Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

22 juillet 2007

Seigneur des Anneaux : la Communauté de l'Anneau (Lord of the Rings : the Fellowship of the Ring)

lord_of_the_rings_the_fellowship_of_the_ring_ver4Certains projets cinéma sont maudits, d’autres irréalisables, et d’autres encore complètement suicidaire : dès le départ, la transposition sur grand écran de la trilogie du Seigneur des Anneaux était vouée à l’échec cuisant, la faillite d’un studio et la fin de carrière de Peter Jackson… Ou peut-être pas finalement.

Depuis sa plus tendre enfance, Jackson n’avait qu’un rêve : transposé King Kong, le film qui lui fit aimer le cinéma, dans une version moderne de son cru. Mais la plupart des producteurs étant frileux, Jackson du se rabattre un temps sur un autre projet, encore plus dantesque, qui lui tenait à cœur : l’adaptation de la célèbre trilogie de J.R.R. Tolkien. Une version avait déjà été réalisée, mais elle semblait bien légère en comparaison des romans d’origine, fascinant depuis des années plus de 100 millions de lecteurs à travers le monde. Proposant ses services à Miramax, Jackson fut déçu de voir les frères Weinstein ne vouloir qu’un seul et même film ; le réalisateur se dirigea alors vers New Line, qui accepta d’abord un diptyque avant de céder à une trilogie comme les romans. Le Seigneur des Anneaux venait donc d’être officiellement lancé, et ce projet de longue haleine (environ 7 ans de développement et 274 jours de tournage) allait, d’une manière ou d’une autre, laisser des traces.

Pour plus de facilité, Peter Jackson décida de tourner les trois films en une seule fois, une première dans l’histoire du cinéma. Le budget total s’élèvera à 300 millions de dollars. Le casting était un véritable casse-tête : Daniel Day-Lewis, Anthony Hopkins, Kate Winslet, Lucy Lawless et Uma Thurman (elles venaient d’accoucher) refusèrent de participer au film, tandis que Jake Gyllenhaal ne fut pas retenu au profit d’Elijah Wood et que Sam Neill fut oublié pour céder la place à Ian McKellen (on parla aussi longtemps de Sean Connery, mais Jackson refusa, pour avoir un acteur moins connu dans le rôle de Gandalf). Pendant que Jackson retravaillait le script quotidiennement et cherchait une équipe solide, la préproduction allait bon train : 12 millions d'anneaux posés à la main pour les cotes de maille, 48 000 pièces d'armes et d'armures fabriquées, 19 000 costumes, 15 000 éléments de costumes, 10 000 masques, 2 000 armes, 1 600 paires de pieds de Hobbits, 350 décors construits et plus de 100 lieux de tournage, 200 masques d'orques et 159 prothèses de nez pour Gandalf furent conçus, tandis qu’on prépara un an à l’avance la plantation du village des Hobbit pour qu’elle fasse authentique. Peter Jackson estimait que la Nouvelle-Zélande pouvait offrir tous les décors nécessaires à une telle entreprise. Parallèlement, après n’avoir pu obtenir Russel Crowe, Jackson offrit le rôle d’Aragorn à Viggo Mortensen, lequel accepta sans hésitations sur conseil… de son fils.

Le tournage débuta enfin, et l’entreprise était de taille : 2 400 techniciens au total (dont 180 infographistes, 114 rôles parlés, 45 techniciens de décors, 40 tailleurs, designers, cordonniers, brodeuses et bijoutiers et 2 forgerons) travaillaient sur le film, adaptation d’un scénario de 400 pages et dont certaines scènes nécessitait jusqu’à 700 acteurs, ou encore 250 chevaux, le tout dirigé par 5 équipes allant parfois jusqu’à 148 personnes. On ajoutera à cela les 20 602 figurants utilisés pour 915 000 mètres de pellicule au total. Les acteurs principaux eurent vite fait de se rendre compte de la difficulté du film, mais firent tous preuve d’un grand professionnalisme : Orlando Bloom apprit à tirer à l’arc et effectua ses cascades lui-même, ce qui lui valut quelques blessures ; de même, Viggo Mortensen se cassa une dent lors d’un combat, exigea qu’on lui recolle rapidement pour poursuivre la scène (il n’hésitait pas non plus à se prendre pour un véritable chevalier, se promenant en rue avec son épée) ; Sean Astin prit 15 kilos pour le rôle de Sam, alors qu’à la fin du tournage il devait en avoir perdu 12 ; John Rhys-Davies, le plus grand de tous les acteurs (et qui joue le rôle du nain…) développa même une allergie à son maquillage ! De son côté, Peter Jackson exigeait la perfection : le scénario fut ainsi retravaillé chaque jour durant le tournage pour coller au mieux aux acteurs ; les journées duraient parfois jusqu’à 16 heures, et il demandait à ses acteurs d’apprendre le langage elfique ; il obtint même la participation de l’armée néo-zéalandaise pour les scènes de bataille avant que celle-ci ne du renoncer. Amoureux de son pays, il utilisa des kilomètres de moquettes pour protéger certains endroits de tournage ; bricoleur et plaisantin, il utilisa pour les bruitages des cris d’animaux divers (opossums, baleine, tigre, cheval…) et même pour les Cavaliers noirs… le cri de sa femme ! Il décida pour contrer la censure que le sang des Orcs serait noir, et eut recours à quelques vieilles techniques d’effets spéciaux pour les Hobbits par exemple, en utilisant la perspective forcée (on place les personnages les plus grands près de l'objectif de la caméra pour les faire paraître plus imposants que les semi-hommes) et un système de plates-formes et de poulies permettant aux comédiens de bouger en même temps que la caméra pour maintenir cette perspective forcée (sans oublier la construction du décor à différentes échelles, l'utilisation d'images composites, de comédiens sur échasses ou de géants et de personnes de petite taille engagés comme doublure). Inversement, Jackson dépassa les limites de la technologie en matière d’effets spéciaux : pour la technique dite de "prévisualisation" (pour visualiser en amont du tournage les scènes difficiles du film requérant notamment de nombreux effets visuels), l'équipe du cinéaste reçut l’aide de George Lucas et son producteur Rick McCallum. Ces derniers les invitèrent même au légendaire Skywalker Ranch afin de partager leurs informations sur cette technologie, et de visionner au passage les premières images de Star wars : épisode 2 - L'Attaque des clones. Très tôt également, Peter Jackson et ses producteurs décidèrent d'utiliser l'étalonnage numérique sur la trilogie. Cette technique consiste à numériser le film, puis revoir chaque scène et modifier leur éclairage pour obtenir une photo unifiée, et finalement retransposer le long métrage sur pellicule.

A sa sortie, le film était bien évidemment l’événement de l’année, pour ne pas dire de la décennie : réussi ou pas ? Le montage initial, de 4h30, avait été ramené à 2h45, ce qui n’était pas bon signe… Jusqu’à l’ouverture du film, qui devait faire taire toutes les plus mauvaises langues : Le Seigneur des anneaux : la Communauté de l’Anneau était un succès, et la critique (13 nominations aux Oscars et 4 statuettes (Meilleure musique, Meilleurs effets visuels, Meilleurs maquillages et Meilleurs photographie)) et le public (860 millions de dollars de recettes dans le monde) s’inclinèrent, propulsant déjà Jackson au rang de Maître sans avoir vu les deux épisodes suivants. L’une des plus grandes trilogie de tous les temps venait de commencer sa conquête du monde entier, surtout lorsque l’American Film Institute plaça le film 50ème dans le classement des plus grands films de tous les temps…

Six ans plus tard, il convient de revoir la trilogie du Seigneur des Anneaux avec recul pour pleinement apprécier le travail de Jackson. Commençons donc par ce premier opus qui, de toute évidence, n’est pas le meilleur des trois, mais reste un bon film.

Ce qui frappe bien évidemment, c’est l’avancée technique du film, même encore à l’heure actuelle, qui lui a permit de séduire autant les foules : du village Hobbit à la ville des Elfes, Jackson nous offre un spectacle visuel d’une beauté renversante, aidé d’une part par une photographie numériquement parfaite et des décors naturels comme on en voit rarement. Pour accompagner cela, Jackson n’a visiblement pas lésiné sur les effets spéciaux, lesquels servent le récit avant tout et sont plus d’une fois remarquables, à l’instar de ce long prologue sur la première Bataille de la Terre du Milieu. Hélas, comme tout premier épisode d’une saga, la présentation des personnages et la mise en place de l’intrigue se fait hélas un peu trop lentement, si bien qu’il faut attendre une bonne heure si pas plus pour pleinement entrer dans le film. Difficile de comparer l’épisode d’Hobbitsbourg aux mines de la Morea par exemple, le premier manquant cruellement de ce souffle épique qui plane sur le reste du film. Ce n’est qu’à partir de la quête que nous prenons vraiment notre pied, ce que nous avons vu jusqu’ici étant certes plaisant mais un peu plat, surtout après le prologue.

Si de prime abord la mise en scène de Peter Jackson semble plus classique que d’habitude, il est amusant de noter le penchant habituel du cinéaste vers le cinéma trash : ainsi, l’aspect des Orcs est soigneusement travaillé pour être effrayant, et la naissance des Uruk-Aïs rappelle ces vieux films d’horreur que Jackson affectionne tant. Le Seigneur des Anneaux se démarque ainsi radicalement d’Harry Potter et l’école des sorciers, sorti à la même époque, par un approche non seulement plus adulte mais aussi plus sombre et violente du cinéma fantastique ; il faut dire que l’univers de Tolkien s’y prêtait d’emblée, contrairement à celui de J.K. Rowling à ses débuts. Mélangeant ainsi subtilement matte-paintings, effets classiques et numériques ou plans entièrement créés par ordinateurs, Peter Jackson prouve qu’il n’est pas un manchot, mieux qu’il possède une vision artistique définie qui lui permets de s’insérer dans l’univers de Tolkien et de s’en approprier certains éléments pour les faire siens.

Il est difficile de juger le script final, le roman étant de toute manière bien plus riche et puissant que le film. Cependant, Peter Jackson semble avoir été honnête avec l’œuvre originale, ne supprimant pas les intrigues secondaires et ne délaissant pas l’humour distillé ça et là pour relâcher un peu la pression. Un rien prévisible, le scénario ne manque cependant pas de précision dans sa première partie et de rythme dans sa seconde.

Côté acteurs, Viggo Mortensen est définitivement celui qui l’emporte, malgré des pointures comme Ian Holm. Christopher Lee et Ian McKellen, vétérans du cinéma, sont fidèles à eux-mêmes : admirables. Elijah Wood est relativement surprenant, offrant peut-être sa meilleure performance des trois films, tandis qu’on ne peux encore profiter pleinement de John Rhys-Davies ou Hugo Weaving. Dans l’ensemble des prestations honnêtes et réussies.

Mais le véritable secret du film, ce qui a concrètement propulsé la mise en scène de Jackson au sommet reste la musique d’Howard Shore. Il faut dire que le compositeur a passé près de deux ans sur la b.o., s’inspirant parfois de Wagner et de musiques celtiques. Sans le mélange incroyable de vigueur, de calme, de souffle épique et de mélancolie, on a un peu de mal à imaginer ce que serait le résultat final. Assurément, Howard Shore est au même titre que Jackson et Fran Walsh (scénariste du film et femme de Jackson) l’une des pierres angulaires de l’œuvre, offrant aux images ce petit plus… magique.

Réussi, Le Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’Anneau l’est assurément, mais ne mérite peut-être pas le statut de chef-d’œuvre absolu qu’on lui a offert dès sa naissance ; il s’agit d’une base solide à l’une des plus grandes sagas cinématographiques de tous les temps, ce qui en soi est déjà plus qu’un exploit.

Note : ***

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Seigneur des Anneaux : les Deux Tours (Lord of the Rings : the Two Towers)

affiche2Fort du succès du premier film, la saga Seigneur des Anneaux était bien partie pour marquer durablement les esprits, mais une question se posait tout de même, par habitude dirons-nous : le deuxième film allait-il être aussi bon que le premier ? Sans conteste, oui, et même meilleur.

Au vu des événements qui devaient prendre place dans le second film, les effets spéciaux allait devoir atteindre un niveau inédit, quelque chose de vraiment révolutionnaire pour être à la hauteur : le peuple Ent, Gollum et surtout la bataille du Gouffre de Helm où 10 000 Uruk-Aïs devaient assiéger la ville allaient nécessiter un travail technique considérable.

Gollum par exemple nécessita plus de 100 maquettes et 1000 dessins pour être parfait : pour sa création, il fallait d’abord capturer tous les mouvements et ensuite les retranscrire sur ordinateur, avant de post-synchroniser la voix. Andy Serkis, l’acteur qui interprétait Gollum, peaufina son personnage en lui donnant une voix tronquée (l’acteur soignait sa gorge quotidiennement avec du « jus Gollum » d’ailleurs, composé de citron, de miel et de gingembre) et en s’inspirant des héroïnomanes en manque. Le peuple de Ent nécessita des animatroniques immenses, comme Silvebarbe dont la poupée mécanique mesurait plus de 5 mètres (à titre de comparaison, la tour de Orthanc en miniature mesurait plus de 8 mètres). Une image de Gollum nécessitait ainsi près de 8 minutes pour être rendue par ordinateur, tandis qu’une image de Silvebarbe pouvait demander jusqu’à 48 heures.

Evidemment, le grand moment du film restait la bataille du Gouffre de Helm. Elle nécessitait 4 mois de tournage, de nuit, et il en fut tirer environ 20 heures de rushes. Visuellement, Peter Jackson s’inspira du Triumph of the Will de Leni Riefenstahl tandis que pour le son, il n’hésita pas à enregistrer 25 000 supporters de cricket chanter un cri de guerre. Mais le plus dur était à faire : donner vie à plus de 10 000 soldats en même temps. Weta Workshop, la société d’effets spéciaux de Peter Jackson, mit ainsi au point un logiciel révolutionnaire, baptisé Massive, capable de créer d'innombrables entités numériques, chacune dotée de sa propre personnalité et de sa propre indépendance. « J'ai mis au point ce programme en l'imaginant comme une vie artificielle, et non en la considérant comme un système d'animation de foule », explique le concepteur du programme Stephen Regelous. « Massive travaille en créant des agents qui possèdent leurs propres caractéristiques aléatoires et ont la capacité de prendre leurs propres décisions dans une situation de foule. Pour que ces agents réagissent naturellement à leur environnement, il fallait qu'ils disposent des même sens que nous, humains, pour l'appréhender. Ils sont donc dotés de la vision, de l'audition, du toucher quand ils entrent en collision avec les autres agents. Ils perçoivent leur environnement. Chaque agent est en outre doté de ses propres traits de caractère : l'agressivité, l'audace, la lâcheté... Il faut y ajouter les paramètres qui définissent quel est leur degré de saleté, leur taille, leur fatigue. Il y a d'innombrables paramètres qui entrent en jeu pour déterminer comment ces agents se comportent. Ce sont des entités uniques ». On atteint donc des sommets, comme le précise Richard Taylor, responsable de Weta : « Chacun de ces personnages possède son propre éventail de mouvements militaires, son répertoire d'action. Tous ces éléments ont été intégrés aux personnages. Chaque personnage numérique a été crée dans les moindres détails : il devait donner l'impression de posséder sa propre volonté, sa propre détermination, pour compléter le jeu des acteurs réels. On ne devait absolument pas déceler la différence. (...) Certaines des scènes que l'on voit au Gouffre de Helm défient l'entendement : ces batailles titanesques créées par Massive avec des dizaines de milliers de soldats qui s'agitent dans une atmosphère de colère et de mort, et tout cela a été crée numériquement... »

Comme libéré du poids de la réussite, le succès de la Communauté de l’Anneau ayant d’office remboursé les trois films, et n’ayant plus besoin déposer les bases d’un univers complexe (au maximum rajouter quelques éléments relativement simples), Peter Jackson signe avec Les Deux Tours l’épisode le plus réussi car le plus abouti de la trilogie. Exit quelques moments de flottements, une coupure du film en deux parties ou des moments romantiques un peu trop longs, cette suite se concentre désormais sur le véritable enjeu de l’intrigue : la préservation de la Terre du Milieu de l’armée de Sauron. Batailles dantesques, monstres hideux, remise en question des personnages, jeux de faux semblants, trahisons et amours interdits, tous les éléments de l’heroic-fantasy sont en place pour un divertissement de la même durée que le premier film. Bien plus sombre que la Communauté de l’Anneau, les Deux Tours est parsemé de revirements de situations pour se jouer du spectateur, et de moments de bravoure comme on aime en voir au cinéma. Le rythme change aussi, beaucoup plus soutenu et rapide, ne s’extasiant plus sur tel ou tel décor plus que nécessaire et allant droit à l’essentiel, instaurant au passage un climat tendu qui ne trouvera son dénouement qu’à la fin de la bataille de Helm. Peter Jackson semble avoir trouvé sa vitesse de croisière et, sans léser le moindre de ses personnages, en apporte de nouveaux tout aussi intéressants que ceux déjà connus : le roi Théoden, sa nièce, Saroumane bien plus présent… On regrette seulement de ne pouvoir jouir un peu plus de la présence de Grima Langue-de-serpent, vite dégagé du récit malgré l’excellent Brad Douriff (la version longue lui rend mieux justice paraît-il).

Les acteurs aussi, à croire que le film a été tourné chronologiquement, semblent avoir une approche bien plus personnelle de leurs personnages, comme s’ils parvenaient à capter tout leur essence même. Viggo Mortensen reste le meilleur des acteurs visibles, car le meilleur de tous est paradoxalement celui qu’on ne voit pas : Andy Serkis. L’interprète de Gollum parvient ainsi à insuffler assez d’âme à son personnage pour que l’on y croit, et vu le travail nécessaire pour son personnage, on peut même dire qu’il est l’acteur ayant le rôle le plus difficile ! Malheureusement, et malgré l’insistance de New Line et Peter Jackson, Serkis ne sera jamais nommé à l’Oscar pour la simple et bonne raison que l’acteur nommé doit être visible à l’écran. Plutôt dur, surtout au vu de sa performance qui écrase les autres. Elijah Wood semble un peu moins en phase avec son personnage, ou est-ce fait exprès ? Sean Astin en fait parfois un peu trop, tout comme Orlando Bloom, tandis que John Rhys Davies reste le comique de la bande, Bernard Hill un roi Théoden prétentieux à souhait et Miranda Otto la meilleure interprète féminine du film (qui, il est vrai, n’en compte pas tant que ça…)

Enfin la musique d’Howard Shore, à l’instar de la mise en scène de Jackson, opte aussi pour un ton plus sombre, plus dramatique, sentant l’imminence du danger.

Bien qu’il fut un succès public plus important encore que le premier film (910 millions de dollars de recettes dans le monde), le Seigneur des Anneaux : les Deux Tours semble avoir été le moins apprécié des films par les critiques (6 nominations aux Oscars et 2 statuettes (Meilleurs effets visuels et Meilleur montage sonore)) ; pourtant, il s’agit bel et bien du meilleur épisode de la saga, plus dense et sombre que le premier film, plus épuré et moins noyé par son budget que le troisième. Film dont les rebondissements n’ont d’égal que les moments d’anthologie, de la bataille de Helm à ces flash-backs de tendresse entre Aragorn et Arwen, et dont l’issue semble dès le début dramatique, se refusant à offrir la moindre lueur d’espoir sans l’entourer de plus de danger encore, les Deux Tours est devenu une référence en la matière. Ce n’est que juste mérite après tout.

Note : ****

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Seigneur des Anneaux : le retour du Roi (Lord of the Rings : the return of the King)

18366630« J'ai consacré ces sept dernières année de ma vie à écrire, réaliser et produire la Trilogie du Seigneur des anneaux. ce fut une odyssée épuisante, finalement assez proche de celle de nos personnages, Frodon et Sam, avec peu de sommeil, une vie qui n'a plus rien de normal et de nombreux moments où l'on se demande si on arrivera un jour au bout... Aux deux années de préproduction ont succédé 274 jours de tournage, eux-mêmes suivis par trois ans de post-production. Chaque étape du processus de création apportait son lot de défis, pour lesquels le plus souvent, la solution était à inventer. Régulièrement, une question me revenait : n'aurait-il pas été préférable de faire autre chose que Le Seigneur des anneaux ? La réponse a toujours été non. D'abord parce que j'ai eu la chance de travailler avec certains des acteurs et des techniciens les plus talentueux que l'on puisse trouver dans le monde. Pendant toutes ces années, chaque jour m'a prouvé que nous partagions une véritable passion pour l'oeuvre de J.R.R. Tolkien. Cet amour nous a donné l'énergie, le courage de tout surmonter ; il nous a poussés à donner le meilleur de nous-mêmes pour ces films. Je serai éternellement reconnaissant à New Line Cinema de m'avoir offert la chance de porter à l'écran ma vision du Seigneur des anneaux. Le professeur Tolkien a dit autrefois que 'la marmite de soupe, le chaudron de l'histoire a toujours bouillonné, et qu'y ont été continuellement ajoutés de nouveaux ingrédients, délicats ou moins raffinés'. A présent, je suis heureux de laisser ces films vivre leur vie dans ce monde et devenir ce que cette génération, ou les prochaines, voudront faire d'eux. Que ma contribution soit en fin de compte jugée 'délicate ou moins raffinée' n'est pas essentiel pour moi. désormais, elle existe. La Trilogie ne m'appartient plus, elle est maintenant entre les mains de ceux pour qui ces films ont été faits : les gens qui aiment ces livres et ont toujours aimé le cinéma ». Ainsi s’ouvrait le dossier de presse du Seigneur des Anneaux : le retour du Roi, par ces mots écrits de la main de Peter Jackson.

L’humilité qui découle de ce discours n’est pourtant pas appliquée au troisième film de la trilogie. En effet, il semble que le Retour du Roi, dont 20% ont été retournés après la sortie des deux premiers films, ait voulu placer la barre des effets spéciaux si haut que même les créateurs ont eu du mal à gérer par la suite. Prenons par exemple les plans d’effets spéciaux : en général, on en compte 200 par film. La Communauté de l’Anneau en comptait 540, les Deux Tours 799 ; le Retour du Roi n’en contient pas moins de 1488, ce qui donne une idée sur leur importance dans le récit, quitte à étouffer un peu ce dernier. Même problème pour la violence : on est passé de 118 mots à l’écran dans le premier film à 468 dans le deuxième pour terminer avec 836 dans le troisième ! Un besoin de faire « de trop », pour impressionner le public – chose inutile vu que le public était déjà conquis et largement fasciné.

Bien qu’il ait prétendu que le Retour du Roi était son livre préféré de la trilogie, Peter Jackson n’a jamais nié détester plusieurs éléments, comme l’armée des morts par exemple, qu’il ne pu supprimer pour ne pas décevoir les fans. Il a également du insérer l’épisode de l’araignée géante, lui qui st un arachnophobe convaincu. Il a également du gérer plusieurs éléments… indépendants de sa volonté : la destruction de la tour de Sauron, par exemple, ne devait en aucun cas ressembler à l’effondrement du World Trade Center. Enfin, étrange coïncidence, la ressemblance troublante de Gothmog, le lieutenant des Orcs, avec le leader des aliens dans Bad Taste. Joli clin d’œil égocentrique. Après, on ne sait pas trop ce qui s’est passé, mais Peter Jackson semble avoir perdu la superbe qui caractérisait sa réalisation dans les Deux Tours, cédant un peu trop facilement à la débauche d’effets spéciaux et aux batailles immenses. Délaissant l’intimisme et la quête de soi qui faisaient du Seigneur des Anneaux bien plus qu’une épopée fantastique, le Retour du Roi semble un peu en retrait par rapport aux deux films précédents, certes plus abouti que la Communauté de l’Anneau mais moins que les Deux Tours, plombé de surcroît par une dernière demi-heure longue et bavarde, en comparaison de l’heure de bataille en Terre du Milieu réellement titanesque et dense (avec oliphants, pirates, armée de morts, bras droit de Sauron et nazguls à profusion).

Côté acteurs aussi, une petite baisse de tension, et un crime impardonnable : la suppression pure et simple de Saroumane du récit, geste qui ne plu d’ailleurs pas du tout à Christopher Lee. Reste Andy Serkis, toujours aussi bon, et Viggo Mortensen comme à son habitude. Elijah Wood frôle le même degré de qualité que dans la Communauté de l’Anneau, notamment sur la fin, mais on regrette les bons mots trop rares cette fois de John Rhys-Davies et de sa compétition avec Orlando Bloom. Regrets aussi de n’avoir pas beaucoup droit à Hugo Weaving une fois encore, tandis que le roi fou fait plus rire qu’autre chose.

Mais les faits sont là : le Retour du Roi était l’apothéose de la trilogie : 1408% de bénéfice pour New Line, pulvérisation du record de box-office pour le week-end d’ouverture (250 millions de dollars), deuxième film de l’Histoire à dépasser la barre du milliard de recettes après Titanic, et il empocha les 11 Oscars pour lesquels il concourait, la trilogie devenant ainsi la plus nominée de l’Histoire des Oscars avec 30 nominations (Le Parrain en affichant 28 et la saga Star Wars 21). Une réussite totale donc, et pourtant pas autant qu’elle aurait pu l’être au niveau artistique. Avec une mégalomanie moins poussée qui consista à refaire un cinquième du film (pour le rendre plus « immense ») et sans doute un appât du gain moins prononcé, agrémenté d’une vision plus maîtrisée comme celle des Deux Tours, le Retour du Roi aurait pu atteindre les sommets, d’autant qu’il repoussait encore les limites posées par son prédécesseur. Un bon film au demeurant, mais un gâchis quand on imagine ce qu’il aurait pu être.

Note : ***

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20 janvier 2006

King Kong

king_kong__2005_02Sans doutes le plus célèbre des remakes du plus célèbre film fantastique, j’ai nommé King Kong.

Passons les détails voulez-vous, car qui ne connaît pas le mythe de Kong, de cette jeune actrice ingénue et innocente au prise de ce monstre dont elle tombe amoureuse, la capture, l’Empire State Building, les avions, la parabole sur la société actuelle, la Belle et la Bête

Alors, qu’attendre de cet énième version ? Ben pas grand-chose…

Bon, évidemment, avec Peter Jackson, pas de soucis à se faire point de vue effets spéciaux et action. On a même droit le plus souvent à une belle direction d’acteur et à une histoire avec du fond, sans oublier une petite touche personnelle au travail. Difficile ici… Et pourtant réussi.

Enfin, partiellement ! Voyons d’abord où ça coince.

Il y a tout d’abord le rythme du film. King Kong premier du nom a réussi à rester éternel notamment grâce à son rythme endiablé, réglé à la seconde près donc sans répit. Le film se déroulait vite, ne perdait aucun temps sans pour autant sacrifier son histoire. Ici, Peter Jackson veut faire un remake du Seigneur des Anneaux, lequel supposait un départ en lenteur histoire de présenter l’univers complexe de Tolkien aux spectateurs. Oui sauf qu’ici, inutile de rester des heures à présenter quelques personnages et une histoire que tout le monde connaît. On regrette donc d’attendre près de 1h20 avant de voir l’équipe de tournage arriver à Skull Island. Et puis voilà que les choses s’accélèrent : les autochtones sont loin d’être gentil, le rituel ressemble à un sacrifice d’une secte, y a plein de petites bêtes qui rôdent partout, même des grosses parfois, le vilain Kong n’est en fait qu’un mâle en mal d’amour… Puis retour au calme avant une nouvelle tempête et la mort de Kong. Pendant 1h30, on vient d’assister à du cinéma, du vrai, de l’aventure comme l’on vécu les spectateurs de 1933… Sauf qu’eux ne se payait pas trois heures de film dont une première moitié bavarde et longuette…

On regrettera aussi le manque en profondeur accordé au personnage de Jamie Bell, qui sous des airs très intéressants n’est finalement que peu exploité.

Enfin, et ce n’est pas le moindre mal, on regrettera la pression économique de Jackson, contraint de faire de son King Kong un objet commercial avant tout. La solution aurait sans doute été de le reconnaître et de jouer avec ça, mais Jackson préfère se défendre en prétextant un film à consonance philosophique, sorte de voyage intérieur initiatique vers son Moi et son rapport avec la nature, le Monde… Le réalisateur utilise pour ça le roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres, poussant même le vice à nous donner un cours de littérature en clamant bien fort que ce livre n’est pas un livre d’aventure… Soit, King Kong n’est pas un film d’aventure, mais pourquoi donc une action titanesque toutes les secondes et un montage au couteau qui fait oublier une introduction en profondeur et un final romanesque ? Si Jackson parvenait de temps à autre dans le Seigneur des Anneaux à mélanger introspection et grand spectacle, il n’y parvient quasiment pas cette fois.

Enfin, ce King Kong n’est pourtant pas dénué d’intérêt, loin de là.

Il y a tout d’abord les acteurs, dont le splendide duo Naomi Watts - Adrien Brody, charismatiques et talentueux à souhait. Sans oublier le très bon Jamie Bell, qui abandonne ces basques de Billy Elliot pour jouer dans la cour des grands. Et comment oublier… Kong ! Andy Serkis, qui joue également le rôle du cuistot un peu crade, qui a passé plusieurs semaines à étudier les gorilles dans leur habitat naturel en Afrique pour s’imprégner de leurs mouvements et de leur comportement : résultat, une performance qui mériterait largement un Oscar.

Et puis y la déco aussi qui en jette, ces splendides paysages et autres décors qui n’ont absolument rien à envier à ceux de l’original. Nouvelle-Zélande, terre de nombreux films à venir si vous voulez mon avis.

Mais ce n’est pas là le plus important. Car le véritable summum du film, ce n’est pas tant sa réalisation, impeccable, ou ses acteurs magnifiques ; non, c’est le travail accompli sur la relation bête – humain. Sans trahir l’œuvre originale (un bien ou un mal, difficile de se prononcer…), Peter Jackson montre son véritable intérêt du film de 1933 : l’amour impossible entre le singe et la femme, entre le monde sauvage et le civilisé, la nature contre l’humanité… En commençant par une relation brutale, Jackson dévie peu à peu vers une relation amicale, où Naomi Watts finit par faire ce qu’elle peut pour divertir Kong. On en arrive finalement à une notion de respect puis d’amour (un squelette immense sous-entendrait-il que Kong est veuf ?) à tel point que Ann Darrow pleure bien plus la capture de Kong que les retrouvailles avec Jack Driscroll… C’est cette relation ambiguë, presque fantasme malsain mais finalement rêve de retour ux sources qui est la véritable force du film. A titre de comparaison, les plus belles scènes de King Kong 2005 ne sont sûrement pas celles, particulièrement réussies, d’actions (que ce soit l fuite des diplodocus ou la lutte entre Kong et les T-Rex) mais bien celles, tout en silence et regards (dont celui de Kong est particulièrement incroyable de réalisme) de l’amour naissant entre Ann Darrow et le singe géant… A tel point que Kong devient humain, comme dans la version d’origine (et ce qui manquait cruellement à son remake de John Guillermin) mais là où Jackson fait fort, c’est qu’en utilisant au maximum les capacités numériques et en rendant son singe humain, sa mort nous en est encore plus douloureuse. Une petite facilité face à la version de 1933 qui ne possédait pas une telle technologie, mais une telle poésie dans une relation ça ne se contrôle pas uniquement avec un pc mais bien une âme d’artiste comme Jackson en possède…

Un remake qui est bien loin d’égaler l’original donc, mais pouvait-on espérer le contraire ? Reste pourtant quelques jolie scènes, une démonstration de savoir-faire technique d’un cinéaste qui réalise son rêve de gosse ; dommage que le rêve avait de telles contraintes économiques, ça lui colle du plomb dans l’aile…

Note : ***

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