Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

06 octobre 2007

Les sentiers de la gloire (Paths of Glory)

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Les films sur la Première Guerre Mondiale sont assez rares pour être signalés ; les films de Kubrick sont si riches qu’ils méritent que l’on s’y attarde : voilà pourquoi nous allons parler brièvement de ses Sentiers de la gloire, où les débuts de sa renommée.

Après trois échecs commerciaux (Fear and Desire, Killer’s kiss et The Killing) dont le dernier a cependant été acclamé par les critiques, Kubrick se verrait bien réaliser un nouveau film sur la guerre, d’où l’envie de raconter cette histoire de Poilus fusillés « pour l’exemple ». Le cinéaste se met donc à écrire son scénario sans perdre de temps, de nuit qui plus est puisqu’en journée il écrit l’adaptation de Brûlant secret de Stephan Zweig, pour la MGM. Cette dernière, découvrant que Kubrick travaillait sur un scénario non officiel, le renvoya, ce qui permettait enfin à Kubrick d’être indépendant et de se concentrer pleinement sur Les sentiers de la gloire. Pour des raisons financières, Kubrick envisagea d’abord un happy end, mais se fiant à son instinct (et aux conseils de ses collaborateurs) il décida de garder la fin pessimiste du livre initial écrit par Humphrey Cobb. Les auteurs voyaient alors bien Richard Burton ou James Mason dans le rôle du Colonel Dax. Pour tenter d’attirer l’attention des studios, Kubrick et Harris n’hésitèrent pas à louer des costumes militaires, à photographier des hommes les portant et à coller les images en couverture de chaque copie de scénario. Kirk Douglas est finalement approché, mais est trop occupé à Broadway pour accepter ; Gregory Peck lui est sur un autre projet. Finalement, les deux acteurs se libèrent et c’est Douglas qui emporte le morceau, parvenant à offrir 350 000 dollars de budget : l’acteur menaça en effet la United Artists de ne pas faire Les Vikings, succès assuré, si les studios n’investissaient pas dans le film de Kubrick.

Le tournage peut donc commencer : ironie du sort, pour raconter cette histoire de Français Kubrick se déplace en Allemagne, où il obtient le terrain d’un fermier que l’équipe retravaille pendant des semaines avant d’obtenir le décor parfait d’un champ de bataille. Parallèlement, Erwin Lange, le responsable des effets spéciaux, passe devant une commission du gouvernement allemand avant d’obtenir les explosifs nécessaires au film ; plus d’une tonne fut ainsi utilisée rien que pendant la première semaine. Perfectionniste, Kubrick va jusqu’à recommencer 68 fois la scène du « dernier repas des condamnés », ce qui coûte un nouveau canard rôti à chaque fois. Perfectionniste mais s’autorisant des extras avec la réalité : soucieux de l’aspect technique de son film, Kubrick n’hésite pas à élargir les tranchées de deux pieds (+/- 60 centimètres) pour permettre à sa caméra de faire ses fameux travellings, ce qui fait passer la taille de la tranchée de 1 mètre 20 (taille réelle) à 1 mètre 80.

Accueilli en grandes pompes par les critiques américaines (mais le public boudera une fois de plus le film), le film provoque un scandale à sa première en Belgique : les anciens combattants se sentent offensés, la France interdit officieusement la diffusion du film jusqu’en 1975 (cela portait atteinte à leur honneur et à l’armée), la Suisse suit le mouvement tout comme l’Allemagne qui ne veut pas détériorer ses relations avec la France, et l’Espagne de Franco rejette ce film antimilitaire jusqu’en 1986 (soit 11 ans après la mort de Franco quand même…).

Il est vrai que Kubrick n’y va pas de main morte avec les stéréotypes : les Français sont ainsi dépeints comme des arrivistes pour la plupart, les officiers vivant dans des châteaux où se tiennent de succulents repas et de somptueux bals tandis que le soldat lui souffre dans les tranchées… Il y a du vrai, mais cela méritait-il d’être aussi appuyés pour être efficace ? Sans doute, car à l’époque les gens étaient moins conscients de l’horreur de la guerre qu’à l’heure actuelle, tentant d’oublier celle de 40-45. Passé ce défaut, la mise en scène de Kubrick se révèle vite très intéressante pour un jeune homme de 28 ans : maîtrise totale de l’espace (de nombreux plans symétriques) et des mouvements de caméra (dont le fameux travelling compensé, sa marque de fabrique, trouve ici toute sa puissance et son sens), sens de la métaphore (le carrelage en damier du procès fait écho à un jeu d’échec, tandis que les déplacements des deux généraux au début du film font penser à un combat de félins) et déjà une direction d’acteur exceptionnelle. Si jeune, Kubrick trouve déjà sa voie, son style, et surtout prouve qu’il a une maturité cinématographique peu commune et une avance sur son temps considérable (peu de films de guerre sont aussi clairement antimilitaires à l’époque). Il y a également dans ce final optimiste, vestige du happy end que désirait initialement Kubrick, une dose d’amertume conforme à l’esprit du film, qui ne trahit pas le côté dénonciateur du film et confirme que Kubrick n’avait rien d’un pessimiste.

Dans le rôle du Colonel Dax, Kirk Douglas excelle, fort et idéaliste comme toutes les grandes stars de l’époque, mais aussi avec ses faiblesses comme cette crainte de ses supérieurs au début du film : bref, un personnage humain. C’est pourtant dans les seconds rôles qu’il faut aller chercher le meilleur, d’Adolphe Menjou à Timothy Carey en passant surtout par Georges MacReady et Ralph Meeker, d’une justesse infaillible.

Considéré comme le premier chef-d’œuvre de Kubrick, Les sentiers de la gloire relève autant de la réussite formelle que de l’audace scénaristique, osant aborder un sujet délicat de manière crue et directe. Les quelques digressions du film, sans doutes dues au jeune âge du cinéaste, n’enlèvent rien à la puissance du film, qui reste encore aujourd’hui d’une étonnante modernité.

Note : *****

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01 août 2007

L'ultime razzia (The killing)

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La majorité des gens sont capables de citer les films de Kubrick à partir des années 60, de sa révélation au monde avec un certain péplum et la confirmation de son génie outrancier et provocateur avec ses films suivants. Pourtant, il a bien été obligé de débuter comme tout le monde, et parmi ses débuts L’ultime razzia, son troisième film, annonçait déjà de nombreux éléments qui seraient récurrents chez Kubrick.

Fort de ses deux échecs précédents (il considérait Fear and Desire si mauvais qu’il en arrêta la distribution, et Killer’s kiss faillit connaître le même sort) dont il avait soigneusement analysé chaque erreur pour ne plus la commettre, Kubrick voulait révéler tout son talent au monde avec son nouveau film. Tout d’abord il n’écrit plus de scénario original mais modifie un support déjà existant (avec de la chance : Frank Sinatra avait en effet des vues sur le roman de Lionel White avant que Kubrick n’en acquiert les droits). Ensuite, il traite un sujet (en l’occurrence, plus un genre de cinéma) à la mode pour attirer le public. Il s’entoure enfin d’un casting de choix, pour la plupart des acteurs méconnus plus faciles à gérer mais quand même une tête d’affiche pour s’assurer un minimum de rentabilité.

Le tournage n’est pas de tout repos : entre Kubrick et son directeur photo règne une ambiance tendue car ils ne sont pas d’accord sur les lumières et le cadrage. Une anecdote veut que le directeur photo essaya de mentir à Kubrick concernant le choix d’un objectif, mais celui-ci ne fut pas dupe et menaça de renvoyer son opérateur s’il recommençait. Le budget du film atteignit 320 000 dollars ce qui était peu pour un film même à l’époque, d’autant que 40 000 allèrent dans la poche de Sterling Hayden, Kubrick n’étant pas payé en tant que réalisateur. Enfin, après 24 jours de tournage, le montage subit maintes manipulations avant d’arriver à sa forme finale. Le seul élément que Kubrick reprocha devait devenir quelques années plus tard sa marque de fabrique : une narration en voix-off qui lui avait été imposé par les studios et qui faussait tout le film selon lui – l’argument étant qu’elle étouffait l’émotion…

A sa sortie, le film, comparé à Little Caesar tant il est réussi, est un échec. Kubrick posait pourtant déjà les bases de ce qui allait être son style : une caméra fréquemment en mouvement, un sens de la métaphore visuelle, un montage se moquant du temps et surtout une photographie soignée pour des personnages condamnés dès le départ à perdre. Le style atteindra son apogée au film suivant, Les sentiers de la gloire, mais déjà ici Kubrick fait preuve d’un savoir-faire énorme pour un jeune homme de 28 ans.

On a souvent comparer le casse à un tournage de Kubrick : réglé à la seconde près mais pas à l’abri d’un ennui, même le plus insignifiant qui pourrait avoir des conséquences dramatiques. Au fil du temps il est vrai, le récit vient nous fasciner car il semble parfait. Dans le scénario, seul quelques stéréotypes à la vie dure apparaissent, mais Kubrick sait déjà en tirer profit : la femme fatale, le mari cocu mais amoureux, le criminel sur le retour, son meilleur ami prêt à tout pour lui… En parlant de ce meilleur ami, Kubrick s’intéresse déjà à l’homosexualité latente, qui sera de retour dans Spartacus ou Barry Lyndon.

Les acteurs sont tous très biens, bien mieux que dans Killer’s Kiss mais nous ne sommes pas encore tout à fait au top. Manque de crédibilité du jeune cinéaste sans doute, qui se laisse dominer par des acteurs plus âgés. Sterling Hayden reste en tout cas efficace même si moins marquant que dans Dr Folamour quelques années plus tard.

On regrette néanmoins que le cinéaste ne possède pas les moyens financiers pour supporter certaines de ses idées, et son manque d’expérience pour un récit de ce genre qui aurait pu être largement développé par le même Kubrick avec quelques années en plus. En dépit, The Killing est un excellent moment de film noir, peut-être souffrant d’un manque de lyrisme pour atteindre les sommets. Tant pis, c’est déjà bien comme ça.

Note : ***

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27 avril 2007

Shining (The Shining)

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Parfois les films commerciaux sont de bons tremplins à ses thèmes, voire un exutoire quant à ses propres problèmes. Ce fut un peu le cas pour Kubrick et son adaptation de Shining.

Après avoir cherché un bon sujet pendant deux ans, Kubrick découvre finalement l’œuvre de Stephen King, qui lui permet, comme il aime, d’insérer ses propres idées dans une histoire préétablie (comme ici le labyrinthe comme lieu de dénouement, alors que dans le livre l’hôtel prend feu). Il faut dire qu’avec cette histoire, Kubrick voit une approche originale et paranormale de la création artistique et de la décomposition de la cellule familiale…

Il obtient donc les droits et sans trop travailler avec King commence son tournage qui va durer plus d’un an. D’entrée de jeu, Kubrick projette Eraserhead à son équipe, pour montrer dans quel sens il veut que le film aille. Et il préviens d’emblée qu’il veut réaliser un tournage linéaire, autrement dit respecter l’ordre des scènes dans le scénario, ce qui va grandement compliquer le tournage. Pour ceux qui en doutaient, le mythe de la perfection refait vite surface : Kubrick multiplie les prises (127 fois une scène de Shelley Duvall, 120 fois celle de l’illumination de Scatman Crothers, 40 fois celle où il se fait tuer par Jack Torrance, près d’un an pour obtenir l’ouverture de l’ascenseur rempli de sang exactement comme il le voulait…), il utilise de vieux effets pour obtenir le plan qu’il désire (la scène où Dany croise les deux fillettes dans le couloir fut tournée en deux fois : Danny seul et les fillettes seules. En surimpression, les fillettes ressortent légèrement de l’image de la sorte, leur donnant un aspect plus fantomatique), il va même jusqu’à taper lui même les centaines de feuilles que découvre Wendy dans le bureau de Jack avec la célèbre phrase « All work and no play makes Jack a dull boy » (il en existe des versions en anglais, allemand, espagnol et français !).

Mais Kubrick reste attentionné à tout, surtout ses acteurs : compte tenu de son âge et de sa première expérience cinématographique, Danny Lloyd devient le protégé du cinéaste, si bien que l’enfant n’apprendra des années plus tard que Shining était un film d’horreur ! Inversement, Shelley Duvall n’a pas eu cette chance, Kubrick la poussant continuellement à bout pour avoir le meilleur résultat possible. Et bien qu’il se plaignait des changements quotidiens de scénario, Jack Nicholson eut une grande liberté d’improvisation : ainsi, l’idée de la balle qu’il lance quand il s’ennuie est de l’acteur, tout comme la célèbre réplique « Here’s Johnny ! » que Nicholson a simplement imité d’une émission de télévision américaine, le Tonight Show Starring Johnny Carson. L’avantage avec tout ça, c’est que Kubrick a pu obtenir de bonnes interprétations, à l’exception près que Shelley Duvall n’est pas crédible la plupart du temps et que Nicholson part un peu trop en roue libre par moment… Pour une fois, Kubrick le grand directeur d’acteur n’a pas réussi son coup.

Peut-être surveillait-il trop l’aspect technique de son film ? Il faut dire que, fidèle à sa réputation, Kubrick voulait employer les dernières technologies possibles. En l’occurrence, c’est la steadycam qu’il a rentabilisé, qui lui permettait de créer des séquences inoubliables à l’instar de ces tours en tricycle de Danny dans l’hôtel. Il s’amuse aussi à nager à contre-courant du genre, en filmant l’horreur non pas dans les ténèbres mais dans les lumières de l’hôtel et la neige immaculée. Enfin, il filme en ratio 1:37, format projeté en 1:33 à la télévision mais en 1:85 au cinéma : plus clairement, l’avantage de filmer en 1:37 c’est que le haut et le bas de l’écran sont masqués au cinéma, ce qui donne l’aspect « widescreen », mais ne le sont plus pour les formats télévisuels et vidéos. Est-ce pour tout cela que Kubrick a baissé son attention sur des détails comme l’ombre d’un hélicoptère dans le champ ou des erreurs de raccords flagrantes ? Etonnant de la part d’un cinéaste dont on clamait le perfectionnisme comme étant inégalable…

D’un point de vue psychologique, l’horreur provient surtout des décors, de la musique et de la dégradation progressive de Jack. L’hôtel, immense et vide, nous donne un sentiment de claustrophobie, et d’apprendre que des êtres surnaturels sont là ne nous aide pas à nous relaxer… Kubrick joue également avec le son tant avec les musiques angoissantes (dont une partie signée Ligeti, qui avait déjà composé la b.o. de 2001 : l’odyssée de l’espace) mais aussi avec ces silences lourds, quand un bruit anodin ne vient pas nous troubler (le bruit du tricycle par exemple). Enfin, on a beau savoir que tout se passe dans la tête de Jack (pour preuve, chaque fois qu’un fantôme lui apparaît, c’est devant un miroir ; n’est-ce donc pas le reflet de ses pensées que nous voyions ?) on est quand même pas rassuré avec le temps qui passe. Et les fans du cinéaste savent à quel point le film tenait du personnel pour Kubrick. « Vous savez, faire un film revient à s’isoler, à ne plus voir ce qui nous est proche. Cela vous prend tout entier, vous possède, vous réclame, et il est difficile d’y échapper. A un moment ou à un autre, on se demande si l’on ne devient pas fou, commandé par des forces invisibles. Faire un film impose une totale abnégation de soi, une complète disponibilité, et c’est la raison qui me pousse à m’enfermer, à m’isoler du monde extérieur. Dès qu’on devient imperméable à ce qui nous entoure, on ne reçoit plus la réalité en face, on bascule vers ces choses indéfinissables qu’on appelle la créativité. Dans ce sens, oui, je suis assez proche de Jack. »

Elu 9ème film le plus effrayant de tous les temps par Entertainment Weekly, Shining est bien plus qu’un film d’horreur, comme il fut péjorativement considéré à sa sortie ; il vient s’installer dans l’œuvre de Kubrick avec une totale adéquation de ses thèmes, de son style et, mieux encore, il est probablement l’un de es films les plus personnels quant à sa réflexion sur la vie et sur la mort. En un mot : chef-d’œuvre.

Note : ****

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15 février 2007

Barry Lyndon

barry_lyndon_affTout le monde connaît la légende de Kubrick et de son adaptation de la vie de Napoléon, ces trente années de préparation, ces 18 000 documents réunis… Hélas, le cinéaste ne pu jamais concrétisé ce qui aurait pu être son plus grand film. En dépit, il n’abandonnait pas l’idée de faire un film historique comme jamais auparavant. Ainsi naquit Barry Lyndon.

Fasciné par l’époque des Lumières, Kubrick opte assez vite pour l’adaptation d’une série écrite par William Makepeace Thackeray écrite en 1844. La fidélité à la reconstitution historique est donc sincère, et Kubrick se doit de faire de même dans sa réalisation. Tout d’abord, il désire que les costumes soient le plus authentique possible ; il envoie donc ainsi ses costumières à travers le monde pour acheter des costumes d’époque dans des ventes aux enchères. Il se met à écouter toute la musique du 18ème siècle, reprend à son compte les extérieurs utilisés par Ken Russel dans son film historique et analyse les peintures de l’époque, plus particulièrement Gainsborough. Le cinéaste se prend également l’envie de réaliser l’impossible : offrir un film qui n’a jamais été plus abouti sur le plan de la photographie auparavant. Comment ? En misant tout sur la lumière naturelle, bien plus efficace que l’artificielle qui fait perdre de sa superbe aux décors d’antan. Pour réaliser cette prouesse, Kubrick a cherché un objectif particulier dans le monde entier, et ce n’est qu’après plusieurs mois de recherche qu’il finit par en trouver un appartenant à la NASA avec une ouverture de diaphragme de 0,7 (50 mm. Zeiss, F 0.7). Il doit alors sacrifier la caméra Mitchell qu’il a achetée pour le tournage d'Orange mécanique afin de pouvoir y fixer cet objectif ; la mise au point de l’objectif prendra trois mois…

Bien qu’il y soit considéré comme un dieu, Stanley Kubrick n’a pas tous les pouvoirs chez Warner Bros. Ceux-ci acceptent de financer le film, bien plus casse-gueule qu’Orange Mécanique, à condition que Kubrick choisissent un acteur repris dans le Top 10 Box Office Star (sorte de grille où l’on classe les acteurs les plus bankables du moment). Qui convienne au film, il n’en sort que deux : Robert Redford, qui décline le rôle, et Ryan O’Neal, fort du succès de Love Story et qui trouvait là sa seule occasion de figurer dans ce Top 10… Enfin prêt, Kubrick se lance dans l’aventure qui va durer 300 jours de tournage, deux arrêts importants, une augmentation de budget de 11 millions de dollars, des menaces de mort de l’IRA et le remplacement d’un acteur viré par Hardy Krüger. Pour un résultat optimal, Kubrick copie Sergio Leone et diffuse de la musique tout au long du tournage pour manipuler plus facilement les émotions de ses acteurs (Leone avait fait de même pour Il était une fois dans l’Ouest). Perfectionniste, Kubrick élabore chaque plan pour qu’il soit parfait, et le montage est laborieux : il faudra 42 jours pour le duel entre Barry et Lord Bullingdon !

A sa sortie, le film est un échec, les critiques américains se ridiculisant en massacrant le film et les critiques européens ne sauvant que sa beauté plastique, n’hésitant pas à recourir au terme du « plus beau film jamais réalisé ». Cet échec ternit l’aura du maître auprès des studios, et une partie du public ne comprend pas comment Kubrick a pu réaliser un film aussi ennuyeux, 2001 : l’odyssée de l’espace n’étant pas tombé dans ce piège. Bien qu’il se rattrapât par la suite, Barry Lyndon allait être un tournant dans la carrière de Kubrick qui, une fois pour toute, allait opter pour un système de narration plus populaire comme Shining ou Full Metal Jacket, même si Eyes Wide Shut tentait de retrouver un peu du style ancien.

Toujours est-il que plus de 30 ans après sa sortie, Barry Lyndon mérite amplement d’être reconsidéré : souvent applaudi pour ses qualités esthétiques en oubliant le reste, ce film est pourtant une étape fondamentale dans l’exploration de l’univers kubrickien, en totale adéquation avec les films précédents et surtout Orange Mécanique.

Contrairement à la légende, le film a utilisé des lumières artificielles, même si dans l’ensemble ce sont bien les naturelles, et surtout ces fameuses bougies, qui furent employées. Bien que le rendu visuel soit incroyable, il y a une contrainte : vu la sensibilité du focus, les acteurs ne pouvaient pas trop bouger sur l’écran, de peur de devenir flous, ce qui rendait leurs jeux un peu statiques – l’une des nombreuses critiques du film. Métaphore du film : l'aspect esthétique brille de milliers d'éclats, d'une splendeur sans nom, comme pour illustrer le mode de vie de la bourgeoisie de l'époque : une classe sociale luxuriante, éclatante mais d'un manque évident de profondeur, ce qui n'est pas le cas de ce film ; à travers le destin tragique de cet arriviste de Redmond Barry, Kubrick critique ouvertement une société décadente, superficielle et morose, avec autant de finesse et de brio que ne l'a fait Oscar Wilde dans son Portrait de Dorian Gray. Mais à la différence de Wilde, Kubrick ne voit rien de passionnant à raconter, c'est pourquoi il opte pour un mode de narration lent, très lent, comme l'écoulement du temps pour la veuve Lyndon. Kubrick joue par ailleurs avec cette lenteur et une certaine froideur dans sa mise en scène pour empêcher le spectateur de prendre parti pour Barry, contrairement au personnage d’Alex dans Orange Mécanique. Enfin, il faut noter avec quelle intelligence Kubrick exploite le zoom pour donner une impression de peinture à ses plans, tout comme cela nous permet à nouveau de nous éloigner des personnages. Une distanciation enfin achevée par une voix-off qui étouffe l’émotion soit en expliquant ce que l’on voit à l’image soit en annonçant les événements à venir.

Pour rester à Orange Mécanique, deux anecdotes amusantes : la première consiste à reconnaître la Sarabande d’Haendel arrangée électroniquement lorsque Alex rentre chez lui au début du film ; l’autre est le nom d’un peintre qui fascine Barry et qui s’appelle… Ludovico Cardi. Autre chose : bien que le contraste (visuel, sonore et temporel) entre les deux films soit immense, il faut un rapport commun sur la notion de perte de liberté lorsque l’on plonge un individu dans un monde qui ne lui appartient pas. Autant Alex était perdu lorsqu’il passa de sa nature sauvage à la civilisation réductrice (le traitement), autant Barry se laisse emporter dans les tourbillons infernaux de la haute bourgeoisie, lui enfant de ferme… La déshumanisation, d’une manière ou d’une autre, au centre de l’œuvre du cinéaste, est à nouveau un point fort du film, tout comme la guerre.

On le sait, Kubrick a toujours méprisé la guerre comme il vouait une fascination improbable aux soldats. Ne disait-il pas déjà à l’époque des Sentiers de la gloire : « Le soldat est fascinant parce que toutes les circonstances qui l'entourent sont chargées d'une sorte d'hystérie. Malgré toute son horreur, la guerre est le drame à l'état pur car elle est l'une des rares situations où les hommes peuvent encore se lever et parler pour les principes qu'ils pensent leurs. Le criminel et le soldat ont au moins cette vertu d'être pour ou contre quelque chose dans un monde où tant de gens ont appris à accepter une grise nullité, à affecter une gamme mensongère de pose afin qu'on les juge normaux ? Il est difficile de dire qui est pris dans la plus vaste conspiration: le criminel, le soldat ou nous ». Présent dans la moitié de ses films, sous une forme ou l’autre, ce thème était l’apothéose de l’esprit nihiliste et autodestructeur des personnages kubrickiens, comme on peut l’observer ici où Barry, Irlandais d’origine, rejoint l’armée anglaise avant de déserter et de travailler pour l’armée prusse.

Si Kubrick rejetait la psychanalyse et Freud, il ne rejetait pas pour autant la psychologie fondamentale de l'homme qui devait expliquer non pas les causes des faits mais leurs conséquences : Kubrick démontre ainsi la destruction de la vie de Barry Lyndon dans la luxure et le jeu, destruction qu'il applique aussi à Lady Lyndon en lui enlevant son fils ; juste retour des choses, Barry reçoit sa propre destruction quand son fils meurt, souffrance bien plus grande que celle de Lady Lyndon dont le fils est lui en vie. Barry perd tout et espérant un salut honorable dans un duel, y perd plus que son honneur, sa santé physique et morale. Il mourra comme un pauvre, lui a qui tout avait souri durant une époque. L'éclatement interne d'une société corrompue et pervertie, voilà ce que Kubrick voulait sans doute mettre en image à travers Barry Lyndon, symbole de l'homme moderne qui se condamne lui-même à la mort cérébrale et émotionnelle en n'attachant de l'importance qu'à la superficialité des choses et en ne recherchant non pas le bonheur de la vie mais le bonheur du moment, à jamais éphémère.

Enfin, la performance de Ryan O’Neal est si impressionnante que c’est Kubrick qui en aura le mérite ; il faut dire que par après, l’acteur sera souvent insipide, mais ici il est d’une telle justesse, à la fois sensible et psychologique, tout en intériorisation, qu’il parvient à être présent tout au long du film sans nous agacer, ravissant la vedette à ses camarades dont la jolie et en l’occurrence mélancolique Marisa Berenson.

Une œuvre superbe, immense, aussi riche visuellement qu’intellectuellement, synthèse monumentale d’une époque, de ses mœurs et du cinéma de Kubrick, qui n’avait pourtant pas fini d’explorer son univers. Et pourtant, avec Barry Lyndon, le maître venait de frapper d’un coup qui laissera des marques éternellement dans le cinéma mondial…

Note : *****

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14 janvier 2007

Full Metal Jacket

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La guerre, un sujet important pour Stanley Kubrick, il l’a largement démontré. Il est d’ailleurs étonnant qu’il ait attendu 1987 (et une série de films) pour réaliser son chef-d’œuvre sur le conflit au Vietnam avec Full Metal Jacket.

Il faut dire qu’avant lui, de grands noms s’étaient déjà attardé sur le sujet avec brio. En tête : Coppola et son métaphysique Apocalypse Now, et Cimino et son psychodramatique Voyage au bout de l’enfer. Et malheureusement pour Kubrick, le côté réaliste de son film sera battu par le Platoon d’Oliver Stone, sorti quelques mois auparavant (ce qui n’empêcha pas le cinéaste d’aimer le film de Stone). Toujours est-il qu’après six ans de travail, Kubrick se lance dans son dernier film de guerre, et non des moindres puisqu’elle fut l’une des plus dramatiques d’un point de vue psychologique pour lui.

Adepte des technologies nouvelles, Kubrick fait son casting par vidéo interposée : les acteurs envoient leurs cassettes, et si le réalisateur est intéressé il les rencontre. Le cas de R. Lee Ermey, qui joue l’inoubliable sergent instructeur Hartman, est un peu particulier : ce dernier envoya une cassette pour le moins original, puisqu’il y passait son temps à hurler et à injurier durant 15 minutes. Intrigué, Kubrick accepta de le rencontrer, mais l’entretien ne fut pas à son goût et refusa Ermey. Ce dernier, jouant sa dernière carte, hurla à Kubrick de se lever, ce que fit le cinéaste instinctivement. Convaincu par l’acteur, Kubrick l’engagea mais lui confia en outre la supervision de nombreuses scènes de Paris Island, ainsi qu’une liberté d’improvisation rare (un gag veut que la première fois que Ermey hurla « and not even have the goddamned common courtesy to give him a reach-around » (traduisez par « ne pas avoir la courtoisie de lui enfiler un ‘préservatif’ »), Kubrick ne comprit pas le dialogue ; après qu’Ermey lui eut expliqué ce qu’était un « reach-around », Kubrick rigola et redemanda la même prise). En échange de tous ces avantages, et pour obtenir un effet maximal, Kubrick demanda à Ermey de ne jamais rencontrer les acteurs avant le tournage, ni de parler avec eux entre les prises. Kubrick n’était pas des plus téméraires de toute façon : il refusa de rencontrer Bill McKinney pour le rôle du sergent Hartman justement, ayant trop peur de se retrouver face à lui après sa performance dans Délivrance de John Boorman !

Le tournage fut, comme souvent chez Kubrick, interminable mais chargé de choses positives : l’opérateur Douglas Milsome innova la manière de filmer un combat avec un obturateur spécial sur sa caméra (effet repris dans Il faut sauver le soldat Ryan) ; Kubrick utilisa aussi une lentille spéciale pour les séances d’entraînements, laquelle ne se focalisait pas sur un seul acteur mais sur l’ensemble (Kubrick estimait que la notion de masse était importante à ce moment-là) ; Vincent D’Onofrio gagna près de 32 kilos pour son rôle, battant les 27 kilos de Robert de Niro pour Raging Bull ; enfin, Kubrick supprima de nombreuses scènes, dont une importante qui représentait un groupe de soldats jouant au football… avec une tête humaine !

Le secret pour faire un bon film de guerre est de ne pas trop parler de la guerre justement. Les plus grands l’ont montré : Coppola, Cimino, Stone et plus tard Malick et Spielberg. De toute façon, ce n’est pas la violence en elle-même qui intéresse Kubrick, mais ce qu’il peut en tirer comme hypothèse pour l’un de ses thèmes chéris : le dysfonctionnement humain. Quel formidable chose que le cerveau humain ! Le seul à offrir une conscience, et permettre de la sorte de trouver bien ou mal de tuer, et d’y trouver parfois du plaisir. Ce que Kubrick veut afficher ici, c’est le lavage de cerveau subit par les jeunes recrues et leur dualité (selon la théorie de Jung, comme le précise Guignol qui affiche l’inscription « Born to Kill » sur son casque et le symbole de paix sur sa veste). Pour ce faire, Kubrick use de tous les moyens à sa disposition : la musique en contraste avec les images (le plan d’ouverture sur le mélancolique Hello Vietnam de Johnny Wright), les répétitions de mouvements de caméra (travellings compensés, marque de fabrique de Kubrick), les décors comme représentation matérielle de l’état d’esprit du héros (le décor final, en ruine comme l’esprit de Guignol), etc. La progression de Leonard dans la folie est d’ailleurs une preuve de ce travail sur la santé mentale des recrues, ce dernier devenant une véritable machine à tuer après avoir été brimé.

Kubrick s’amuse aussi, sans perdre de vue le côté réaliste de la situation, à glisser des détails importants. Mickey Mouse par exemple : si en argot militaire GI, il symbolise quelqu’un de faible, petit et sensible, il fait aussi référence au côté enfantin, autrement dit innocent, qui sommeille en chacun de nous. Or comment quelqu’un d’innocent peut-il délibérément tuer un de ses semblables sous prétexte d’un conflit qui ne le concerne pas ? C’est l’une des innombrables questions que soulève le cinéaste, qui d’ailleurs ne prend jamais parti, la seule victime de son héros Guignol étant une militaire vietnamienne à l’agonie : courage ou pitié ?

Une fois encore, Kubrick signe un film antimilitaire puissant. Pas tant dans la forme, qui démontre l’ignominie d’une guerre comme celle-là, que dans le conditionnement : le sergent Hartman fait l’apologie de serial killers ou d’assassins comme Lee Harvey Oswald comme étant des tireurs d’élite, ce que sont appelés à être les Marines ; la vérité est étouffée dans des journaux bidons où l’information est celle que l’on décide, pas celle qui est réellement ; enfin, le respect des morts disparaît au profit de moments d’humour.

Dans le rôle titre, Matthew Modine est remarquable, ironique et angoissé, tenant la dragée haute à tous es autres camarades sauf deux : Vincent D’Onofrio et R. Lee Ermey. Je ne m’attarderai pas trop sur leurs prestations, leurs qualités étant citées plus haut, mais ne pas reconnaître que ce sont eux deux qui laissent un souvenir inoubliable aux spectateurs serait un scandale pur et simple : sur une seule moitié de film, ils écrasent tout le monde.

Enfin, petit salut à la b.o. démente, mélangeant les musiques d’ambiance comme Kubrick les aime avec musiques pop d’époque, de These boots are made for walking à Wooly Bully, sans oublier le rythmé Surfin bird utilisé à merveille pour une scène de combat.

Un film qui n’eut qu’un succès d’estime à sa sortie, et encore, malgré une technique incroyable, un scénario en or et des interprètes remarquables, et qu’il convient de reconsidérer grandement 20 ans plus tard : Full Metal Jacket est l’un des meilleurs films de guerre jamais réalisé. Et je le pense et dis en toute objectivité.

Note : *****

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09 juillet 2005

Stanley Kubrick

kubrick21Je n'aurais certainement jamais songé à devenir réalisateur avant de connaître les films de Mr K, je peux même dire que c'est Barry Lyndon qui m'a montré le véritable rôle du metteur en scène...
Mais d'abord un peu d'historique : né aux USA en 1928, Stanley Kubrick est ambigu dès son jeune âge : considéré comme un surdoué ses notes scolaires sont très basses. Pour se défendre quand on lui demande pourquoi il ne fait pas ses devoirs, il rétorque "parce que cela ne m'intéresse pas...". Son père, désespéré, veut voir son fils s'intéresser à une passion, c'est pourquoi il l'initie aux échecs. Pour ses 13 ans, son père lui offre l'élément fondateur de la future ve de Kubrick : un appareil photo.
La consécration, Kubrick la connaitra vers ses 17 ans, quand il vendra au magazine Look la "photo de la décennie" : un libraire pleurant la mort du Président de l'époque. Photographe officiel du magazine, Kubrick passe ses soirées à aller au cinéma. La passion grandit de plus en plus, Kubrick commence à étudier les styles des cinéastes. Il se forçait même à voir des navets "pour me rassurer en me disant que je ne ferai jamais de film aussi mauvais!". Kubrick débute alors dans le court-métrage : Day of the fight, Flying Padre, World Assembly of Youth et The Seafarers.
Mais Kubrick veut plus : il veut faire un long-métrage! C'est pourquoi avec un ami il trouve des fonds (surtout personnels ou emprunts à la famille) pour réalisé Fear and Desire. Selon le Kubrick, le film était très mauvais. Si mauvais qu'il le retire lui-même de l'exploitation. Kubrick revisionne son film pour y noter toutes les erreurs, afin de ne jamais les recommencer. Il sort alors Killer's Kiss, qui malgré des moments intéressants est loin d'être un chef-d'oeuvre. Ce qui ne sera pas le cas de The Killing, sommet du film noir, où Kubrick démontre un véritable savoir-faire tant au point de vue technique que narratif. Mais le succès n'est toujours pas au rendez-vous. Avec son film suivant, Les sentiers de la gloire, Kubrick confirme deux choses : c'est un génie et un provocateur! Le film sera interdit pendant 20 ans en France, pour cause d'anti-militarisme. La reconnaissance arrive, mais très doucement...
Heureusement, Kirk Douglas lui propose de remplacer Anthony Mann sur le tournage de Spartacus, un péplum. Kubrick s'accapare totalement le film, le remanie à sa sauce et en fait un véritable chef-d'oeuvre en marge de toutes les productions de ce genre. Spartacus sera un succès, comme le film suivant Lolita, qui fut encore plus controversé que les précédents films de Kubrick. Mais le public suit, et la critique s'incline ; le génie Kubrick est enfin sorti de l'ombre...
Kubrick s'attache alors à un projet particulier : une féroce satire de la menace nucléaire et de la guerre froide. Les vedettes : Georges C. Scott et Peter Sellers y jouant 3 rôles ; le titre : Dr Folamour (en v.o. : Dr Strangelove or how I learned to stop worrying and love the bomb). Le succès : immédiat, tant critique que public. Kubrick, avec l'aide d'une scène mémorable où le pilote de l'avion de chasse chevauche la bombe tombant sur Moscou, vient de rentrer dans la légende...
Et de légende il sera encore question avec son nouveau film, le désormais mythique 2001 : l'odyssée de l'espace. Le film coutera un budget colossal, sollicitera l'aide de nombreux scientifiques de la NASA, dévellopera des effets spéciaux inédits (et jamais égalés) et donnera ses lettres de noblesse à la science-fiction. Mais Kubrick, c'est aussi le roi de la provoc', et il le démontre avec son film suivant, le plus connu et sans doute le meilleur de sa carrière, Orange Mécanique. Récompenses et glorifications, attaques en tout genre, le film séduit autant qu'il ne divise : les connaisseurs y voient une oeuvre magistrale sur l'avenir de la condition humaine et de sa liberté, un monument du cinéma qui deviendra forcément culte ; les détracteurs (les puritains et autres gens de paroisses donc) y verront une débauche de sexe et de violence jusqu'alors inédite. Peu importe, le public en raffole. Kubrick s'attelle alors à une dure tache, qu'il réussira : faire un film de costumes. Hélas, semi-échec : si Barry Lyndon est le plus beau film jamais réalisé (avec une caméra spécialement construite pour le film par la NASA de nouveau), il semble long et plat par beaucoup. Le public ne suit pas ce si merveilleux spectacle de lumière et de musique...
Kubrick est donc en descente. Il doit donc se refaire une réputation auprès du public, et sort donc l'adaptation de Shining avec un inoubliable Jack Nicholson en psychopate. Malgré de grands moments, le film déçoit les critiques mais ravit le public. Meme chose pour sa vision du Vietnam, à savoir Full Metal Jacket, qui face à Platoon connait un succès d'estime bien moindre.
Ensuite, c'est 12 ans de silence... De 1987 à 1999, les projets fusent mais Kubrick les rejettent tous. Et puis, après 3 ans de tournage, Mr K sort ce qui sera selon lui son meilleur film, le plus mûr sur un plan psychologique, Eyes Wide Shut, ou les déboires du couple Cruise-Kidman. Semi-succès, que Kubrick ne connaitra pas puisqu'il mourra le lendemain de la première projection du film, le 07 mars 1999.
On catalogue souvent Kubrick de cinéaste intellectuel et pessimiste, mais il n'en est rien : ses films furent de grands succès et Kubrick se disait lui-même optimiste. Si ses thèmes de prédilection était la lutte entre le bien et le mal, les conflits intérieurs de ses personnages, Kubrick leur trouvait toujours une excuse. Meme ses films sont optimistes : 2001 ne dit-il pas qu'à chaque homme correspond son étoile et Shining qu'il y a une vie après la mort?
Il fut également l'un des cinéastes les plus éccléctiques :
Fear and Desire : guerre fictive
Killer's Kiss : film noir
The Killing (L'ultime razzia) : film noir
Les sentiers de la gloire : guerre 14-18
Spartacus : péplum
Lolita : drame social
Dr Folamour : satire
2001 : l'odyssée de l'espace : space-opéra
Orange Mécanique : science-fiction d'anticipation
Barry Lyndon : film d'époque
Shining : thriller-horreur
Full Metal Jacket : guerre du Vietnam
Eyes Wide Shut : drame intimiste
Critiqué, applaudi, plébiscité, maudit, Kubrick connut tous les statuts que peuvent connaitre les cinéastes mais désormais, le monde entier est unanime : tout comme Kurosawa, Bergman, Truffaut, Fellini ou Chaplin, Kubrick était l'un des plus grands réalisateurs, le meilleur de son époque et l'un des plus grands de tous les temps...

Ma lettre d'amour à ce génie :

Stanley Kubrick... L'homme aux mille qualificatifs : excentrique, perfectionniste, mystérieux, fou, secret, mythique, dangereux, génie... Impossible de les citer tous... Moi je ne garde en tête que les meilleurs : perfectionniste, mystérieux, attentionné, chaleureux, génie, légende... J'ai découvert Barry Lyndon quand j'avais 12 ans, et si la longueur du film ainsi qu'un tempo volontairement lent m'avait tout d'abord dégoûté du film, je ne sais pourquoi, j'étais tombé amoureux de Kubrick... Je ne savais rien de lui, pour être honnête je ne savais presque rien du cinéma d'ailleurs. J'avais abandonné l'idée d'être acteur, et plus rien ne m'intéressait. Mais c soir de Novembre où j'ai découvert Barry Lyndon, allez savoir pourquoi, quelque chose a pris possession de mon âme, quelque chose m'est pénétré au plus profond de mon être et ne m'a plus jamais quitter. J'ai ensuite découvert Eyes Wide Shut, que je n'ai bien sûr pas compris tout de suite mais qui m'avait également séduit, de par ses images. Et puis ARTE m'a comblé en me faisant découvrir Killer's Kiss, The Killing, Les sentiers de la gloire, Lolita, 2001 : l'odyssée de l'espace et Orange Mécanique. Le documentaire Stanley Kubrick : a life in pictures m'a ouvert les yeux sur l'homme. Tous ses films m'ont plu, et Orange Mécanique fut mon plus grand choc cinématographique. J'avais 15 ans. Je me suis mis à lire, à visionner encore et encore films et documentaires, je me suis même essayer à analyser es films de l'immense Stan. Je ne peut y arriver, ses films étant bien trop parfaits pour moi. Depuis 6 ans, Kubrick hante mes rêves, m'a redonné la passion du cinéma, m'a donné l'envie de devenir cinéaste, me pousse à devenir moi aussi perfectionniste dans tout ce que j'entreprends. Quand j'écris ou que je tourne, une ombre plane sur moi, parfois je sens son souffle dans mon cou, et son esprit envahir mes idées. Je me dis que Stan n'aurait pas fait ça comme ça, ce genre de choses. Je me dis que plus jamais Kubrick ne me fera rêver, moi qui n'appris son existence que plusieurs mois après sa mort. Je me dis qu'il n'y aura plus personne pour me faire vibrer comme il me l'a fait, et me le fait toujours. Son oeuvre si courte et pourtant si immense son mes modèles, son génie le but que je me fixe, tout en étant convaincu que je ne l'égalerai jamais. Kubrick était le meilleur, et personne ne pourra jamais le surpasser. Eisenstein et Welles on établis les codes actuels du cinéma, Kubrick lui a reformater tous les genres qu'il a touché.
Voici ma déclaration d'amour à Stanley Kubrick.
Kubrick ne voulait qu'une chose, être lui-même et que l'on aime, autant lui que ses oeuvres. Il peut être sûr de là où il nous juge, nous pitoyables humains, il y aura toujours quelqu'un sur terre pour l'aimer et même des gens comme moi pour le vénérer...

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Eyes Wide Shut

eyes_shutLe dernier film de Kubrick, ou les ennuis d'un couple et de ses relations affectives. Le tout au titre métaphorique Eyes Wide Shut, film qu'il songeait déjà réaliser en 1969 après 2001 : l'odyssée de l'espace mais auquel il préferera Orange Mécanique.
Nous suivons donc ici les soucis de plumard d'un jeune couple, William et Alice, à moins que ce ne soit le couple Tom Cruise-Nicole Kidman. En effet, les analogies semblent plus que convaincantes dans cette recherche de plaisir et de bonheur sexuel.
Le tournage en lui-même est toute une histoire : il dura en effet près de 19 mois, et les acteurs Harvey Keitel et Jenifer Jason Leigh furent remplacés par Sydney Pollack et Marie Berenson. C'est d'ailleurs cette période qu'un homme aurait usurpé l'identité de Kubrick pour se faire inviter aux soirées mondaines (le sujet du film Colour me Kubrick qui sortira bientôt sur les écrans).
Extrêment psychologique, Eyes Wide Shut est l'un des films les plus visuel de Kubrick, celui jouant énormement sur les couleurs et leurs symboliques ; le rouge représente la tentation sexuelle, le jaune la trahison, le bleu du danger et de la peur et le violet, combinaison du bleu et du rouge. La photographie et le rythme lent du film évoquent quant à eux l'oeuvre de Michelangelo Antonioni (Blow-Up, L'avventua, La Nuit...).
Le 1er septembre 1999, après la première projection du film (et quelques jours avant sa mort), Kubrick déclarera que son film était "le meilleur d'un point de vue psychologique". Bien qu'il ne soit pas son meilleur film dans l'ensemble, il n'aura pas totalement tort selon moi...
Note : ****

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Orange Mécanique (A clockwork orange)

493001694D’un point de vue strictement personnel, le meilleur Stanley Kubrick et le meilleur film de tous les temps que cet Orange Mécanique !

Attention, rien qu’à l’affiche le ton est donné : « Suivez les aventures d’un jeune homme qui s’intéresse principalement au viol, à l’ultraviolence et à Beethoven ».

Adapté d’un roman déjà controversé d’Anthony Burgess, Orange Mécanique créa une polémique sans précédent dans l’histoire du cinéma, accusé (à tort la plupart du temps) des pires fléaux sociaux en Grande-Bretagne. Par exemple, plusieurs auteurs de faits divers ultraviolents déclarèrent avoir été inspirés par le film ; des bandes s’habillaient comme les droogs d’Alex, et une femme porta plainte pour viol en précisant que ses agresseurs hurlaient à la mort Singin in the rain. L’affaire pris tant d’ampleur que Kubrick fut directement menacé de mort. Inquiet, il força les distributeurs à retirer le film des affiches alors qu’il cartonnait depuis des mois. Aucun réalisateur ne pu jamais faire cela auparavant, preuve de l’importance de Kubrick sur le paysage cinématographique mondial – et auprès des financiers de l’époque. Entre 1974 et 2000, le film ne fut plus projeté en Grande-Bretagne… Pourtant, quand on analyse un petit peu le contexte historique, accuser Orange Mécanique était une facilité : pour rappel, nous sommes en 1971. La censure a fini son despotisme, et nombre de films parfois classés « X » voient le jour, tandis que d’autres prônent une libération des mœurs pour ne pas dire décrive une violence inédite à l’écran. Easy Rider, Macadam Cowboy, Les chiens de paille sont autant de films chocs à l’époque qui enragèrent les têtes soi-disant bien-pensantes.

orange_alex1

Ca c’était pour la petite histoire. Passons maintenant au film en lui-même.

Tout commence donc par cette musique synthétique annonçant sur fonds de couleurs criardes le générique. Radicalement, le visage sournois et malveillant d’Alex apparaît, nous fixant avec ses yeux perçant, comme s’il sondait notre âme. Son discours commence alors « Il y avait moi, c’est à dire Alex… ». Et voilà, le récit est défini : un film stylisé (la tenue d’Alex), un peu moralisateur quand à l’âme humaine et un récit en « je » qui permettra de nombreuses folies.

Commençons par le style. Il se retrouve à la fois dans le visuel et la réalisation, je m’explique. Dans le visuel, l’accent est mis sur un aspect un peu futuriste (le film étant quand même, à la base, de la science-fiction) avec une déco qui apparaît un peu kitsch aujourd’hui. Le look d’Alex et des droogs est pourtant très soigné (chapeaux, chemise et pantalon blancs, bretelles grises, coquille et Docs Martens) n’est pas sans rappeler celui des skinheads, symboles de violences raciales ou dans les stades de foot (bien qu’il ne faille pas confondre les « skinhead », jeunes au crâne rasé mais sans aucun penchant xénophobe ou raciste puisqu’ils sont très proches de la musique reggae, et les « boneheads », skinheads à tendance néo-nazie). Le look d’Alex en particulier est très soigné, véritable contraste ambulant, chaussures militaires et chapeau melon bourgeois, œil maquillé (symbolisant la civilisation) et l’autre non (symbolisant la nature originelle).

Au niveau de la réalisation, Kubrick fait à nouveau très attention à sa photographie, privilégiant des couleurs chaudes ou en rapport avec la scène (Orange Mécanique, la scène de la maison de l’écrivain ayant un teint orangé…). L’influence de l’expressionnisme se fait également sentir, dans ce besoin de créer la peur naturellement, avec notamment un jeu d’ombres important, comme dans cette scène du clochard au début du film. Et il va s’en dire que Kubrick a bien retenu les leçons de maître Eisenstein quant au montage, juxtaposant parfaitement images et sons, jouant même avec les plans fixes pour créer les mouvements (la sculpture des quatre Jésus qui dansent). Mais tout cela n’est qu’hommages et emprunts, Kubrick étant arrivé à un tel niveau de création qu’il en devient sa propre influence. Ainsi, la scène devenue légendaire voit Alex se balader dans un magasin de disques et s’arrêter à côté de la b.o. du film 2001 : l’odyssée de l’espace

orange_mecanique

Kubrick aime également jouer avec les contrastes : Alex, d’abord personnage méprisant, nous devient sympathique au fil de ses mésaventures ; barbare et immonde, c’est également un être raffiné appréciant l’art et en particulier Beethoven ; la violence est sans concession sur fond de musique classique (la première grande scène, celle du théâtre, contient quand même un rythme rapide tandis que la suivante, le long de la berge, est volontairement filmé au ralenti pour styliser, comme le fera John Woo plus tard dans ses films) ; etc.

Le scénario est sans conteste l’une des trois armes les plus fortes du film, les deux autres étant la réalisation de mister Kubrick et l’interprétation de Malcom McDowell. Tout commence par cette apologie du mal, en nous laissant spectateurs impuissants des ignominies d’Alex quant à ses agressions, ses viols… Mais justice est rendue, Alex tombe sous le glaive de la justice et se rend en prison pour homicide involontaire. Fin de l’histoire ? Certainement pas, Alex découvrant un nouveau procédé appelé Ludovico que personne ne semble vouloir tenter. Le but ? Rendre le pire des criminels docile et lui rendre sa liberté sans aucune appréhension. La faille, c’est qu’il s’agit surtout d’un lavage de cerveau. En effet, les médecins dégoûtent d’abord Alex de ses activités favorites, autrement dit le viol et l’ultraviolence. Cette séquence fait un peu écho au début du film, semblant signifier qu’Orange Mécanique n’est pas une apologie du mal mais un « remède » pour la dénoncer. Viennent ensuite les images d’endoctrinement, bien plus violentes moralement que physiquement, où l’on découvre Hitler en chef adulé. A sa manière, le nazisme était aussi un lavage de cerveau à son époque (et encore maintenant). Alex se retrouve donc libre légalement mais plus humainement. Lui le fléau de la société en est devenu la victime. Ce n’est que dans un final mythique et anarchiste à souhait que les choses redeviendront « normales ».

L’Homme a toujours été au centre de l’œuvre de Kubrick, et il trouve avec Orange Mécanique sa plus belle arme concernant le libre arbitre. Le message est le suivant : l’homme doit avoir la liberté de choisir entre le Bien et le Mal, même s’il opte pour le Mal. Kubrick s’est donc détaché du livre en supprimant le dernier chapitre, absent de la version américaine du roman d’ailleurs, dans lequel Alex devient un citoyen banal avec famille, boulot et tout le toutim. Dès lors, le film aurait perdu un final sarcastique et ironique à souhait…

Vient ensuite l’interprétation magistrale de Malcom McDowell, unanimement saluée et pourtant négligée par les Oscars. Rarement, d’un point de vue strictement personnel à nouveau, je n’aurai vu une telle interprétation d’une telle justesse, d’une telle qualité. McDowell avouera lui-même : « Il y a certains rôles, dans votre vie, que vous êtes né pour jouer : c’était l’un de ces rôles ! ». Tout est résumé.

Et pour finir, l’importance du récit en « je » : Kubrick a très bien compris les rouages de la narration, et sait qu’un prise de position subjective dans un récit peut carrément changer la donne. Ainsi nous voyons l’histoire non pas en tant que spectateur mais en tant que partenaire d’Alex, narrant ses exploits et ses peines selon ses propres souvenirs et idées. L’exemple le plus frappant reste cette scène cul-te où Alex couchent avec deux filles. Si l’aspect honteux est moins fort que dans le film (où il s’agit dès lors de deux filles de 10 ans droguées par Alex), Kubrick confère quand même un cachet original en accélérant la scène sur fond de William Tell joué également cinq fois plus vite. Une manière diaboliquement intelligente de souligner le sexe sans sentiments de la part de cet odieux personnage… 

Je préfère en rester là, avant de sombrer dans une analyse approfondie du film qui, de toute manière, ne peut être jugé ou étudié : c’est l’un de ces rares films qui se vivent, tout simplement…

Note : *****

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2001 : l'odyssée de l'espace (2001 : a space odyssey)

2001_a_space_odysseyLe film qui donna ses lettres de noblesse à la SF, le must du genre space-opéra, l'icône des effets spéciaux, le désormais légendaire et mythique 2001 : l'odyssée de l'espace. Voilà comment on peut appeler ce film.
Après les critiques publiques agressives envers Les sentiers de la gloire et Lolita (malgré leurs remarquables qualités) et l'ironie de Dr Folamour, Kubrick voulait se lancer dans le genre encore peu prisé à l'époque, la SF. Le projet lui vint durant le tournage de Dr Folamour : il voulait en effet tourner celui-ci comme s'il s'agissait d'un documentaire réalisé par des extra-terrestres. L'idée fût abandonnée mais lui donna l'idée du film et sa rencontre avec Arthur C. Clark permis la création du scénario de 2001.
Un peu particulier d'ailleurs ce scénario, qui nous offre un final on ne peut plus étrange, mais également universel : chacun y comprendra ce qu'il voudra. Le livre s'approche également de cette fin car Kubrick et Clark travaillèrent en étroite collaboration tant sur le scénario que sur le livre, chacun apportant ses idées à l'autre.
2001 fut également un véritable challenge cinématographique : le scénario nécessita 2400 heures d'écriture, 10 millions de dollars (en 1968), des maquettes spécialement construites par la NASA, une centrifugeuse de plusieurs mètres de haut... Bref du jamais vu !!!
Mais quand on voit le résultat, on ne peut que rester rêveur devant tant de splendeur, de poésie, ce ballet de vaisseaux spatiaux sur Le beau Danube, ces pirouettes des astronautes dans l'espace, cette lutte (la première à l'écran) entre l'homme et la machine, HAL 9000 (HAL étant en fait le sigle IBM décalé d'une lettre dans l'alphabet), ce passage d'un univers à l'autre, tout comme ce fondu mémorable entre l'os tournoyant dans le ciel et qui devient un vaisseau en plein espace, la découverte du monolithe sur la Lune et même l'introduction du film, la découverte et l'aide du monolithe auprès des premiers hommes-primates, une séquence tout aussi intense que La guerre du feu.
Comme je l'ai dit, avec ce film la SF gagnait ses lettres de noblesse ; on ne regrette rien...
Note : *****

Posté par cinemaniaque à 00:02 - Kubrick, Stanley - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Dr Folamour (Dr Strangelove or How I learned to stop worrying and like the bomb)

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Que dire sur ce film qui n'aurait pas encore été dit? Rien, car TOUT a été dit. Mais essayons quand même.
Tout d'abord, la légende de ce film est tout de même terrifiante : c'est grâce à Dr Folamour si nous n'avons pas connu d'attaque nucléaire durant la Guerre Froide!!! En effet les membres de l'Etat-major, après diffusion du film, aurait renoncer à lancer une attaque de ce genre quoi qu'il arrive... A noter aussi que Kubrick fut aussi soupçonné d'espionnage tant son film tenait plus du documentaire que de la fiction. Et, enfin, le fait que des officiers ont reconnus, des années plus tard, une certaine ressemblance entre le Général Ripper (Sterling Hayden) et un véritable haut-gradé durant la Guerre Froide...
Le plus frappant dans ce film est donc la mise en scène géniallisime de Kubrick, d'un réalisme et d'une perfection réellement sans faille. Sa photographie, décidemment à jamais inégalable, est réellement saisissante, et les métaphores pleuvent continuellement : allusions sexuelles (les avions du début, proche d'un accouplement aérien, les précieux "fluides" du général...) comme danger du pouvoir : Peter Sellers, en interprétant trois rôles, celui d'un colonel (pouvoir de l'armée), du Président (pouvoir politique) et du docteur Folamour (pouvoir scientifique) n'est-il pas le symbole que tous les pouvoirs ne sont en fait que le résultat d'une seule et même décision, si absurde soit-elle? Confirmation avec le fait que personne, pas même le Président, ne peut contrôler son général devenu fou.
Dans le registre soldat pur-sang, Georges C. Scott est véritablement incroyable, bien plus drôle que sinistre, dû à son aversion maladive des Russes et son amour du combat, dont il se rend compte que l'issue ne sera pas en leur faveur...
Et que dire sur ce final contrasté, majestueux et horrible, où les champignons atomiques se forment au son de "We'll meet again"? Rien, car ça doit se vivre, comme la chevauchée de la bombe du commandant Kong, comme la théorie du vol des fluides vitaux par les communistes, comme Peter Sellers qui prouve une fois de plus le génie qui l'habitait, comme cette esprit absurde perpétuel ("messieurs, on ne se bat dans la salle de guerre!"), comme le film en général.
L'un des plus grand sommet de Kubrick, c'est certain, et si je lui préfère Orange Mécanique, ce n'est que de très, très, très, très peu...

Note : *****

Posté par cinemaniaque à 00:00 - Kubrick, Stanley - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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