07 février 2009
Les noces rebelles (Revolutionary Road)
Soit deux films distincts :
American Beauty |
Revolutionary Road |
En analysant leurs composants :
- Un amour mensonger - L'adultère - La tarée de service - Le couple qui se déchire derrière sa belle façade dans le beau quartier - L'autodestruction - Les rapports difficiles entre mère/fille - Le rêve d'une autre vie qu'on n'accomplit qu'à moitié - Un couple d’acteur épatants, surtout l’homme |
- Un amour mensonger - L'adultère - Le taré de service (grosse différence) - Le couple qui se déchire derrière sa belle façade dans le beau quartier - L'autodestruction - Les rapports difficiles entre mère/fille - Le rêve d'une autre vie qu'on n'accomplit qu'à moitié - Un couple d’acteur épatants, surtout l’homme |
Mais en soustrayant à American Beauty :
- L’ironie et l’humour noir - La superbe musique de Thomas Newman - Une distanciation constante - Une attention portée aux personnages secondaires |
Et en ajoutant à Revolutionary Road :
- Un sérieux quasi total - La musique épuisante de Thomas Newman - Un rythme lent, lent lent… - Une frontalité gênante (cfr la dernière scène de Kate Winslet) - Une fin qui justement n’en finit pas (malgré un plan final assez réussi) |
Sans tenir compte de la probabilité selon laquelle Sam Mendes a fait un ersatz de son premier film pour renouer avec le succès (en y ajoutant un couple cinématographique que tout le monde attendait depuis 11 ans), quel résultat obtient-on ?
Mon immense déception.
Note : **
18 mars 2007
American Beauty
Il est de ces films dont on n’attend rien. Pour tout dire, le réalisateur est connu dans le monde du théâtre au maximum. Un joli casting mais c’est peut-être un coup de chance. Un titre accrocheur mais ça ne veut rien dire. Puis vient le moment fatal : celui où le dit film nous explose au visage, laissant le spectateur k.o. et fier d’avoir découvert un nouveau génie du cinéma. Ce fut le cas pour le désormais classique American Beauty.
Kevin Spacey résume le film en même temps que son personnage de manière remarquable : « Lester est un Américain type, qui conforme sa vie à certains idéaux avant que la réalité ne le rattrape brutalement. Quelque chose se produit dans son existence, un choc qui lui rappelle ses aspirations premières. (...) Il se débat avec un trop-plein de sentiments longtemps refoulés et qui aujourd'hui se rappellent à lui. C'est plus qu'une crise de la quarantaine, c'est une renaissance ». L’heureux producteur du film, explique quant à lui le sens du titre : « On peut y voir une allusion à cette variété de rose, cultivée avec un soin maniaque par Carolyn/Annette Bening. Mais ce titre évoque également le personnage d'Angela, qui incarne les canons américains de la beauté. Enfin, il s'étend à tout ce qui se réfère au rêve américain et que nous considérons comme beau dans notre vie quotidienne ». Alors, pour pleinement savourer le film, il convient d’observer l’accroche du film : regardez de plus près…
Regardez de plus près l’histoire d’Américains moyens, ni bourgeois ni pauvres, juste aisés. Chaque façade de maison cache en fait une famille déséquilibrée, de dingues : d’un côté, une mère adultère et opportuniste et un père se définissant lui-même comme léthargique sauf du côté sexuel, et de l’autre côté une mère visiblement droguée par des médicaments, épouse d’un ancien militaire aux tendances un peu nazies. Sans sombrer dans la caricature, la seule maison correcte du film est celle du couple homosexuel…
Regardez de plus près les bouleversements de vies humain sur un simple fait anodin, la pire étant sans conteste celle de Lester Burnham, antihéros du film qui se verrait bien dans Lolita avec l’amie de sa fille, classée d’emblée comme le stéréotype de l’adolescente paumée. Subtilement, Alan Ball vient de déjouer tous les pièges de l’écriture en plongeant directement dedans. Mais il n’y a pas que ça : les thèmes abordés, et le plus important étant la décomposition familiale, le sont avec une ardeur et un humour noir des plus délicieux. Les sarcasmes et le cynisme des personnages trouvent écho dans un récit construit à la perfection, mélangeant les genres et offrant une vision de l’american way of life réalisée au vitriol, comme on ne la montrera jamais assez au pays de l’Oncle Sam.
Regardez de plus près un jeune metteur en scène, Sam Mendes, habitué des planches passer au cinéma avec un talent monstre, s’approchant même du génie. Il est bien entouré, c’est vrai, ne serait-ce que par son directeur photo Conrad Hall (un habitué des grands réalisateurs puisque son CV indique Duel dans le pacifique, Butch Cassidy et le Kid ou encore Marathon Man) dont les images léchées sont un des atouts majeurs du film, mais Mendes est aussi un artiste à part entière. Sans se laisser déborder par un scénario riche, il dirige ses acteurs d’une main de maître sans en oublier de faire en sorte que l’univers de Ball devienne cohérent, réaliste et, si possible, stéréotypé, histoire de coller encore plus à la vérité. Pour sa première fois, Mendes se débrouille très bien, même s’il lui arrive de s’effacer quelques fois pour laisser exploser ses interprètes à l’écran, surtout Kevin Spacey.
Regardez de plus près Kevin Spacey justement, trouvant là le rôle de sa vie et n’ayant pas peur de relever le défi. Un personnage infect (il a quand même des tendances sexuelles malsaines) rendu sympathique par la force des choses, n’est-ce pas génial ? Sa crise de la quarantaine aidant, il en vient à se foutre du monde autant qu’il se fout de lui-même. Et il le fait avec une jouissance communicative, puisqu’on en vient nous aussi à prendre notre pied lorsqu’il s’engueule avec sa femme, brise les assiettes et envoie son patron… enfin vous m’avez compris. Annette Bening et Chris Cooper ne sont pas en reste, l’un comme l’autre au bord de la crise de nerfs et aux pulsions autodestructrices. Face à ce trio, les jeunes acteurs se débattent tant qu’ils peuvent pour briller, mais le fait est là : Benning et Cooper dominent le film, Spacey domine tout, même nous pauvres spectateurs amusés de drames familiaux.
Regardez de plus près une révélation incroyable, comme on en avait plus vu depuis longtemps : cinq Oscars (dont 4 principaux : Meilleur Acteur, Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario et Meilleure Photographie), ainsi que 66 nominations et 83 récompenses à travers le monde. Une consécration pour Kevin Spacey, un second Oscar pour Conrad Hall, et un statut de réalisateur incontournable pour Mendes, dont chaquefilm est désormais attendu avec impatience. Même Tarantino n’avait pas autant brillé lorsqu’il fut révélé à la face du monde, et Mendes est bien plus mûr que Tarantino…
Regardez de plus près un chef-d’œuvre du cinéma, un vrai, l’un des rares à être reconnu comme culte dès sa sortie. Regardez de plus près un film qui ne ressemble à aucun autre, qui n’hésite pas à rire du drame de manière franche et sarcastique. Regardez de plus près, et regardez encore et encore American Beauty, pour ne pas oublier que le cinéma, celui avec un grand C, existe encore même à Hollywood…
Note : *****
09 février 2006
Jarhead
Un retour en force du brillant cinéaste Sam Mendes que ce Jarhead.
Il faut dire qu’en signant American Beauty, ce petit génie frappait un grand coup dans le paysage cinématographique américain, laissant présager une carrière exceptionnelle. Malheureusement, en dépit de ses qualités, Les sentiers de la perdition, son film suivant, divisa nettement plus la critique et le public. C’est donc avec une certaine appréhension que l’on pouvait attendre son nouveau film, qui plus est parlerait de la première guerre du Golfe alors que Bush Jr envoie encore et toujours les fils de la patrie se faire massacrer en Irak…
Pas fou pour un sou, Mendes sait qu’il joue gros avec ce film, qu’il détient un scénario en or et qu’il ne tient qu’à lui d’en faire un chef-d’œuvre. Problème de taille : comment faire un film de guerre qui ressorte vraiment du lot ? En acceptant les influences sans pour autant délaisser son propre style bien sûr. Sous formes d’hommages indirects, Mendes salue Apocalypse Now, Voyage au bout de l’enfer, Full Metal Jacket… Des films de guerre peu spectaculaires, jouant surtout sur l’aspect psychologique des personnages et l’impact du Vietnam sur leur vie. Jarhead s’inscrit donc dans la même lignée, où l’action est plutôt rare, où il s’agit plutôt d’un portrait au vitriol d’une guerre inutile, rapide et où les acteurs n’ont qu’une option : donner le meilleur d’eux-mêmes.
Après une intro digne de maître Kubrick, Mendes plonge rapidement son héros dans l’enfer de la préparation militaire, dans un monde qui pue la fierté masculine mais qui met aussi en avant toutes les tares de ces « têtes de bocaux » machos jusqu’au bout. Et c’est quand on craint de tomber dans le produit calibré « nationaliste sensé attirer les jeunes à s’inscrire dans les Marines » que Mendes prouve qu’il a du talent, du génie de contourner les facilités narratives et les faiblesses scénaristiques. En effet, ici pas de fusillade, de massacre sanglant à la Platoon ; tout comme Swofford, on attend. On attend que quelque chose arrive, on attend que tout commence à exploser pour foncer dans le tas… et on fini par attendre calmement la fin de tout ça. A la différence près que nous, on adore ça.
Mendes ne prend donc pas le pari de révolutionner le genre ; il veut simplement faire un film unique sur une guerre qu’il ne l’était pas moins. Sans insister sur l’aspect communicationnel raté de la guerre du Golfe, Mendes démontre minute par minute la fugacité du conflit, l’ignorance qu’en avait le monde entier à l’époque et notamment les Marines envoyés. A la manière d’un American Beauty, Jarhead conte une histoire banale, celle d’une tête brûlée façonnée par un patriarcat militaire qui se rend compte qu’être un pro de la gâchette est une chose, être une machine de guerre en est une autre. En privilégiant les doutes, les angoisses du héros, Mendes offre un visage humain et surtout universel à Swofford, permettant une identification du spectateur… par moments. Car la petite touche particulière, c’est de troubler le spectateur au point de ne plus savoir si l’on doit pleurer avec lui sous la douche avec en musique de fond Something in the way de Nirvana, imaginer la bonne partie de rigolade sous Don’t worry be happy ou le haïr quand il pète un plomb avec le petit bleu qui a fait le tour de garde à sa place…
Il convient, pour ce, de saluer les interprétations du trio vedette (Jake Gyllenhaal – Peter Sarsgaard – Jamie Foxx) réellement saisissant, chacun explosant tour à tour d’intensité (le monologue de Foxx sur son amour de l’armée, la frustration de Sarsgaard de ne pouvoir tuer un seul soldat irakien…) où Gyllenhaal, monument d’émotion à lui seul, parvient difficilement à les ecclipser malgré sa prestation exemplaire. De la nouvelle génération d’acteur, il s’agit certainement d’un des chefs de file…
Et on évitera de saluer un montage irréprochable et une b.o. pour le moins originale, calibrée pour le film tant elle offre une palette d’émotions différentes.
Sans renier ses inspirations diverses, Jarhead trouve son propre chemin dans le film de guerre, et s’il ne parvient pas à retrouver la classe intégrale d’American Beauty, il peut se vanter de retrouver les grands éléments : des interprétations très justes, un scénario impeccable et un Mendes en grande forme, finalement à l’aise dans tos les genres de films ; un nouveau Kubrick serait-il en train de naître sous nos yeux ?
Note : ****

