Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

16 décembre 2007

Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il West)

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Toute culture a ses mythes, et parmi la culture cinématographique occidentale, l’un des plus grands mythes reste celui du western. Sergio Leone avait déjà prouvé qu’on pouvait chambouler les codes du genre avec brio, mais il ne nous avait pas encore prouvé qu’il pouvait carrément réinventer un genre avec un film comme Il était une fois dans l’Ouest.

Pourtant, originellement, le film ne devait pas se faire : après Le bon, la brute et le truand, Sergio Leone n’avait qu’un titre à la bouche : Il était une fois en Amérique. Les majors lui offraient des contrats en or, mais il fallait que ce soit pour faire des westerns. Leone fit ainsi le tour des maisons de productions, en vain, jusqu’à ce qu’il arrive chez Paramount où, une fois encore, on lui demandait un western, à la différence près qu’on lui accorderait carte blanche sur le découpage du film. Leone accepta et lança Il était une fois dans l’Ouest.

Pour le cinéaste, hors de question de refaire le même film que les précédents : il se débarrasse donc de ses scénaristes pour travailler avec Dario Argento et Bernardo Bertollucci. En une vingtaine de jours, le film est imaginé, puis écrit et découpé avec l’aide de Sergio Donati ; on dira même que le scénario final fera 436 pages… L’idée de Leone était très clair : « Je voulais faire un ballet de morts en prenant comme matériau tous les mythes ordinaires du western traditionnel : le vengeur, le bandit romantique, le riche propriétaire, le criminel homme d’affaires, la putain… A partir de ces cinq symboles, je comptais montrer la naissance d’une nation ».

Comme acteurs, Leone veut des gens bien précis : on lui propose tout Hollywood, mais lui veut Charles Bronson dans le rôle d’Harmonica, ce qu’il finit par obtenir. Pour Frank, l’une des pires crapules du septième art, il veut un acteur qui incarne la bonté même, comme Henry Fonda ; ce dernier est prêt à s’investir si le style de Leone lui convient. Leone organise alors une projection de ses films, soit 7 heures à peu de choses près, et lorsque Fonda sort de la salle, ses premiers mots sont « où est le contrat ? ». Sophia Loren est écartée pour laisser place à Claudia Cardinale, que Leone voit mieux dans le rôle d’une putain de la Nouvelle Orléans (Sophia Loren dans le rôle aurait trop fait « pute napolitaine » selon le cinéaste !). Enfin, Jason Robards est engagé pour ce qu’il dégage, ce même charme qu’avait Humphrey Bogart… Avant que Leone ne découvre cette même passion des acteurs pour la boisson.

Le premier jour de tournage en effet, Robards arrive totalement ivre sur le plateau. Leone, fou de rage, annule la journée, et met en garde l’acteur qu’il ne veut plus que ça arrive. Ce sera le cas : Robards sera saoul chaque nuit et dans un état impeccable chaque matin, si professionnel que Leone accordera une journée de repos le jour de l’annonce de la mort de Robert Kennedy. De son côté, Henry Fonda arrive complètement grimé, avec de faux favoris, des lentilles et une dégaine patibulaire. Petit à petit, Leone fait comprendre à Fonda que c’est trop, et ce n’est que lors du plan de présentation de Frank que Fonda comprend ce que désirait le cinéaste : il ne voulait pas Frank, il voulait Fonda interprétant Frank ! A noter, pour l’anecdote, quelques noms qui ont failli se retrouver au générique : Rock Hudson (ce qui surprit Leone le premier !), Robert Ryan, Robert Hossein dans le rôle de Morton et Kirk Douglas dans le rôle de Cheyenne, sans oublier l’idée de base pour le générique du début, où ce devait être Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef qui devaient attendre Charles Bronson ; l’idée fut abandonnée lorsque Clint Eastwood refusa d’apparaître comme quasi figurant (ce qui n’empêcha pas les deux hommes de rester amis).

A sa sortie, le film de Leone connut le même sort que les précédents : échec total aux USA, succès incroyable en Europe (surtout en France). Il faut dire que les Américains avaient procédés à des coupes monstres (la mort de Cheyenne, par exemple, était occultée), malgré le fait que Leone leur avait prévu une version plus courte par précaution. En France, l’effet fut inverse : présenté dans sa version de 3h30, le film atteignit la première place du box-office de l’année mais aussi de la décennie, et il fait toujours partie des plus grands succès de l’histoire du cinéma français avec La grande vadrouille, Titanic et Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. La B.O. fut également très appréciée puisqu’elle resta dans les hits parades français pendant plus de trois ans. Plus globalement, le film installa Leone au panthéon des grands cinéastes reconnu de tous, et le réalisateur obtint même l’estime de gens comme Marco Ferreri, Stanley Kubrick, John Boorman ou encore Sam Peckinpah…

Il est vrai que ce western spaghetti est probablement l’icône même du genre, la référence absolue et sans conteste l’un des chefs-d’œuvre incontestable du cinéma en général.

Chef-d’œuvre de part sa capacité à assimiler les codes d’un univers qui n’a à priori rien d’italien et à les transformer, à les faire devenir les éléments constitutifs de l’univers de Leone, qui contrairement à ce que l’on a voulu faire croire ne s’en moque pas mais sert plutôt hommage : la scène d’introduction ne fait-elle pas écho à celle du Train sifflera trois fois ? Le duel final entre Harmonica et Frank n’a-t-il pas des airs de El Perdido de Robert Aldrich ? Ne peut-on pas voir disséminés ça et là des clins d’œil à Rio Bravo, 3h10 à Yuma ou les films de John Ford ? Comme il le disait lui-même, les mythes et archétypes qu’il utilisait étaient surtout là pour nourrir son imaginaire, et n’étaient pas des sujets de boutades mais bien des éléments fondateurs de ses films et en particulier de celui-ci.

Chef-d’œuvre de par sa capacité à pouvoir jouer avec le temps d’une manière incroyable, audacieuse et universelle : « A partir du moment où je faisais un ballet de morts, je montrais des personnages qui, en tant qu’archétypes, étaient destinés à périr. Et cela, parce que le progrès s’installe. Comme ils sont conscients qu’ils mourront à la fin du film, ils prennent tout leur temps pour s’étudier et se jauger. Ce jeu prend un poids réel car il incarne la force de survivre. Si Il était une fois dans l’Ouest a un aspect japonais, c’est aussi parce que les Orientaux ont cette philosophie par rapport à la mort ».

Leone utilise ici le cinémascope comme peu l’on fait avant lui, profitant pleinement de ce rapport 2.35 pour créer des plans absolument fabuleux, qui accompagnés de la musique, une fois encore inoubliable et tout simplement magistrale, de Morricone donnent naissance à des images inoubliables, du fascinant regard bleu de Fonda avant qu’il ne tue l’enfant à la découverte de la ville en construction à l’arrivée de Jill. De ce point de vue technique, Il était une fois dans l’Ouest reste un modèle du genre, une véritable leçon de cinéma tant dans l’utilisation du scope en plans d’ensemble que dans son utilisation pour les très gros plans.

Le scénario est également abouti, habilement construit, avec assez d’intrigues secondaires pour captiver l’attention du spectateur, mise à rude épreuve par la lenteur de l’action du film. Le contexte du film recoupe ainsi subtilement le contexte cinématographique de l’époque : la fin d’une époque, celle du western, au profit d’une nouvelle, résolument tournée vers la modernité (la fin de la censure et la montée de la violence comme divertissement) et où certains archétypes du cinéma n’auront plus leurs places, comme dans ce film les personnages ne sont plus dans leur époque.

Enfin, est-il vraiment utile de parler des acteurs ? Tous employés à contre-emploi, où Robards joue les bandits pas très malins, où Bronson ne fait pas étalage de ses muscles, où Fonda n’est pas la justice et la loyauté incarnée : seul le personnage de Claudia Cardinale trouve grâce à nos yeux de bout en bout du film, alors qu’il ne s’agit que d’une prostituée qui va jusqu’à coucher avec Frank pour sauver sa vie ; peut-on vraiment lui en vouloir ? De tous, c’est probablement Fonda le plus impressionnant, car le plus froid et implacable meurtrier de l’histoire du western spaghetti, et Robards car le plus drôle, celui qui allège le ton du film sans pour autant se ridiculiser, mieux, parvenir à toucher notre corde sensible lors de sa mort.

Chef-d’œuvre du cinéma donc, intemporel et universel, Il était une fois dans l’Ouest n’a en rien volé l’aura de légende qui s’est formé autour de lui ; mieux, le film est la preuve même que le cinéma, avec ce qu’il faut de passion, de talent et d’audace, peut devenir incandescent, toucher au firmament, se révolutionner de l’intérieur et renaître une seconde fois pour atteindre les sommets. Qu’il n’a, dans le genre, plus jamais touché depuis.

Note : *****

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09 novembre 2007

Le bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo)

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Alors qu’il nous avait gratifié des deux westerns spaghettis les plus réussis qu’il y ait eu, Sergio Leone n’avait pas dit son dernier mot en 1966 et voulait clôturer sa période western avec faste : c’est ainsi qu’il lança l’idée du Bon, la brute et le truand.

Eh oui, pour Leone, ce film devait être le dernier du genre qu’il devait tourner. Restait à savoir quoi y dire. La véritable origine du film, on en ne la connaît pas, mais deux versions existe : la première est que le script serait une idée de Luciano Vincenzoni, la seconde serait que Leone, grand admirateur de Céline, repensa au discours final de Monsieur Verdoux où ce dernier accablait les gouvernements de faire la guerre. Quoiqu’il en soit, Leone voulait aborda ce film avec beaucoup de conviction, notamment due à son enfance passée sous le régime fasciste et à sa volonté de démystifier un peu plus l’Ouest américain. Ne suivant pas les conseils d’Orson Welles, qui mit en garde Leone qu’un film sur la Guerre Civile était un échec assuré au box-office, Leone s’appliqua donc à réaliser son western ultime, qui pour la peine devait être parfait. Il bénéficia pour la peine de l’aide de l’armée espagnole, dont 1500 soldats furent employés comme figurants mais aussi décorateurs, puisqu’ils construisirent non seulement le cimetière avec 10 000 tombes mais aidèrent aussi à la destruction puis à la reconstruction et à la redestruction du pont (à cause d’un quiproquo, la première explosion eut lieu sans qu’aucune caméra ne tourne). Côté casting, après le désistement de Charles Bronson pour les rôles de Tuco et Sentenza, et le presque refus d’Eastwood (dont la célèbre phrase « Si ça continue, je vais finir dans un détachement de cavalerie » explique son point de vue) de partager l’affiche avec deux autres acteurs, Sergio Leone du se résigner à reprendre Lee Van Cleef, même si le cinéaste craignait les réactions du public quant au personnage du Colonel Mortimer dans le précédent film (Le bon, la brute et le truand devant logiquement être le prologue de la trilogie) et choisit Eli Wallach pour le rôle de Tuco (bien qu’initallement, Gian Maria Volonte était prévu), non pas pour son rôle dans Les sept mercenaires comme le veut la légende mais bien pour sa petite apparition dans La conquête de l’Ouest qui fit hurler de rire Leone. Le cinéaste opta aussi pour une technique particulière (le Techniscope, qui consiste à filmer sans lentille anamorphique (nécessaire au Cinémascope) et pouvait donc utiliser la moitié de la pellicule seulement ; il pu ainsi placer deux cadres widescreen sur une seule pellicule 35 mm) et une approche très documentée : chaque détail est ainsi authentique, du canon à l’arrière des trains aux longs manteaux en passant par le camp de prisonniers, inspiré du camp d’Andersonville que Leone a renommé, non sans ironie, Betterville… Hélas, Leone ne pu contrôler la post-production, et si la version italienne (désormais disponible en dvd) dure près de 3 heures, la version anglaise fut ramenée à 2h28, et c’est ce montage qui fit le tour du monde jusqu’au début des années 2000, où la version complète fut présentée, les doublages des scènes rajoutées étant faites par Clint Eastwood et Eli Wallach en personne…

« Ce qui m'intéressait dans le film était, d'une part, de démythifier les trois adjectifs et, d'autre part, de montrer l'absurdité de la guerre. Qu'est-ce que "bon", "brute" et "truand" signifient? Nous avons tous quelque chose de bon, de mauvais et de laid en nous. Certaines personnes paraissent vraiment horribles mais quand on apprend à les connaître, on réalise qu'elles valent mieux que ça. Quant à la Guerre Civile que les personnages rencontrent sur leur chemin, pour moi, c'est une chose stupide et inutile. On y trouve pas de "bonne cause"... Je montre un camp de concentration du Nord en pensant aux camps nazis avec leurs orchestres juifs. Tout ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas lieu de rire dans le film. Derrière ces aventures tragiques se cache un esprit picaresque » : ainsi Leone décrivait-il son film, à juste titre. Jamais un de ses films n’aura été si virulent, si ironique, si dramatiquement drôle, violent et universel : le camp de prisonnier ne fait-il pas référence aux camps juifs pendant la Seconde Guerre ? Anarchiste (aucun camp n’a raison ni de bons côtés, et l’Eglise est tournée en ridicule avec le frère de Tuco qui ne vaut guère mieux que son bandit de frangin), le film s’articule bien évidemment comme une course effrénée à la fortune, qui ferait presque penser à un buddy-movie dans la relation Blondin-Tuco, mais ne manque jamais de s’attarder sur l’univers qui entoure nos antihéros, celui de la Guerre de Sécession.

Au point de vue stylistique, Leone est à son apogée (qu’il conservera encore dans ses prochains films) après s’être fait la main sur ses deux premiers westerns, et exploite pleinement ici les codes du western-spaghetti avec ces personnages types, ces gros plans, cette démystification de tout et, surtout, cette musique signée Morricone. Le film fut ainsi comparé à un opéra baroque, mais Leone s’en défend en le voyant plutôt comme un concerto : « Il n’y a aucun réalisme dans l’opéra. C’es autre chose… Ici, chaque personnage à son thème musical. Et il est aussi un instrument de musique qui sert mon écriture. Dans ce sens, je joue beaucoup sur les harmonies et les contrepoints. J’opère une musicalité qui doit renforcer autant la fable que la réalité. C’était nécessaire à cause des difficultés attachées aux films décrivant un voyage. Je représente le parcours de trois entités qui sont des amalgames de tous les défauts humains. Je dois épurer ce voyage. Et il me faut des crescendos et des « clous spectaculaires » qui restent cohérents avec l’esprit général de l’œuvre. Alors, la musique a pris une importance capitale. Elle devait être complexe, avec l’humour et le lyrisme, le tragique et le baroque… ». La complicité entre le cinéaste et le compositeur semble elle aussi à son paroxysme, comme elle le sera pour Il était une fois dans l’Ouest et Il était une fois en Amérique, et il est devenu impossible de ne pas revoir le film dès que l’on entend son célèbre hymne inspiré de cris d’hyènes. Une telle osmose dans le cinéma, cela n’arrive que très rarement (citons Fellini et Rota ou encore Hitchcock et Hermann, probablement les seuls à avoir atteint ce niveau).

Il existe, en outre, une quantité de scènes inoubliables dans ce film : le camp de prisonniers et la torture de Tuco, la course effrénée de ce dernier dans le cimetière, l’épisode du désert… Autant d’épisodes ayant marqués à jamais l’Histoire du cinéma, parfois rallongées par cette fameuse version longue à présent disponible (qui n’a pour véritable but que d’éclaircir certains points, qui ne le nécessitaient pas vraiment pour comprendre le reste du film). Il y a cependant une séquence, devenue incontournable, qui mérite une attention toute particulière : le duel final. « Duel n’est pas le mot juste. Peut-on dire « triel » ? En fait, c’est un duel multiplié par trois puisqu’ils sont trois à se faire face ! Au départ, il me fallait un décor d’arène, un cimetière qui puisse évoquer le cirque antique. (…) L’idée d’arène était capitale. Avec un clin d’œil morbide puisque c’étaient les morts qui regardaient ce spectacle. J’ai même tenu à ce que la musique puisse signifier le rire des cadavres à l’intérieur de leur tombe… » Leone ajoute : « Je m’étais appliqué à étirer le temps, à jouer sur la musique et à définir un découpage imparable : gros plan, plan moyen, plan d’ensemble… Je devais connaître le moindre détail avant de placer la caméra. Les trois premiers gros plans de chacun des acteurs nous ont pris toute une journée. » Ainsi fut conçue l’une des scènes les plus célèbres du film et, même, du septième art, qui fait encore et toujours fantasmer des dizaines d’admirateurs ou autres étudiants en cinéma, voir de cinéastes (Tarantino en tête).

Succès tant critique que public, Le bon, la brute et le truand n’a pas pris une ride en 40 ans, et c’est avec chance que Vincenzoni ne pu jamais monter la suite qu’il avait écrite (Leone s’y opposa, même avec un autre réalisateur aux commandes) : cela contribue au charme intemporel et universel de ce film devenu un chef-d’œuvre, ni plus, ni moins.

Note : *****

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11 septembre 2007

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollari di piu)

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Ayant trouvé le bon filon cinématographique avec le western spaghetti, Sergio Leone accepta peu de temps après Pour une poignée de dollars l’idée de faire un nouveau film, toujours dans le but de démystifier l’Ouest américain, qu’il intitula de manière ironique Et pour quelques dollars de plus, non pas pour donner suite à son premier western mais simplement parce que les producteurs l’avaient volé au niveau des bénéfices.

N’ayant pu obtenir Lee Marvin, Leone opta pour Lee Van Cleef, alors retiré du cinéma (et en très fâcheuse posture au niveau financier) pour être l’une des deux vedettes de son film avec Clint Eastwood, désormais vedette internationale. Cette fois, le budget était bien plus important, mais toujours relativement bas par rapport à d’autres productions de l’époque ; Leone en tira cependant profit pour donner beaucoup plus de réalisme à son film.

C’est justement ce réalisme, une véritable bulle d’air en fin de compte, qui rattrape les quelques défauts de Pour une poignée de dollars : exit le village mexicain désertique, Leone n’hésite pas à nous emmener en pleine ville de l’Ouest, avec les traditionnels hôtels et saloons à côté du barbier ou du bureau de shérif. L’ambiance n’en pâtît pas pour autant, certes c’est moins oppressant que le village abandonné du premier film mais c’est pas plus mal vu la manière dont les décors sont exploités, sans compter que le village mexicain isolé sera repris à la fin du film. Un autre aspect du réalisme vient dans cette description des chasseurs de primes, que le cinéma hollywoodien a longtemps évité mais qui ont pourtant bel et bien existés.

Qui dit plus d’argent dit aussi plus d’acteurs, et si on éprouve toujours autant de plaisir, voir plus, à retrouver Eastwood et Volonte, le vrai bonheur vient de Lee Van Cleef et d’un second rôle un peu trop rare mais très connu : Klaus Kinski. Chacun est à son meilleur niveau, et si Eastwood est plus sarcastique Volonte lui est de plus en plus effrayant en bad guy défoncé à l’herbe. Du pur bonheur de le voir être aussi cruel et traître quand l’occasion se présente.

Mais le film est surtout l’occasion pour Leone d’affirmer son style et de marquer les esprits par quelques scènes inoubliables : l’affrontement enfantin entre Eastwood et Van Cleef la première fois, l’élaboration de l’attaque de la banque ou encore, cerise sur le gâteau, le duel final au son de la montre que l’on retrouvera partiellement dans Le Bon, la Brute et le Truand par la suite. Leone poursuit son analyse au scalpel d’une période plus sombre qu’il n’y parait de l’Histoire américaine, où les armes ponctuaient les discours et où la traîtrise était monnaie courante.

Passage obligé, on saluera comme il se doit la musique d’Ennio Morricone qui, elle aussi, trouve son rythme de croisière et renforce de manière plus forte encore que précédemment les images à l’écran. Le compositeur est d’ores et déjà entré dans la légende.

Film remarquable, suite sans vraiment l’être et nettement plus abouti que Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus asseyait définitivement Clint Eastwood et Sergio Leone comme valeurs sûres du cinéma ; cette position favorable devait leur permettre à l’un de réaliser une carrière exemplaire et à l’autre d’enchaîner chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre en continuant de souligner les travers de la société américaine. Le meilleur restait encore à venir.

Note : ****

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07 août 2007

Pour une poignée de dollars (Per un pugno de dollari)

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Alors connu comme un bon assistant-réal et un cinéaste sympa (Le colosse de Rhodes, joli succès), Sergio Leone devait marquer considérablement le Cinéma de son empreinte avec son second film, le western Pour une poignée de dollars.

On a souvent cru que c’était Sergio Leone qui avait initié le genre, mais il existait déjà une vingtaine de westerns italiens au moment du film, à l’exception que Pour une poignée de dollars fut le premier de ces westerns à sortir d’Italie. En fait, à l’époque, le cinéma italien souffre, est en plein déclin même. Comme le western européen fait un tabac là où il sort (principalement en Allemagne), Leone trouve une bonne occasion de démystifier un genre qu’il n’aime finalement que très peu, aussi bizarre que cela puisse paraître. Il décide de faire un remake de Yojimbo d’Akira Kurosawa, lequel ne fut pas prévenu et demanda par la suite des droits d’auteur, à savoir 15% des recettes mondiales et l’exclusivité des droits de distribution au Japon. Kurosawa avouera que ce film lui rapporta bien plus que Yojimbo à son époque… Toujours est-il que Leone monte tant bien que mal son projet, avec des fonds provenant d’Italie, d’Allemagne et d’Espagne. Steve Reeves et James Coburn déclinent le rôle de l’Homme sans nom, Charles Bronson déclare que c’est le plus mauvais script qu’il ait jamais lu, Henry Fonda ne connaîtra le scénario qu’une fois le film sortit (il changea d’agent après que celui-ci ait refusé sans le consulter) et Richard Harrison dit poliment nom avant de diriger Leone vers la série Rawhide, où le jeune Clint Eastwood fait forte impression. Pour le rôle de Ramòn, Leone propose d’emblée Gian Maria Volonte, mais les producteurs sont frileux vu le caractère imprévisible de l’acteur. Mais Leone ne démord pas, Volonte a un visage qui l’intéresse. Finalement les producteurs cèdent.

Le tournage se passe relativement bien : Eastwood compose lui-même son personnage (look vestimentaire + cigare, alors qu’Eastwood déteste le tabac) et trouve la bonne interprétation de suite, tandis que Leone excède le jeu théâtral de Volonte pour accentuer la folie de son personnage. D’après certains, Leone fut si perfectionniste qu’il fit déraciner un arbre et le replanta à l’entrée du décor, simplement parce qu’il trouvait qu’il collerait bien dans le paysage. A la sortie du film, le succès est au rendez-vous, et avant même de pouvoir découvrir le western sur leurs écrans, les Américains font de l’œil à Leone. En 1967, le film sort aux USA (alors qu’il fut tourné en 1964) avec une scène que Leone renie : une introduction avec Harry Dean Stanton en homme de loi condamnant l’Homme sans nom. Pour Leone, c’est un abus, dénaturant le sens même du personnage (que Leone s’amuse à comparer à l’Ange Gabriel pour venir de nulle part, régler les problèmes et repartir vers nulle part à nouveau).

Ainsi naquit le premier volet de la plus illustre trilogie de western italien, le fameux « western-spaghetti » comme on l’appelait péjorativement à sa sortie. Il est important de noter que tous les éléments du genre, et du style Leone par ailleurs, se trouvent déjà présents dans ce film : cadrages serrés, pleine utilisation du Scope, montage rythmé par la musique d’Ennio Morricone et souci de réalisme. On a souvent penser que Leone cherchait un style à travers ces acteurs typés et son Ouest brutal et sale ; en fait il n’en est rien. Comme l’avouait lui-même le cinéaste, c’était surtout par souci de vérité historique qu’il faisait ça ; il ne faudrait pas oublier que Leone est issu du néo-réalisme. Plusieurs thèmes de Leone se retrouvent également dans ce film : la vengeance, la cupidité, l’avidité et même l’amitié.

Le duo Eastwood-Volonte est quant à lui tout simplement saisissant. Il faut dire que les personnages qu’ils composent sont réussis, entre l’ironie et le cynisme de l’Homme sans nom et la folie destructrice de Ramòn. Ce n’est pas un hasard si Leone les réutilisera dans le film suivant, ces deux acteurs qui parviennent, et ce toute la durée du film, à éclipser leurs partenaires, gueules patibulaires devenues stéréotypes du western contemporain.

Pour la petite histoire, Sergio Leone et Ennio Morricone étaient dans la même école enfants, puis se sont perdus de vue. Le hasard faisant ben les choses, Leone contacta Morricone par hasard pour la musique de son film, et fut convaincu par un thème que Morricone avait composé plus tôt. Leone déclarera que Morricone n’était pas son compositeur mais son scénariste, véritable clé de ses films rythmant les scènes ou, mieux, les dirigeant à sa place, et ce dès le film suivant où la musique sera diffusée sur le plateau pour mettre l’équipe dans l’ambiance. Avec le résultat que l’on connaît.

Et c’est ainsi que Pour une poignée de dollars devaient révéler une multitude de talents et définir les bases d’un genre vite dénaturé il est vrai, mais qui a considérablement marqué le cinéma qui a suivi (Tarantino en chef de file). Merci monsieur Leone.

Note : ***

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23 janvier 2007

Il était une fois en Amérique (Once upon a time in America)

once_upon_a_time_in_americaLa perfection n’existe pas. En revanche, une poignée de cinéastes parviennent parfois à la frôler avec ce qu’on appelle communément « leur chef-d’œuvre ». Sergio Leone fait partie de ces cinéastes, et son chef-d’œuvre à lui est sans conteste Il était une fois en Amérique.

Reprenons un peu l’histoire depuis le début : nous sommes en 1970, et sans qu’il le sache lui-même Sergio Leone vient d’initier sa trilogie sur l’Amérique avec Il était une fois dans l’Ouest, qui connaît un joli succès. Il découvre alors The Hoods, roman d’un ancien malfrat du nom de Harry Grey. Bien qu’il n’aima pas le livre, Leone était fasciné par l’idée d’en faire un film. Après de nombreuses discussions sur les droits du livre, Leone finit par avoir les accords nécessaires et se lance avec des amis dans l’écriture du scénario (ce qui le poussera à refuser la réalisation du Parrain). Sur un deuxième entretien, Harry Grey confie à Leone qu’il trouve les films de gangsters américains archifaux, d’où l’écriture de son livre. Et c’est le déclic pour Leone : « Là, j’ai tout compris parce que, justement, je trouvais que son roman était farci de passages copiés des films noirs. Les meilleurs comme les pires ! Il n’avait fait que plagier. Après les épisodes de l’enfance, tout dérapait dans le cliché. Brusquement, mon intuition se vérifiait. Les seules choses authentiques de son récit, c’étaient les épisodes de l’enfance. Alors, je me suis dit qu’à partir du moment où l’imaginaire prenait autant le dessus sur la réalité, au point que l’auteur croyait faire du neuf avec les stéréotypes les plus courants, c’est que nous étions vraiment au cœur du mythe. Et, à cet instant, je compris qu’il fallait faire un film sur cette idée là… J’avais trouvé la bonne direction. Il fallait faire un hommage au genre noir et un hommage au cinéma. »

Le scénario se construit tant bien que mal ; les légendes veulent qu’il y ait eu pas moins de 12 versions différentes, et que le script final faisait 400 pages. Leone pense alors au casting : il aimerait avoir trois acteurs différents pour chaque période d’âge différente. A ce moment précis, c’était Richard Dreyfuss et James Cagney qui jouaient Noodles adulte et vieux, et Gérard Depardieu et Jean Gabin pour Max (le nom de Klaus Kinski fut prononcé également). Finalement, ce sont Robert de Niro et James Woods qui furent choisis. Les relations avec De Niro n’étaient pas des meilleures au début : il n’hésitait pas à conseiller Leone sur l’emplacement de la caméra dès le premier jour de tournage. Leone répondit, paisiblement « Bon, d’accord, c’est toi qui diriges le film » et retourna à son hôtel. Mais au fil du temps, les deux hommes se sont entendus à merveille, et tandis que Leone attendait la météo idéale pour ses plans, De Niro conseillait Woods sur des détails pour construire son personnage (il lui fit blanchir ses dents à ses frais, afin de donner à Max un côté vaniteux et propre sur soi).

Le tournage dura plus d'un an avec de nombreuses prises de vue en extérieur à New York, Toronto, Rome et Venise. Pour la première et dernière fois, Leone tournait en format 2:35, autrement dit en CinémaScope, et filma près de 10 heures de rushes pour obtenir les 3h40 finales. Le budget de production explosa, dépassant les prévisions de trois millions de dollars. A sa sortie, le film, qui nécessita finalement un investissement de 30 à 40 millions de dollars, se solda par un véritable échec commercial aux Etats-Unis. Le film n'y fit que 2,5 millions de dollars de recettes. La cause en fut un remontage quasi total : en réalité, Leone devait fournir aux producteurs un film de 2h45 et non 3h40. Les Américains raccourcirent donc le film, effaçant aux passages les flash-backs pour un montage linéaire, ce qui détruisait la véritable portée du film (un rêve pur et simple de Noodles). Ce massacre cinématographique ainsi que les attaques du peuple juif (qui accusèrent le film d’être antisémite) et de mouvements féministes (s’indignant du sort des femmes dans ce film) empêcha le film de bien marcher et par la même occasion lui interdisait les nominations aux Oscars, bien que Leone et Morricone furent nominés aux Golden Globes. Il fallut attendre la sortie DVD du film en Amérique pour qu’il soit enfin acclamés tant au niveau de la critique que du public…

Jamais un film de Leone n’a embrassé autant de thèmes différents avec tant de panache et d’amertume auparavant. L’amitié, l’amour, la mort, l’Amérique, la violence, la poésie sont autant d’éléments qui constituent l’histoire, basique, de Noodles. Mais c’est ce que voulait Leone : rendre hommage au cinéma. Cette scène du gamin mangeant la charlotte à la crème dans les escaliers ne fait elle pas écho au cinéma de Chaplin ? Mais le véritable génie du scénario est le travail sur le temps : flash-backs, flash-forwards, le temps qui anime les passions, crée des distances entre les amis…

On sait que Leone a toujours été fasciné par le temps, à l’instar de ce ballet de la mort qu’est Il était une fois dans l’Ouest, et il trouve ici l’occasion d’exploiter pleinement ses idées : sa mise en scène est lente, prenant le temps de planter le décor, de présenter ses personnages de sorte à ce qu’ils ne nous quittent plus, même après le film. Et quand le rythme s’accélère un peu, Leone revient au calme avec un rendez-vous romantique en bord de mer. Plus que jamais, le cinéma de Leone s’inscrit dans notre chair, dans notre cœur pour ne jamais en sortir. Passé ce fait, Leone peaufine ses plans : des amis traversant une rue avec le pont de Brooklyn en arrière-plan, des retrouvailles sous une légère pluie, un amour d’enfance dansant entre les cartons d’une réserve… Autant d’images que Leone imprime sur pellicule comme ses propres souvenirs et ceux du cinéma, qu’il a tant aimé.

Les acteurs l’ont très bien compris, et quand on sait que Leone a refusé de se faire soigner le cœur pour réaliser ce film (ce qui lui coûta probablement la vie), on se doute que les acteurs ont du se surpasser pour faire honneur au maestro. Visiblement, ils l’ont fait, tous étant irréprochables, même si littéralement écrasés par le duo Woods-De Niro, le premier en arriviste dangereux et manipulateur ambitieux, l’autre en ami traître et trahi, tour à tour étouffant sa colère et ses frustrations sexuelles et dépassé, usé par la vie qu’il a choisi. Sans faire trop d’éloges, De Niro trouve là l’un de ses plus beaux rôles, tout en intériorisation, ne parlant pas plus qu’il ne faut, où son physique banal et inexpressif trouve le tremplin idéal à sa dimension psychologique, la vraie force de son talent. Encore un rôle où il s’est brûlé les ailes, c’est certain, mais le rendu dépasse l’entendement tant il est incroyable.

Enfin, il faut saluer comme il se doit la composition musicale d’Ennio Morricone, interdite d’Oscars pour ne pas avoir été citée au générique… Reconnue comme l’une de ses meilleures, si pas la meilleure, au repos pendant des années, elle parcours le film lui conférant une dimension quasi-tragique, d’une profonde mélancolie voire nostalgie pour un monde d’autrefois, ou qui n’a peut-être même jamais existé.

Un film remarquable, foisonnant, déchirant, envoûtant, captivant, lent, inoubliable. Le chef-d’œuvre incontestable d’un artiste génial, jamais reconnu à sa juste valeur et qui trouve, le temps d’une histoire, le temps d’un personnage et de ses rêves, l’occasion de remercier le cinéma qui lui a tant donné. Le septième art à l’état pur en quelque sorte, et un cinéaste en état de grâce offrant comme testament l’un des plus grands – et plus beaux – films jamais réalisé.

Note : *****

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09 juillet 2005

Il était une fois la révolution (A fistful of dynamite)

il__tait_une_fois_la_r_volutionAvec Il était une fois dans l'Ouest, Leone vient de débuter sa nouvelle trilogie, celle sur l'histoire de l'Amérique. L'épisode suivant aura pour thème la révolution mexicaine au début du XXe siècle. Mais Leone ne veut pas réaliser ce film : il veut seulement l'écrire et le produire. Et ce ne sera qu'après des heures de discussion et d'obstination de la part de Rod Steiger et James Coburn que Leone cédera : il réalisera Il était une fois la révolution (en v.o. : A fistful of dynamite).
Ici, Leone refait la part belle à l'humour et surtout à la critique, dénonçant les crimes de guerre de cette épisode noir de l'histoire mexicaine, aidé en cela par de terribles scène de massacres et d'exécutions. Sans l'abandonner complètement, Leone se détache du western (Coburn se ballade en moto). Le film, sans oublier le centre nerveux de l'histoire, la révolution mexicaine, s'attarde quand même, et avec beaucoup de réussite, sur la complicité, l'amitié qui se forme entre les deux principaux protagonistes, un voleur mexicain (Steiger) et un mercenaire irlandais expert en explosions en tout genre (Coburn).
Les dialogues sont savoureux, la mise en scène à la fois lyrique et acerbe, les interprétations sont excellentes et le scénario très bien construit ; les décors et costumes ne sont pas en restes et la musique, inoubliable, est à nouveau signée par Morricone et entre dans la légende.
Pas le meilleur Leone, mais un très grand film assurément.
Note : ****

Posté par cinemaniaque à 23:07 - Leone, Sergio - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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