Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

21 août 2007

The Last Show (A prairie home companion)

prairie_home_companion_ver2Ironie du sort, The last show est le dernier film du cinéaste Robert Altman, décédé en novembre dernier. Et le pire est que le métrage s’attarde notamment sur la mort, sans pour autant sombrer dans le drame en tournant tout à la dérision, qui caractérisait tant les films du cinéaste. Un final à l’image de son auteur : immense.

Mais reprenons depuis le début : le film s'inspire d'une authentique émission de radio, très populaire aux Etats-Unis, et également intitulée A prairie home companion. Créé en 1974, ce programme, qui se déroule chaque semaine en direct, réunit pas moins de 4 millions d'auditeurs américains sur 558 stations de radio, et suivi dans 35 millions de foyers à travers le monde. Animateur et âme de cette émission où se mêlent chansonniers, comédiens et chanteurs de country, Garrison Keillor a écrit pour Robert Altman le scénario du film. Altman est un habitué des adaptations, puisqu’il en a déjà fait de nombreuses auparavant (Fool for love, Beyond Therapy, Streamers…) donc aucun souci.

La préparation du film se fait en douceur : Meryl Streep apprend l’accent du Wisconsin avec sa belle-mère, George Clooney et Michelle Pfeiffer sont remplacés par Kevin Kline et Virginia Madsen tandis que Tom Waits et Lyle Lovett cèdent leurs places à Woody Harrelson et John C. Reilly, Lindsay Lohan obtient un rôle par lobbying (elle avait dit dans la presse qu’elle jouerait un rôle dans le film alos qu’il n’y avait rien de prévu pour elle !) et pour une question d’assurance Robert Altman nomme un réalisateur « de réserve » pour le pire des cas répondant au nom de… Paul Thomas Anderson.

Le tournage est tout aussi folklorique : côté anecdote, l’actrice Maya Rudolph est réellement enceinte comme son personnage devait l’être, et lors d’une scène (présente dans le film) où Kevin Kline débouche une bouteille de champagne nous entendons un « Ow ! », suivi d’un « sorry » de la part de Kevin Kline : il s’agissait de Robert Altman ayant reçu le bouchon directement sur le front ! Mais le cinéaste est également un artiste allant au bout des choses : il opte donc pour un tournage novateur. Par exemple, le film est enregistré durant cinq semaines, au Fitzgerald Theatre de Saint-Paul dans le Minnesota, là où Keillor enregistre son émission depuis 1978. Garrison Keillor joue lui-même le rôle l'animateur de l'émission, appelé simplement G.K. Certains des personnages du film existaient déjà dans le show radiophonique et, l'équipe technique habituelle de l'émission à collaboré avec celle du film lors des numéros de variété, tournés sur scène devant un public et dans les conditions du direct. Des conditions qui rendent le film plus authentique. Altman ajoute même : « On pourrait dire que nous avons tourné ce film comme un documentaire. Nous n'avons pas essayé de camoufler nos caméras. On a procédé un peu comme pour une captation : la caméra est présente pendant l'action, mais rien n'est organisé pour elle ».

Une fois de plus, Altman s’entoure d’un casting cinq étoiles où chacun prend son pied. Le coup de cœur va sans doute à Kevin Kline qui la joue comique comme on l’aime, et à Meryl Streep qui pousse la chansonnette de manière incroyable. Cependant, les autres acteurs n’ont rien à envier, et tandis que Lindsay Lohan efface son image d’actrice pour films enfantins en interprétant cette adolescente suicidaire, le duo Woody Harrelson – John C. Reilly est impayable, notamment lors des blagues à deux balles. On regrette juste de ne pas profiter un peu plus de Tommy Lee Jones mais c’est la règle des films « choraux ».

D’un point de vue mise en scène, le cinéaste n’a plus rien à apprendre : son humour acerbe et à froid et ses analyses au scalpel de l’Amérique profonde et du monde du spectacle ont contribué à bon nombre de chef-d’œuvre. Sans se départir de ces caractéristiques qui ont fait sa réputation, Altman prend son temps, filme avec une certaine nostalgie et humilité  cette dernière représentation de l’émission de radio, radio qu’il affectionnait tant étant enfant et qui a fortement influencé sa mise en scène notamment au niveau du travail du son. Le réalisateur semble savourer l’instant présent, présentant inconsciemment ou non que ce sont les derniers qu’il vivra. Le paradoxe veut que le thème de la mort, qu’Altman abordait fréquemment, soit le plus présent dans ce film, qu’elle soit artistique ou humaine… Altman signe aussi son hommage à la musique country une dernière fois, musique qu’il avait déjà glorifié dans l’incontournable chef-d’œuvre de sa carrière, Nashville.

Rythmé et mélancolique, amer et drôle, A prairie home companion est le film testament d’un cinéaste en état de grâce, qui salue une dernière fois son public avec sincérité et simplicité, comme les acteurs de l’émission de radio. Quand la fiction rattrape la réalité, le constat est dur : Robert Altman n’est plus, et le pire est qu’il était irremplaçable.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 09:42 - Altman, Robert - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


29 janvier 2007

Streamers

streamersRobert Altman a toujours été contre l’absurdité de la guerre au Vietnam, c’est un fait. Inutile de rappeler son célèbre film qui tournait le conflit en dérision… Film qui inspira une série du même nom, et qui dégoûta tellement Altman qui voulu y répondre par un nouveau film, inspiré d’une pièce de théâtre de David Rabe, s’intitulant Streamers.

Ici, aucun humour, même noir, aucune compassion et même pas une once de bonne humeur : le film est sombre, froid, inspirant la tristesse. Et puisqu’il est issu d’une pièce de théâtre, pas besoin de faire dans le grandiose : un seul décor, six personnages principaux, une courte durée d’action et une profusion de dialogues. C’est un peu le contraste du Robert Altman que l’on connaît, que l’on aime, dirigeant des dizaines d’acteurs dans des dizaines d’endroits différents mais qu’importe : Streamers est une réaction, et pour ce faire elle doit être rapide. D’où le minimum syndical au niveau de la forme pour un film tourné en… 18 jours !

C’est un peu dommage d’ailleurs qu’Altman ne vogue pas plus à l’extérieur du bloc des soldats, mais paradoxalement cela sert le film : le sentiment de claustrophobie qui s’en dégage petit à petit nous mets mal à l’aise, et l’impossibilité de bouger des chambrées, même pour se rendre dans les pièces jointes comme les douches, confirme un sentiment d’insécurité, de méfiance et surtout d’attention à ce qui se passe dans l’endroit où nous sommes. De ce point de vue dramatique, Altman réussit admirablement à imposer son récit, ses personnages, son décor au spectateur, et fait oublier qu’il était l’auteur d’un M.A.S.H. souvent en plein air.

Les acteurs de ce fait se sentent privilégiés, et le rendent bien au cinéaste : six personnages mais six interprétations dignes de ce nom, moins peut-être pour Michael Wright qui en fait trop, contrairement à Mitchell Lichtenstein et George Dzundza d’une justesse d’un bout à l’autre du film. Des acteurs récompensés, en collectif, du Prix d’interprétation à Venise, fait inédit à l’époque et qu’Altman réitéra quelques années plus tard.

Le scénario soulève aussi des questions difficiles : l’homosexualité, le racisme, l’alcoolisme et le conflit en lui-même. Des sujets tabous, menés de main de maître jusqu’à un certain point ; car c’est là la faiblesse du film, ne pas pouvoir tenir la distance. Déjà raccourci d’une bonne demi-heure, le film aurait été plus fin, plus équilibré, plus efficace, car le gros problème vient de la dernière demi-heure justement, partant un peu dans tous les sens, comme incontrôlable, et Altman semble impuissant à diriger ses comédiens et son récit dans un moment qui, au lieu d’être dramatique, ressemble à du vaudeville ringard et même pas drôle. L’absurdité des dernières scènes et des dialogues creux font que l’on s’ennuie ferme et qu’on décroche. Et gâche le plaisir du film, correct jusque là.

Un sentiment de travail bâclé vient donc empiéter sur le film, nous laissant un drôle de goût en bouche. L’ironie d’Altman disparue, et pire sa direction d’acteur abandonnée l’espace d’un quart du film font plonger Streamers vers la médiocrité. Une réalisation stable et des thèmes osés sauvent heureusement le film du naufrage, mais de peu. Dommage.

Note : **

Posté par cinemaniaque à 00:01 - Altman, Robert - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 novembre 2006

Beyond Therapy

beyond_therapyRobert Altman est réellement un cinéaste atypique. Marginal, il a évolué au sein d’Hollywood en la méprisant ; égocentrique, il multiplie les personnages dans ses récits ; d’un talent immense, il a réalisé quelques navets. Hélas, Beyond Therapy en fait partie.

Il y avait pourtant matière à du bon : des acteurs doués, un scénario un rien vaudevillesque qui pouvait à tout moment basculer dans le tragique… Mais on ne sait pourquoi, Altman s’est senti l’envie de partir dans tous les sens. Mais le désordre exige un minimum de rigueur.

Au niveau mise en scène, aucun gros problème, Altman sait ce qu’il fait. Oui mais le hic, c’est qu’il est le seul ; très rapidement, tout devient brouillon, voir dérangé, comme si on tentait de mélanger l’absurde et le réel. Autant dire que l’équation n’est pas des plus stables. Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas, mais si la continuité est là le raisonnement n’y est plus. Tout au mieux Altman se moque des psys, bien plus timbrés que leurs patients. Après, bonne chance à celui qui voudra comprendre le scénario.

A supposer même qu’il n’y en ait pas, qu’importe. Mais on prétend que si, il y en a un. Alors soit, mais on se demande si Altman et Durang n’avaient pas consommés quelque chose de pas très frais avant d’écrire. Ont-ils eux-mêmes compris ce qu’ils voulaient dire ? Toujours est-il que le rythme est plat, les répliques soit sans vie soit pas drôles du tout, et il devient au fil du temps impossible de réellement se repérer.

Dommage pour les acteurs qui, déboussolés, sont à côté de leur pompes. Peut-être peut-on épargner Jeff Goldblum, Geneviève Page et un peu de Christopher Guest, mais pour l’ensemble ça foire, mais très méchamment. Même eux ne donnent plus envie de suivre l’action.

Il y a bien peu à dire sur Beyond Therapy, sans doute parce qu’il y a bien peu à comprendre et à apprécier. Comme si, le temps d’un film, la magie Altman avait disparu, son style s’était figé et aurait décontenancé tout le monde. Si tel est là le but du film, je retire tout ce que j’ai dit ; mais je pense plutôt qu’Altman a tenté une approche à la Woody Allen de la psychanalyse et des relations amoureuses tordues ; raté Bob.

Note : *

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Prêt-à-porter (Ready to wear)

pret_porterUne assez grosse déception de la part de Robert Altman que ce Prêt-à-porter.

Soyons sympas, commençons par les qualités du film, qui se résument en deux mots : mise en scène et casting.

Tout d’abord, honneur au casting : Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Kim Basinger, Chiara Mastroianni, Forest Withaker, Stephen Rea, Jean-Pierre Cassel, Anouk Aimée, Rupert Everett, Rossy De Palma, Lili Taylor, Tom Novembre, Richard E. Grant, Julia Roberts, Tim Robbins, Lauren Bacall, Tracey Ullman, Linda Hunt, Danny Aiello, Jean Rochefort, Michel Blanc, François Cluzet… Entre autres. Plutôt honnête non ? Et il faut dire que, dans l’ensemble, on a rien à regretter, entre un Mastroianni espiègle, une Sophia Loren qui reste un fantasme absolu, une Basinger qui joue très bien les journalistes incompétentes, un Withaker extra en créateur un peu underground, un Stephen Rea qui joue la vedette à la Gainsbourg… Bref, que du lourd réellement capable de quelque chose.

Puis il y a quand même la mise en scène de Robert Altman, génie et maître absolu du film choral (Nashville, Un mariage, Short Cuts…) à petite tendance anarchiste à vouloir toujours peindre avec un peu d’acide le portrait d’un milieu ou d’une société. Prince de la caméra, ce n’est pas à lui qu’on apprendra à manipuler le matériel, et les plus attentifs remarqueront encore cette fois quelque mouvements de caméra digne de ce chef d’orchestre incontestable.

Où est le problème alors ? Et bien tout simplement dans le scénario. Ce n’est pas bien grave me direz-vous, dans la mesure où il y a un tel casting dirigé par Altman. Justement, c’est parce que c’est Altman qui dirige un tel casting que c’est offensant.

Altman, qui nous avait habitué à du bon et du moins bon il est vrai, mais toujours à une vision incisive, semble vouloir s’attaquer au monde de la mode avec force et violence mais, en cours de chemin, décide de stopper et de faire un petit film pour les amis acteurs avec ci et là une petite attaque mais rien de bien méchant. De grosses erreurs.

Tout d’abord le casting, certes très appétissant, est une arme à double tranchant : autant d’acteurs inutiles ! Que viennent faire les récits de Danny Aiello et de Tim Robbins et Julia Roberts ? Où est donc passée l’enquête menée par Rochefort et Blanc pour retrouver Mastroianni accusé du meurtre de Cassel ?

Le film a donc cette fâcheuse tendance de partir dans tous les sens, on ne sait trop pourquoi, et d’utiliser la plupart des acteurs à mauvais escient. On aurait préféré plus de Mastroianni, plus de Rochefort et Blanc… Plus, plus pour des acteurs qui en valent vraiment la peine. En dépit, reste quelques apparitions fulgurantes de comédiens sans doutes avides de travailler avec Altman qui n’a pu refuser.

Il y a aussi ce problème de scénario, qui n’apporte rien de neuf sur le sujet ; quand on s’appelle Altman, on a pas droit à une telle erreur. Après les démystifications dues à M.A.S.H., John McCabe ou encore The Player, on est en passe d’attendre un coup de marteau dans la façade d’un univers sombre. Au final, on en apprend plus en lisant Voici qu’en regardant ce film, qui tout au plus sous-entend que, dans la mode, tout le monde couche avec tout le monde. Où sont les dérives, la drogue, la mafia, le sexe à outrance (et pas furtif comme ici) ? Et encore, il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg, en creusant un peu on peut trouver bien plus glauque, une vraie matière à film à scandale. Je vous éviterai aussi le final, bourré de bonnes intentions mais qui semble bien fade, et surtout ce plan final inutile, presque ringard.

Un film bien mou pour un cinéaste aussi incisif habituellement, et un casting flamboyant bien mal employé ; heureusement qu’Altman s’est rattrapé par la suite, prouvant que ce souffle à sa filmographie n’était que passager…

Note : **

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

John McCabe (McCabe and Mrs Miller)

john_mccabeWestern d’anthologie et second chef-d’œuvre d’une longue liste pour Robert Altman que ce John McCabe.

Fort de son succès critique et public avec M.A.S.H., Robert Altman pouvait alors décider de ses nouveaux projets, du moins insufflé à ceux qu’on lui proposait sa propre vision des choses. Le coup de grâce fut accordé par Warren Beatty qui rêvait non seulement de tourner avec sa compagne d’époque (Julie Christie) mais aussi avec Robert Altman. Ainsi naquit John McCabe.

Voici donc lancé ce western mettant en scène un joueur de poker qui décide d’ouvrir son saloon, lequel servira de lieu de rassemblement pour poivrots, joueurs et accessoirement de bordel.

Le génie du film, et le génie d’Altman par la même occasion, est de refuser le conventionnalisme des genres : John McCabe, c’est un peu l’antithèse des westerns. Il faut dire qu’à l’époque, impossible de revenir à un schéma classique style John Ford ; reste donc à Altman la route violente dominée par Peckinpah ou la route italienne tracée par Leone. Altman lui refuse ces deux voies et crée la sienne, et c’est tant mieux ! Fini les duels au soleil, les serpents à sonnettes en dessous des cactus, les grandes attaques de banque, les vengeances sous un soleil de plomb accompagnée d’une musique à l’harmonica, la course après un magot ou la fin d’une époque ; dans John McCabe, on quitte les déserts pour les montagnes, le soleil pour la neige, les héros tireurs d’élite pour un petit magouilleur qui ne cherche qu’à gagner de l’argent.

Dans John McCabe, ce son tous les travers de l’Amérique naissante qui sont dépeints : la lâcheté humaine, le mépris de la vie, la misogynie, la naissance du capitalisme… Autant de thèmes qu’Altman aborde avec son génie satirique habituel.

D’un point de vue interprétations, il faut dire qu’on est gâté : le duo Beatty-Christie est tout simplement remarquable ! Charismatique l’un indépendamment de l’autre, les quelques confrontations entre eux n’en deviennent que plus mémorables, jubilatoires, mythiques. Pourtant, ce fut le plus gros souci d’Altman, tant leurs styles de jeu étaient différents : Christie était excellente dès la première prise, mais Beatty s’améliorait de prise en prise lui. Le perfectionnisme de Beatty et son souci de tout savoir sur tout plomba un peu l’ambiance du plateau, Altman finissant par se venger dans la scène finale où Beatty tournait dans la neige : une scène répétée près de 25 fois…

Concernant la réalisation, on assiste à la même démonstration de talent : Robert Altman est un génie et il le prouve ! D’abord par cet atmosphère qu’il distille, cette ambiance à la fois familiale mais malsaine où en vérité c’est chacun pour soi et tant pis pour les autres ; tout le monde n’est pas comme ça mais bon. Ensuite viennent les chansons de Leonard Cohen, à la fois mélancolique et crépusculaire, symbolisant la mort d’une époque, celle du grand Ouest ; à noter aussi la corrélation entre le temps et la météo (la neige symbolisant l’hiver, lui-même symbolisant la mort de toute chose donc de l’Ouest et de sa grande époque). Enfin, Altman réalisa surtout un travail précis au niveau du son et de l’image : il obligea en effet son chef op’ à vieillir l’image en lui donnant un aspect jaunâtre, histoire de faire plus réaliste ; même chose pour les sons extérieurs, quasi-inaudibles, qu’Altman refusa de retoucher.

Un film fantastique donc, chef-d’œuvre du genre et du cinéaste déjà iconoclaste et assez irrévérencieux pour chambouler les codes du genre ; on l’en remercie.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

The Player

playerUn des films les plus prestigieux de Robert Altman que The Player.

Il faut dire que, d’un point de vue casting, Altman ne s’est rien refusé ; dans les rôles principaux : Tim Robbins, Whoopi Goldberg, Fred Ward, Vincent D’Onofrio et Sydney Pollack ; dans les rôles furtifs : Nick Nolte, James Coburn, Jack Lemmon, Andie McDowell, Malcom McDowell, Julia Roberts, Bruce Willis, Burt Reynolds, Cher, John Cusack, Brad Davis, Peter Falk, Scott Glenn, Jeff Goldblum, Patrick Swayze, Elliott Gould, Angelica Huston, Rod Steiger… Que du lourd !

Au niveau du scénario, Altman reste dans son style habituel : une comédie noire policière avec une intrigue qui n’est là que pour servir de prétexte à une étude sociologique approfondie. Ici, c’est Hollywood que le maître attaque, Hollywood la puissante, Hollywood l’avide mais certainement pas Hollywood le pays des rêves.

Tout commence donc avec ce producteur, Griffin Mill, qui reçoit de plus en plus de lettres de menaces. Décidé à stopper tout cela, il tue accidentellement un scénariste qu’il pense être l’auteur de ces menaces, sauf que ce n’est pas le cas…

Comme le dit Altman indirectement dans son film, le cinéma actuel ne doit pas ressembler à la réalité mais à un rêve : il doit y avoir du sexe, de l’action et un happy-end ; autant d’éléments qui viennent s’installer dans The Player… Car c’est là qu’on sent qu’Altman a pris son pied, à jouer les paradoxes entre fiction et réalité (ceux qui ont vu le film et sa fin comprendront ce que je veux dire…) si bien qu’on fini par ne plus savoir si ce à quoi on assiste est possible ou non…

The Player, c’est aussi l’hommage d’Altman au cinéma et aux films qui l’ont marqué : ainsi parle-t-on de La soif du mal, Sunset Boulevard, Un thé au Sahara, Casablanca, les films des années 40… tout comme ces cinéastes mythiques de John Huston à Frank Capra, d’Alfred Hitchcock à Orson Welles… A noter qu’Altman s’adapte aussi à ce qu’il énonce, exemple avec cette sublime scène d’introduction : alors que deux hommes parlent du plan d’ouverture de La soif du mal d’Orson Welles, un plan-séquence de six minutes essentiel au film, Altman fait de même en installant son décor et son récit dans une séquence d’ouverture de huit minutes, usant du même stratagème qu’Hitchcock dans La corde pour garder une cohérence de plans.

Ce qui est remarquable aussi, c’est le nombre de métaphores du film : un poisson mort se fait bouffer par des petits dans un étang du cimetière ; le bureau de Mill est décoré d’affiches de films au titre tel que Highly Dangerous ; Mill joue, peu de temps après la mort du scénariste, avec un requin en plastique appartenant à la veuve de l’écrivain, laquelle fascine Mill ; quand ils prennent un bain de boue, le genou de la veuve sort de la baignoire tel un cadavre sortant de la terre, et c’est à ce moment-là que Mill qui pensais être tranquille voit les ennuis revenir à la vie, les apparitions très courtes des vedettes pour souligner la situation éphémère de leur statut et de leur gloire… Ceci sont des exemples parmi tant d’autres, sans tenir compte d’un final satirique et ironique à souhait.

Bien sûr, il convient de souligner la qualité des acteurs et de la mise en scène de Robert Altman, lequel sera récompensé ainsi que Tim Robins au Festival de Cannes en 1992…

En ce qui concerne l’attaque d’Hollywood, il faut dire que sans être particulièrement agressive elle fait très mal : alors que Mill ne mériterait rien d’autre qu’une sentence, il sort vainqueur du film et ce sont les innocents qui en souffrent : son ex-petite amie se fait virer, son rival va certainement subir le même sort avec son dernier film, Griffin Mill s’en sort blanc comme neige et par dessus le marché se tape la veuve de sa victime… Une morale acide qui dit que dans la vraie vie comme au cinéma, ce ne sont pas toujours ceux qui le mériterait qui s’en sortent…

Une véritable bombe donc, merveille cinématographique signée par ce réalisateur de génie qu’est Altman et interprété par un des plus grands castings de tous les temps : splendide !

Note : *****

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

M.A.S.H.

mashLe film qui révéla au monde entier le génie satirique de Robert Altman que ce M.A.S.H.

En fait, MA.S.H. signifie Mobile Army Surgical Hospital ; nous voici donc transporté en pleine guerre de Corée où une équipe de médecins soignent comme ils peuvent les blessés. Enfin, ça c’est dans la théorie ; en réalité, Altman attaque directement l’armée et le gouvernement à travers ce film antimilitariste qui bien que situé dans le début des années 50 rappelle fortement ce début des années 70 où les Américains souffraient au Vietnam.

Il faut dire qu’Altman a eu de la chance de tomber sur ce scénario ; selon la légende pas moins de 12 cinéastes avant lui le refusèrent !

Mais voilà, Altman s’est finalement retrouvé aux commandes et avec l’aide d’une poignée d’acteurs grandioses il a marqué de son empreinte le cinéma !

Il faut dire que pour un film de guerre, on voit tout sauf de la guerre ! Et les quelques effusions de sang que nous voyons n sont jamais que des blessés au bloc opératoires. Altman ne fait pas vraiment dans le sanglant mais plutôt dans le cinglant. La véritable force du film reste donc son humour permanent et acide, disséquant les rouages d’un système militaire où finalement peu de gens aiment être. Ou plutôt si, ils aiment, car c’est le paradis des joueurs et des adultères.

Dans leurs rôles, Elliott Gould et Donald Sutherland excellent, véritables clowns n’ayant aucun bon plan dans la caboche si ce n’est pour se divertir, se débarrasser de nuisibles ou rentrer chez eux. Il faut dire que les seconds rôles les soutiennent à merveille, et la direction d’Altman reste l’une des plus intéressante du cinéma américain.

Le scénario lui a réellement mérité son Oscar, véritable bijou de réflexion sur fond d’humour : entre le micro dans la tente de « Lèvres en feu », la levée du rideau de douche, le suicide du dentiste ou le match de football final, il est impossible de garder son sérieux ; jusque dans les mots le film est jubilatoire (« Messieurs, ne vous battez plus, n’oublions pas que nous sommes dans l’armée ! », référence indirecte au Docteur Folamour de Kubrick, autre film antimilitariste où l’on pouvait entendre Peter Sellers dire « Messieurs, on ne se bat pas dans la Salle de guerre ! ») ; le reste du temps, Altman attaque le racisme (l’interdiction de civils, même bébés, dans l’hôpital américain du Japon), le fanatisme et le rejet des responsabilités de morts (le personnage de Robert Duvall, lui aussi excellent), etc. On comprend dès lors un peu mieux pourquoi le film fut interdit de projection dans les camps militaires malgré toutes ses récompenses (Palme d’Or, 5 nominations aux Oscars dont Meilleur film…)

Au niveau de la réalisation, Altman est et reste brillant, réalisant un presque sans fautes dans sa mie e scène ; on regrettera juste un peu une meilleure photographie pour la séquence de nuit un peu trop sombre, même remasterisée pour le DVD…

Un immense chef-d’œuvre donc, le premier d’une longue série pour Altman, qui entrait voici 35 ans dans l’univers des cinéastes de légende ; aucun regret.

Note : *****

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Short Cuts

short_cutL’un des plus ambitieux et des plus cinglants films de Robert Altman que ce Short Cuts.

En effet, le cinéaste renoue ici avec sa maestria scénaristique de sa grande époque (Nashville, entre autres) en racontant l’histoire non pas d’un personnage, non pas de deux, non pas de trois mais bien de 27 Américains issus de la middle-class.

Comme à son habitude, le réalisateur-auteur a trempé sa plume dans le vinaigre pour dénoncer ce qui ne va pas dans cette Amérique que l’on surestime trop souvent : adultères, drogue, violence, meurtres, alcoolisme, autant de travers de ces Américains moyens mis en évidence dans un récit-fleuve de trois heures.

Au niveau acteurs, Altman n’a pas fait les choses à moitié, preuve avec quelques noms choisis au hasard : Julianne Moore, Tom Waits, Madeleine Stowe, Matthew Modine, Jack Lemmon, Andie McDowell, Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Chris Penn, Robert Downey Jr, Anne Archer, Fred Ward… Tous, bien qu’inégaux dans leurs interprétations, sont convaincants, si bien que l’ensemble des acteurs fut récompensé d’un prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1993, alors que le film recevait le Lion d’Or.

Au niveau de la réalisation, Altman reste fidèle à sa réputation de grand metteur en scène, jouant dignement et sobrement avec la caméra. L’étape la plus fabuleuse de ce film n’étant d’ailleurs pas le tournage mais plutôt le montage, c’est évident, car quoi de plus difficile que de traiter autant d’histoire différentes sans perdre le fil et confondre le spectateur ?

Le film peut ainsi se voir comme l’assemblage de petits courts-métrages, sauf que de temps en temps les personnages se croisent au gré du vent et selon la volonté de l’auteur. Auteur qui, par ailleurs, insère quelques données religieuses conférant au film une aura un peu mystique, comme si ces récits de convoitise, de jalousie et de morts n’était que des récits mystiques, devant servir de leçon au reste du monde ; ainsi, entre une ouverture sur une invasion de mouches néfastes au culture (qu’on pourrait très bien remplacé par une nuée de sauterelles) et une fin sismique métaphorique, comme si l’auteur avait voulu à travers ce séisme secouer ses personnages et par-là même nos propres esprits, les références pleuvent (comme tombèrent en trombe cette nuée de grenouilles dans Magnolia, librement inspiré de Short Cuts d’ailleurs, où les similitudes entre les deux films sont abondantes (Paul Thomas Anderson reste le plus fervent admirateur d’Altman…)).

Humour, dérision, noirceur, cruauté, authenticité : voilà autant d’éléments qui font que ces récits, qui se déroule en un peu moins d’une semaine, défilent à une vitesse vertigineuse, à tel point qu’une fois le film fini, on ne se rend pas compte qu’on vient d’assister à trois heures de bonheur cinématographique…

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 20:00 - Altman, Robert - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1