques comptes : ainsi les attaques fusent envers les études (la dispute avec l’universitaire dans le cinéma, les profs ignorants durant son passage à l’école…), la politique (plus particulièrement la gauche), les pseudos intellectuels ou encore le monde du showbiz en tant que tel (Hollywood et l’univers de la musique plus particulièrement, volant l’âme des artistes selon lui). Il n’en oublie pas pour autant ses références : Ingmar Bergman, Truman Capote (qui aimait tant rendre la réalité… fictionelle), Freud et même Marshal McLuhan, célèbre théoricien de la communication, lequel apparaît en personne après une scène irrésistible où Allen ne supporte pas les attaques envers Fellini !

Allen n’oublie pas non plus de mettre en avant ce qui seront ses thèmes récurrents : les relations amoureuses (souvent chaotiques il est vrai), la condition juive, la psychanalyse, l’art et la mort. Mais ce qui reste le plus beau de l’histoire, c’est l’amour que porte Allen à sa ville, New York, qu’il parvient à magnifier comme personne, et dont la vision de la « Big Apple » est moins terne et violente que celle de Martin Scorsese. Via Annie Hall, Woody exprime pleinement son amour pour sa ville natale, filmant chaque coin de rue, chaque lieu public comme s’il s’agissait d’une merveille. Allen déclare également son amour pour New York en n’hésitant pas à la comparer à Los Angeles. Ville dépravée, sans âme, sans recherche (les maisons étant un patchwork de plusieurs styles) et superficielle, Beverly Hills n’est que le refuge d’un univers conditionné, où les émissions sont bidouillées, les producteurs organisant de gigantesques fêtes pour se taper des starlettes et sniffer de la cocaïne, et où même Noël perd de sa magie à cause d’un soleil de plomb. Néanmoins, Allen ne se masque pas la vérité : New York est sale, la météo n’est pas toujours excellente alors qu’en Californie, le soleil est là et les jolies filles aussi. Mais voilà, c’est viscéral, Woody n’est bien qu’à New York, berceau du cinéma indépendant. Pour preuve, dès qu’il est à Los Angeles il attrape la nausée… Un amour infini est donc établi entre Allen et sa ville, qu’il ne quitterait pour rien au monde, pas même Annie alias Diane Keaton… A noter que cet amour trouvera son apogée deux ans plus tard avec le magnifique Manhattan

Woody Allen n’est certainement pas le cinéaste le plus aimé de son pays. Peut-être est-ce parce que son style, assez européen, s’adresse plus aux cinéphiles qu’aux autres, malgré la volonté d’Allen d’être accessible à tous. Annie Hall a pourtant propulsé le cinéaste au rang des cinéastes majeurs, puisque le film fut un joli succès public mais surtout critique, remportant 4 Oscars en 1978 (meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleure actrice) et une nomination de meilleur acteur pour Allen lui-même. Entièrement porté par le duo Allen-Keaton, tour à tour drôle et mélancolique, Annie Hall est le premier chef-d’œuvre du réalisateur, sorte de synthèse de tout son univers, et reste à l’heure actuelle l’un des sommets de sa carrière.

Note : *****

Chronique perso : http://www.iletaitunefoislecinema.com/article/83/Annie-Hall-%281977%29-de-Woody-Allen

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21 août 2006

New York Stories

ny_storiesIl est des fantasmes cinématographiques qu’on ose à peine imaginer. New York Stories est de ceux-là; pensez donc! Scorsese, F.F. Coppola et Woody Allen : trois cinéastes de légende décrivant, le temps d’un moyen métrage, la vie dans la ville qu’ils chérissent tant.

1. Apprentissages : le métrage de Scorsese. Tandis qu'il se sépare de sa compagne et assistante, un peintre prépare une exposition… Dans la plus pure tradition de son style, Scorsese adapte Le joueur de Dostoïevski mais également la vraie vie de Dostoïevski. En effet, l’écrivain souffrait du même mal que Nick Nolte dan le film : il était éperdument amoureux d’une jeune fille qui ne l’aimait pas. La relation qu’il nourrissait avec elle s’approchait d’ailleurs nettement plus du masochisme qu’autre chose.

A travers cette histoire, c’est sa propre vision artistique que Scorsese dépeint : l’art naît de la frustration. Cette définition est tout simplement la clé de son œuvre, et il le prouve à nouveau ici. Si la peinture remplace le jeu (vis-à-vis de Dostoïevski), c’est soi-disant pour rendre le tout plus visuel (dixit le cinéaste) mais aussi pour établir un parallèle supplémentaire avec Scorsese qui est un peintre confirmé.

C’est aussi le métrage où New York semble la plus réaliste, même si nous ne la voyons qu’à travers les fenêtres de l’atelier du peintre. La mise en scène très stylisée (notamment dans l’usage des iris et dans l’éclairage) de Scorsese offre une dimension presque théâtrale au métrage d’ailleurs, d’où l’intérêt de ne concentrer l’action en majorité que dans cet atelier en huis clos.

Evidemment, les acteurs sont dirigés d’une main de maître, et c’est Nick Nolte qui domine tout. Pourtant, le film ne démarre jamais vraiment, peine à se laisser pénétrer par le spectateur,  si bien qu’au final cette imperméabilité nous refroidit et nous ne nous intéressons plus guère aux existences de ces deux artistes en mal d’amour aussi bien l’un que l’autre. (***)

2. La vie sans Zoé : le métrage de Coppola. Une fillette de 12 ans, qui vit dans un palace, découvre une boucle d'oreille offerte par une princesse à son père… Il serait plus juste de dire qu’il s’agit d’un film des Coppola, puisque si Francis réalise, il a co-écrit avec sa fille Sofia (à noter que Talia Shire et Carmine Coppola font aussi partie du casting, en tant qu’acteurs).

Le fait que la fille puisse travailler avec le père permet une approche plus personnelle du cinéaste : sa propre vie. Ce n’est plus tant la petite Zoé, dont le père est un artiste mondialement célèbre, que l’on voit s’ennuyer sans ses parents mais bien Sofia elle-même. L’appel à l’amour est grand, trop grand peut-être pour cette comédie enfantine.

Car nous sommes déjà dans la phase descendante du cinéaste, celle où ses scénarios ne valent pas plus que quelques films mièvres made in Hollywood. Si Sofia découvre son thème le plus cher (l’enfant déboussolée), Francis semble se laisser dominer. Fort dommage, puisque le film n’atteint alors pas plus qu’une production pour enfant, un univers fantasmagorique préadolescent bien loin de ceux que Coppola nous avait offert avec Rusty James ou Outsiders. Il ne s’agit même pas d’une réflexion sur son œuvre mais simplement d’un acte de fainéantise, laissant presque sa fille faire ses armes sur ce film. Esthétiquement réussi mais trop niais pour complètement séduire (***)

3. Le complot d’Œdipe : le métrage d’Allen. Lors d'un spectacle de magie, la mère envahissante de Sheldon disparaît. Mais son visage continue d'apparaître dans le ciel de New York… Probablement le métrage le plus réussi des trois car le plus fidèle à son auteur sans pour autant oublier d’être universel.

La mère possessive, tout le monde connaît ; eh bien Allen lui, ça l’a traumatisé. Si Woody tentait déjà de nous le faire comprendre depuis bien longtemps (Annie Hall et Radio Days en tête de liste), il règle définitivement ses comptes cette fois. Bien sûr, de manière ironique et métaphorique : sa mère se retrouve dans le ciel de New York, capable ainsi de surveiller chaque fait et geste de Sheldon !

Le style Allen fait toujours mouche : musique jazz, rapport à la psychanalyse, dimension tragicomique du récit… Et, une fois encore, Allen traite non seulement de ses angoisses mais aussi de ses problèmes personnels : la relation avec Mia Farrow est ainsi à nouveau montrée comme fébrile, cassante même vers la fin. C’est plus léger que dans Maris et femmes mais ce n’en est pas moins prémonitoire… A noter qu’Allen règle aussi définitivement les questions de son positionnement face au judaïsme, de manière discrète et sous-jacente. (****)

Dans l’ensemble, New York Stories est un spectacle inégal, quelque peu mensonger puisque les histoires auraient pu se passer ailleurs qu’à New York. Ou alors on veut garder le caractère artistique, rêveur et fantastique de la Grosse Pomme, l’Hollywood des artistes intègres ou underground… à moins que ce ne soit la capitale des illusions.

Note globale : ***

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25 mai 2006

Maris et femmes (Husbands and wives)

maris_femmesUne superbe mise en abyme que ce Maris et femmes.

Au cours d'une soirée, Jack et Sally annoncent à leurs amis Gabe et Judy Roth leur intention de se séparer par consentement mutuel. Seulement, leur grande complicité va devenir un mur insurmontable à cette séparation. Gabe et Judy, pour leur part, voient leur couple se défaire au contact de leurs rencontres respectives et du poids de trop de non-dits.

Pour bien apprécier ce film, il faut tout d’abord le situer chronologiquement : nous sommes en 1992, le couple Allen-Farrow bat méchamment de l’aile. D’ici quelques mois, ce sera le divorce, les disputes, les tribunaux… Mais pour l’heure, la rupture n’est pas encore faite, même si elle s’annonce fortement. Du coup, pour pas changer, Woody s’inspire de son histoire pour traiter un de ses thèmes chéris : les relations de couple. A noter que l’auteur se défend toutefois d’avoir fait un film autobiographique…

Deux couples : d’une part, Woody et Mia, couple intello où tout va plus ou moins bien mais qui, petit à petit, se décompose ; de l’autre, Sydney Pollack (tiens, un réalisateur…) et Judy Davis pour qui tout fout le camp mais qui finiront par se remettre ensemble. De cette manière, Allen projette les deux éventualités pour son couple : bien finir ou mal finir.

D’un point de vue scénaristique, Allen est fidèle à lui-même : thèmes récurrents, voix-off agissant comme un personnage à part entière, dialogues pointus et savoureux… Bref, rien ne manque.

Cette fois, au niveau de la réalisation, Allen abandonne ses influences européennes et travaille à la manière du plus célèbre cinéaste indépendant américain : John Cassavetes (Shadows, Une femme sous influence…). Déjà que les relations humaines étaient une caractéristique du style Cassavetes, Allen lui reprend aussi le style de mise en scène : improvisation, tournages en décors naturels et en extérieurs, caméra à l’épaule pour conférer au film un aspect réaliste… Rien n’est laissé au hasard pour rendre hommage à cet artiste disparu en 1989…

Autre habitude du cinéaste : s’entourer d’un casting extraordinaire. Il en aura déjà connu des vedettes le Woody, et il en aura aidé d’autres encore à décoller. Cette fois, en plus des vétérans Pollack (superbe) et Davis, il ajoute une Juliette Lewis rafraîchissante et un Liam Neeson un rien idéaliste en amour. Comme souvent, chacun se démène pour conférer à son personnage quelque chose qui lui est propre et aussi quelque chose qui provient d’Allen lui-même…

Bien sûr, le film contient tous les éléments allenien : le jazz, New-York, des personnages névrosés et frustrés, une approche freudienne de la sexualité… Seul élément absent : la comédie. Si le film n’est pas foncièrement noir (quelques moments viennent amuser le spectateur), il s’agit bel et bien d’une comédie plus dramatique que vraiment comique. Sans doute est-ce le traitement que nécessitait un tel sujet, et nous sommes encore bien loin de la noirceur de Crimes et délits par exemple.

Un chef-d’œuvre de la part du cinéaste, qui a su le temps d’un film se mettre en avant tout en prenant des distances avec la réalité. Si Meurtre mystérieux à Manhattan suivra l’idée, il n’en aura pourtant pas la classe dramatique de ce Maris et femmes qui, assurément, aurait plu à John Cassavetes.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 12:20 - Allen, Woody - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mars 2006

Radio Days

radio_daysEt un hommage supplémentaire à ce qui a bercé l’enfance de Woody Allen que ce Radio Days.

Inutile, éventé de dire que Woody Allen est, à l’image de son maître spirituel Fellini, le roi de l’introspection, de la biographie transposée à l’écran. A la différence près que là où le maestro utilisait la magie, Woody utilise l’humour et les hommages incessants. Il faut dire qu’on a eu droit à tout avec ce trublion juif : Dostoïevski, Tolstoï, Shakespeare pour les écrivains, Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, Orson Welles, Federico Fellini, John Cassavetes et les réalisateurs expressionnistes comme Murnau ou Lang pour les cinéastes. Littérature et cinéma, les deux moteurs de son art. Mais pourtant, Woody ne serait pas ce qu’il est s’il n’avait pas dû développer son imaginaire à travers le plus populaire des médias des années 40 : la radio.

Du moins c’est ce qu’il essaie de nous faire croire. Parce que vous le savez aussi bien que moi : avec Allen, difficile de distinguer vérité et mensonges. Cette fois encore, l’auteur mélange réalité (anecdotes sur les stars de la radio) et fiction (les mésaventures de sa muse de Mia Farrow).

Le sujet en lui-même est très louable, rendre hommage à cette merveilleuse invention qu’est la radio qui a très rapidement été supplantée par la télévision. Mais quand Woody aime, c’est pour la vie, et si par hasard ce qu’il aime peut faire un film, c’est encore mieux.

Sauf qu’à force de tenir un rythme d’un film par an, Woody a tendance à réaliser un bon film sur deux. Pas de bol, Radio Days n’est pas le bon.

Pourtant tous les ingrédients s’y trouvent : humour typiquement allenien (la famille totalement décalée), Mia Farrow au casting, un poil de non-sens hérité de Groucho Marx, des répliques au couteau capable de faire rire le pire des intellectuels coincés… Même la réalisation est de très bonne facture, à la fois digne et inventive, très souvent en mouvement avec cette petite pointe de nostalgie, perceptible grâce à cette atmosphère qui s’en dégage…

Où pèche le film alors ? Dans cet enchaînement de sketch sans doute, inégaux et pas toujours indispensable. L’exemple le plus flagrant est ce sketch de la petite file tombée dans le puit ; certes la mort de la fillette fait prendre conscience au père l’importance d’aimer son enfant, mais ce « sketch » vraiment pas drôle vient stopper le film dans son élan de bonne humeur et d’humour. Du coup, on a l’impression que le final est fade, long, sans grand intérêt en fin de compte. Voilà un dérapage qui coûte cher au reste du film.

Un plaisir de cinéaste pour Woody, qui aurait pu être un chef-d’œuvre s’il avait été mieux équilibré et s’il était resté sur un aspect tragi-comique sans vraiment l’être, comme c’est le cas pendant une heure de film ; dommage que la dernière demi-heure plombe tout…

Note : **

Posté par cinemaniaque à 20:35 - Allen, Woody - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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