Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

03 janvier 2007

Mars Attacks !

x_mars_attack_jj_1Certains cinéastes osent parfois prendre des risques en réalisant des films… atypiques. Tel est le cas de Tim Burton, qui doit cependant remercier sa bonne étoile et surtout sa cote de popularité pour pouvoir réalisé des films comme Mars Attack !

D’emblée le ton est donné : le film s’inscrit dans le sillon de ces films SF kitsch des années 50, genre Planète interdite ou plus encore Plan 9 from outer-space. Tout le monde sait que Burton raffole de vieilles séries Z, et il n’hésite pas à leur rendre hommage ici. L’occasion aussi, au passage, de réagir à l’Independence Day de Roland Emmerich, qui malgré ses dires est clairement nationaliste et patriotique ; Mars Attack !, lui, se veut plutôt comme une satire sociale et politique, où les Américains ne dominent décidemment jamais la situation. Le pouvoir militaire est tourné en dérision puisque l’énergie nucléaire est utilisé comme hélium par les aliens, et il n’y a que la musique de Slim Whitman qui tuera les martiens ! (référence aux microbes qui tuent les envahisseurs de la Guerre des mondes, auquel Burton emprunte d’ailleurs les effets sonores pour les pistolets lasers). Même les uniformes militaires, jeeps, tanks et artillerie américaine datent des années 50 !

Côté casting, Burton s’entoure avec du quatre étoiles, entre les habitués et les petits nouveaux, sans oublier ceux qui ont été refusé (Warren Beatty pour le rôle du Président) ou qui ont décliné l’offre (Johnny Depp pour le rôle du journaliste Jason Stone). Quelques noms en vitesse : Jack Nicholson, Glen Close, Pierce Brosnan, Annette Bening, Jim Brown, Lukas Haas, Rod Steiger, Nathalie Portman, Danny de Vito, Tom Jones, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Pam Grier, Barbet Schroeder ou encore Jack Black ! Mentions spéciales d’ailleurs à Nicholson en Président, Brosnan en scientifique optimiste et Rod Steiger en général qui fait songer à un certain George C. Scott dans Dr Folamour

Basé sur le cinéma d’autrefois comme sur des cartes à jouer que possédait Burton collectionnait, Mars Attack ! est l’occasion pour Burton d’exploiter pleinement son humour noir, n’hésitant parfois pas à s’amuser de lui-même comme ce cadavre de clown dans le vaisseau spatial, clown tué par Pingouin dans Batman II ! Un mot d’ailleurs sur les squelettes verts ou rouges des personnes désintégrées : Burton les a colorié ainsi car le film était prévu pour sortir durant les fêtes de Noël ! On regrettera seulement que l’humour ne marche pas toujours, certains gags étant trop gros ou un peu lourd pour être réellement appréciés.

On regrettera aussi le massacre systématique des vedettes (bien que cela renforce l’idée de film catastrophe) à l’exception du boxeur interprété par Jim Brown qui parvient à se libérer d’une trentaine d’aliens sans y laisser sa peau !

Décalé, original, Mars Attack ! ne souffre que d’un manque de rigueur quant à son scénario pour être parfait : en dépit, il reste un chouette moment de nostalgie et de comédie.

Note : ***

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27 septembre 2006

Ed Wood

ed_woodLe problème de Tim Burton, c’est qu’il est bougrement génial, mais hélas un peu trop manichéen pour être grandiose. Alors que son Beetlejuice laissait pourtant présager un cinéaste plus que remarquable, on était loin de se douter à quel niveau se hisserait cet immense chef-d’œuvre qu’est Ed Wood !

Délaissant pour la première (et, à ce jour, pour la seule) fois le fantastique à proprement parler pour aborder la réalité, Tim Burton choisit pas moins que le réalisateur Ed Wood Jr comme sujet. Fait étonnant car Wood n’a rien d’une vedette mais est plutôt considéré comme le « plus mauvais réalisateur de tous les temps » !

A travers ce pape de la série Z, auquel le film offre un véritable chant d’amour, c’es toute une forme de cinéma que Burton salue, celle des petits cinéastes inventifs car fauchés, artistes car pas bouffés par le système, d’une foi inébranlable non pas en leur talent mais en leur amour du cinéma. Bref, un cinéaste comme l’était Burton à ses débuts, et qu’il a l’impression de ne plus être depuis des œuvres comme Batman et Batman : le défi. Ce n’est pas tant la médiocrité du cinéaste que le tout Hollywood que Burton fustige : les boîtes qui produisent « de la merde », les speakerines qui refusent des rôles jusqu’à ce qu’elles soient au chômage, le système de vedettariat qui fait sombrer des vedettes comme Bela Lugosi dans l’oubli, jusqu’à un faux pas qui lui sera fatal…

A travers Ed Wood, on a donc l’impression que Burton veut faire son 8 ½, se rappeler un passé qu’il a peut-être connu avant de réaliser des films comme Beetlejuice ou Edward aux mains d’argent. C’est un cri d’amour envers le cinéma mais c’est aussi un cri d’amour envers ses influences diverses. La série Z, qui a bercé Burton, trouve ici un ardent défenseur, qui ne critique pas mais admire plutôt avec tendresse la conception de ces films de troisième zone, sans un sou et une once de talent, mais avec une passion énorme (n’en faut-il pas pour accepter de travailler dans de telles conditions ?)

C’est sans doute pour cela que Tim Burton aime filmer certaines scènes comme l’aurait fait Ed Wood (voir la scène d’intro et le générique) mais, surtout, opte pour une réalisation très mature, à la fois très calme et presque poétique avec son noir et blanc contrasté. On plonge dans une époque mais aussi dans un univers à part, un univers purement cinématographique où, commandant un alcool au bar du coin, le plus mauvais cinéaste de tous les temps rencontre le meilleur alias Orson Welles, sur fond de musique des fifties et se distinguant à peine l’un l’autre dans ce coin obscur de la pièce envahit de fumée de cigare… Mais si Burton aime l’émotion, il n’en garde pas moins un sens de l’humour burlesque, moins noir que dans ses autres films certes mais remarquable. Il y va d’une légère attaque envers Hollywood mais ce n’est pas là son sujet principal.

Tim Burton signe là son film le plus réfléchi donc, mais offre aussi l’un de ses meilleurs rôles à Johnny Depp. Ce dernier, n’hésitant pas à jouer avec son image, compose un Ed Wood quasi mégalomane, pas spécialement intelligent mais rusé, travesti à ses heures qui rêve de faire son Citizen Kane à tout prix. Rarement Johnny Depp, pourtant très bon acteur, aura été aussi immense dans un rôle ; il ne joue plus Ed Wood, il devient Ed Wood vu par Tim Burton (il faut en effet garder quelques distances avec le film et la réalité), à tel point qu’il écrase le reste du casting (pourtant très bon) composé de Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette et Bill Murray. Seuls Vincent D’Onofrio en Orson Welles et surtout Martin Landau en Bela Lugosi en fin de parcours savent lui tenir tête avec panache.

Maîtrisé de A à Z, tour à tour sarcastique et comique, dramatique et poétique, Ed Wood est sans doute le film le plus « classique » de Burton (ce qui dérouta les spectateurs) mais aussi son plus abouti cinématographiquement, comme si le temps de ce film Burton avait atteint les sommets pour y laisser une empreinte indélébile. Plus qu’un hommage, un chef-d’œuvre.

Note : *****

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27 décembre 2005

Les noces funèbres (Corpse Bride)

noces_burtonJe vais certainement m’attirer quelques foudres mais, pour moi, une petite déception de la part de Tim Burton que ces Noces funèbres.

Pourtant, tout partait d’un bon esprit : une adaptation d’un vieux conte, un défi technique, un contraste avec le cinéma d’animation contemporain basé sur la 3D, un esprit bien burtonien… Mais où cela cloche-t-il alors ? Eh bien dan le fait que cela soit trop burtonien justement.

Si la forme est totalement réussie, tant dans l’animation des marionnettes que dans les décors gothiques à souhait, Burton ne parvient pas à s’éloigner des obligations hollywoodiennes pour son film.

On regrettera, par exemple, un humour très réduit. Attention, le film est drôle, voir très drôle par moment, et quelques moments d’anthologie comme la chorégraphie du saloon agrémentent le film de touches originales, mais on est bien loin d’un humour macabre. C’est avec amertume qu’on se rend compte que, après la réussite de Beetlejuice dans la description du monde des mots, Tim Burton se cible beaucoup trop sur l’aspect enfantin du film.

Il est loin aussi le panache de la mie en scène, cette noirceur et ce contre-pied à la culture populaire qui veut qu’il y ait le Bien et le Mal. Ed Wood, Batman – le défi sont des films qui parvenait à échapper à ce piège de la facilité scénaristique ; ici, ça ressemble presque à du Disney bas de gamme, à un manichéisme profond où le monde des morts est plus gai que celui des vivants, où le vilain-méchant-pas-beau va tenter de briser le mariage du héros alors qu’il a déjà poussée la Mariée vers l’au-delà… Dans l’esprit trop mielleux du méchant vraiment méchant etdu gentil vraiment gentil, on s’approche des faiblesses d’Edward aux mains d’argent ; mais là où Edward brillait par un discours universel et un esthétisme bluffant, Les noces funèbres ne parviennent pas à décrocher la timbale. Pourquoi ? Car le rapprochement visuel avec L’étrange Noël de Monsieur Jack est trop fort. A y regarder de plus près, les personnages sont moins effrayant, c’est vrai, mais hélas la surprise n’est plus là. On salue la prouesse technique mais on regrette un certain manque d’originalité.

Dommage, car les bases étaient très bonnes à tous les niveaux. Mais on ne se refait pas, et Tim Burton, qui semblait avoir atteint une certaine maturité avec ses derniers films comme Big Fish, nous prouve le contraire. On attendra Tim, mais ne traîne plus trop et surtout surprend nous encore avec ton univers plutôt que de chercher à toucher un public déjà acquis.

Les noces funèbres sont donc un film techniquement réussi mais artistiquement faible : un petit coup dans l’eau de la part de ce cinéaste aux immenses capacités.

Note : **

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01 octobre 2005

Batman

batmanLe film de consécration pour Tim Burton que ce Batman.

En effet, c’est avec ce film que ce cinéaste génial et original a réussi à rentrer dans cette classe très limitée des réalisateurs dits « auteurs » et commerciaux.

Après le désopilant et très surprenant Beetlejuice, Burton retrouve donc Michael Keaton pour adapter au grand écran l’un des plus célèbres justiciers du monde des comics. Tâche difficile la chauve-souris ayant connu moult et moult adaptations auparavant, dont une série très kitsch dans les années 60.

Mais c’est ben mal connaître Tim Burton que de l’enterrer avant la sortie du film. Ainsi, il annonce un casting de rêve : Michael Keaton, Jack Nicholson en bad guy bien excentrique comme il faut et une Kim Basinger en reporter trop fouineuse et amoureuse.

Et voilà que le film commence comme on pouvait l’espérer : une ambiance bien sombre, un Gotham City mal famé, en proie à la violence et au crime. C’est ainsi qu’en quelques minutes, Burton installe une ambiance malsaine, une atmosphère empreinte d’étrange, de ténèbres et parfois d’ambiguïté ; le parallèle avec le personnage de Bruce Wayne est frappant.

Thème important du film : la personnalité. La plupart des personnages, et pas seulement Batman, se voit donc empreints d’une double facette qui leur convient à souhait : chacun, en revêtant quelque masque que ce soit (Batman celui de la chauve-souris, Joker celui du clown) se sent comme libéré, non seulement de sa vie passée ou privée mais également de toute morale qui peut conduire à un chaos énorme. Car Burton l’a compris, Batman n’est pas un ange, loin de là, et l’aversion grandissante qu’il éprouve pour Joker finit par le transformer, aux yeux de la loi, en un criminel, mais qu’on accepte de pardonner vu sa victime, l’immonde méchant qu’est tout vilain à vouloir faire le mal.

Dans leurs rôles, les acteurs sont très bons, notamment Michael Keaton qui sera pourtant encore meilleur dans le deuxième épisode, toujours réalisé par Tim Burton, mais surtout Jack Nicholson qui retrouve la psychologie dérangée d’un personnage dément qui a fait en grande partie sa popularité ; un retour aux sources de Shining presque. Et il faut reconnaître qu’il excelle dans ce registre, le tout encore amélioré par des répliques cinglantes et des attitudes frappadingues.

Ce qui séduit dans Batman, c’est que Burton a réussi à garder dans ce film de commande tout son génie : c’est ainsi qu’on retrouve, en plus d’une esthétique sublime, soutenue par une photographie exemplaire, Burton impose sa touche à travers notamment des inventions visuelles géniales, un humour très burtonien et des références culturelles encore et encore.

Batman, en fin de compte c’est un peu le divertissement haut de gamme, le parfait petit guide de l’adaptation comics réussie, et qui malgré quelques défauts se laisse facilement regarder quand on veut passer une bonne soirée.

Note : ***

Posté par cinemaniaque à 11:50 - Burton, Tim - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2005

Beetlejuice

beetlejuiceTim Burton est un brave petit réalisateur en 1988. Il a juste réalisé Pee-Wee's Big Adventure, un film enfantin et bon, disons-le franchement, loin d'un chef-d'oeuvre. Mais il bluffe son monde avec son deuxième film, le cultissime Beetlejuice.
Coup de bluffe effectivement, par le scénario en lui-même : deux morts qui font appel à un autre mort pour chasser les nouveaux proprios. Rien d'original en soi me direz-vous, sauf que cette fois ce n'est pas d'un film d'horreur qu'il s'agit, mais d'une comédie.
Une comédie bien noire d'ailleurs, mais qui tourne tout à la dérision, à un humour macabre mais sans méchancetés, et qui fait rire bien souvent.
Il faut dire que pour le film, les interprètes sont à la hauteur : Alec Baldwin, Geena Davis, Winona Ryder et un Michael Keaton déjanté sous le maquillage de Beetlejuice, maquillage qui permettra au film de recevoir un Oscar.
Mais le sommet du film réside dans sa réalisation : rarement aura-t-on vu un imaginaire aussi débordant! Un véritable festival d'inventivité ce film, de la salle d'attente des morts aux sculptures qui prennent vie en passant par le mariage catastrophe de Beetlejuice... L'imaginaire débordant de Burton prend donc ici toute sa gloire.
Sans aucun doute l'un des meilleurs Tim Burton, l'un des plus personnels en tout cas, Beetlejuice ne lasse jamais au bout d'une centaine de visions. Pas mal pour un second film, qui date de plus de quinze ans maintenant...
Note : ****

Posté par cinemaniaque à 18:25 - Burton, Tim - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Edward aux mains d'argent (Edward Scissorhands)

edward_scissorhands_affOu quand Tim Burton revisite à sa manière l'histoire de Frankenstein, ça donne le très beau Edward aux mains d'argent.
L'histoire donc, de cet être créé de toute pièce par un Geppetho en manque de Pinocchio, sauf que cette fois l'artisan décède avant d'avoir fini son oeuvre. Le maheureux se retrouve donc avec des ciseaux à la place des mains. Pratique pour les bricolages à l'école primaire mais beaucoup moins pour nager le cent mètres papillon. Et voilà qu'un jour il se voit recueuilli par une gentille famille au sein de laquelle vit une jolie jeune fille.
Certes, il y a un peu de miévrie dans tout ça, tout le monde sachant que la jeune fille si repoussée soit elle au début finira par tomber amoureuse. Mais c'est là la seule faute du film.
En effet, d'un point de vue esthétique par exemple, le film est une merveille. L'univers gothique de Tim Burton cohabite avec l'aspect Barbie des maisons de la ville, et les couleurs chatoyantes du jour et du quartier se mélangent harmonieusement avec le sombre de la nuit et du manoir du scientifique. A la limite du peintre et de l'esthète, Burton soigne son film et lui donne un aspect à la fois magique et enfantin lorsque tout va bien, puis continue dans l'ombre de la nuit lorsque tout dérape.
C'est qu'au début, tout le monde est content de l'avoir le petit Edward pour couper les haies, les cheveux ou les poils des chiens. Mais très vite on le trouve gênant cet adulte à l'âme d'enfant... La morale de cette fable est donc une quête d'égalité et de fraternité, le message étant que l'on ne doit pas faire de différence entre les hommes, quelque soit la tare de l'autre. Un thème déjà élevé très haut par Elephant Man et qui regagne un second souffle avec Edward aux mains d'argent.
Pour servir ce récit au mieux, Burton fait appel, et ce à raison, à Winona Ryder pour le rôle de la jeune fille mais surtout à Johnny Depp, une fois de plus excellent, qui trouve à l'aide de son ami Tim ce rôle à la hauteur de son talent. Si Depp n'est pas toujours au top, il reste quand même bien souvent dans les très hautes sphères de l'interprétation.
Un excellent film donc, sur le fond un peu simpliste (certains reprochent d'ailleurs l'aspect Disney au film) mais d'une telle splendeur visuelle que l'on peut pardonner...
Note : ****

Posté par cinemaniaque à 12:00 - Burton, Tim - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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