Le cinéma de Bastien

Le cinéma dans toute sa splendeur et sa décadence, à travers toutes les époques et tous les pays, le bon et le moins bon du plus bel art qu'il soit : le cinéma.

17 juillet 2007

Patton

pattonPatton est comment dire… Un film ambigu ? Oui c’est cela, c’est exactement cela.

A la base du projet : Frank McCarthy, ancien soldat ayant servi sous les ordres du Général Marshall durant la Seconde Guerre ; pendant 20 ans, il rêvera de monter un film sur Patton. Finalement, il parvient à posséder un scénario solide, co-écrit par un jeune débutant du nom de Francis Ford Coppola, et décide d’en confier la réalisation à Franklin J. Schaffner, dont la réussite critique et commerciale de La planète des singes ne laisse personne indifférent. Même si, auparavant, John Huston, Henry Hathaway, Fred Zinnemann et William Wyler avaient décliné l’offre. L’ennui avec ce film n’était pas tellement de trouver un cinéaste, mais bel et bien un comédien capable d’endosser le rôle de Patton, général incontrôlable et surdoué, bigger than life. John Wayne était d’accord, mais pas la production ; Rod Steiger, Lee Marvin, Robert Mitchum et Burt Lancaster eux ne voulaient pas de ce rôle. Finalement, c’est à Georges C. Scott, général hilarant dans Dr Folamour et véritable ex-Marines, qui fut choisi, son caractère bien trempé ne pouvant que servir le film après tout. Pour l’anecdote, Patton devait être le second et dernier film à être tourné en Dimension 150, et la moitié du budget passa en location de soldats et équipements de l’armée espagnole.

Si le film est ambigu, c’est pour une raison très simple : en faisant l’apologie d’un général, Patton n’en est pas moins un des films les plus antimilitaristes de son genre. Paradoxal ? Pas sûr, simplement plus subtil que la plupart des productions de ce type et se refusant, à l’ère du Vietnam, de faire l’apologie de la guerre, Schaffner étant un cinéaste résolument engagé. Ainsi, alors que Patton est décrit de manière réaliste (brutal, grossier, guerrier et un peu cinglé…), l’armée US en prend pour son grade, se ridiculisant elle-même au travers des punitions infligées à son meilleur officier. Elle condamne un régiment à une mort certaine en le privant de carburant (des scènes de combats forts réalistes au demeurant, ne lésinant pas sur les effets pyrotechniques et explosifs) ; elle joue les hypocrites avec l’URSS qu’elle avait, déjà à l’époque, l’intention de combattre d’une manière ou d’une autre… La guerre plus généralement est montrée du doigt comme un coup médiatique : comment ne pas éclater de rire en apprenant que Patton devait rester sur ses positions pour laisser entrer les Anglais victorieux en Italie ? Autant de charges virulentes et à peine dissimulées qui transforme Patton en martyr. En effet, le général américain semble trouver, aux yeux des scénaristes et de Schaffner, un pardon absolu, voire même une profonde admiration qui pousse même à lui éviter la mort en l’occultant (l’accident de voiture qui coûta la vie de Patton est illustré comme un acte manqué ici). Un respect total pour un homme finalement hors de son époque – mais en avait-il une ?

A ce jour encore, on ne parvient pas à imaginer qui d’autre que Georges C. Scott aurait pu interprété ce « monstre sacré » en son genre, ce génie rebelle et trop teigneux pour être dans l’armée. Même l’excellent Karl Malden doit se battre pour lui tenir tête. La personnalité de Scott était sans doute la plus proche du vrai Patton, et cela doit être pour ça qu’il est si extraordinaire. Le tournage ne fut pourtant pas de tout repos : Scott fît perdre une journée entière de tournage parce qu’il jouait contre un champion de ping pong et voulait gagner au moins un set, même s’il devait y passer la nuit. Il refusait également de dire le speech du début sous prétexte de fausser l’ensemble de sa prestation pour le reste du film. Ce ne sont là que des traits d’un caractère fort qui devait pourtant offrir l’une des plus grandes interprétations de tous les temps, justement récompensée aux Oscars. Mais Scott était fidèle à lui-même, et pour la première fois de l’Histoire un acteur refusa la statuette, estimant que la compétition entre acteurs était stupide et décrivant la cérémonie comme une « meat parade ». Borné certes, mais humble : Scott déclara ainsi qu’il ne pensait pas avoir su capter toute la complexité du personnage de Patton, et désirait ardemment s’en excuser auprès de Schaffner.

Le film fut hélas fraîchement accueilli, malgré ses 7 Oscars : le peuple américain en avait marre de la guerre, et le Nouvel Hollywood commençait déjà à faire passer les films de studio pour des trucs ringards. 37 ans plus tard, le discours n’est plus le même : Patton est, à l’instar de son héros, un monument.

Note : *****

Posté par cinemaniaque à 00:01 - Schaffner, Franklin J. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 juillet 2005

Papillon

papillon1Cinquième film du génial Franklin J. Schaffner que ce Papillon.

Henri "Papillon" Charrière, un malfrat de petite envergure, est jugé à tort pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Celui-ci est condamné à vie dans une prison d'une colonie française : le bagne de Cayenne. Mais Papillon n'a qu'une seule idée en tête : s'évader.
Malheureusement, ses régulières tentatives sont toujours restées sans réussite. Devant son acharnement, les dirigeants l'envoient sur Devil's Island, une prison dans la prison, dont jamais personne n'a réussi à s'échapper. Une épreuve terrible pour Papillon, qui découvre l'enfer de l'environnement carcéral...

Effectivement, nous assistons à un enfer ! Comme l’avait fait Le pont de la rivière Kwaï à son époque, Papillon en vient à scandaliser le spectateur face à toutes les souffrances physiques et surtout morales que doit endurer le héros, en particulier la partie du film où il est enfermé dans la cellule d’isolement, dans le noir et en silence, ses rations réduites de moitié. Un tel réalisme, un tel impact sur le spectateur, c’est plutôt rare au cinéma, encore plus à cette époque. D’autant est plus grand le mérite du film.

Deux choses frappent plus que tout dans ce film : la réalisation et les interprétations.

Les acteurs d’abord : Steve McQueen et Dustin Hoffman, aussi immenses l’un que l’autre ! Pour Hoffman, rien de vraiment compliqué, son personnage restant un peu dans la veine de ce qu’il interprète d’habitude, mais Steve McQueen, présent dans 85% des plans, est d’une intensité incroyable ! De son caractère rebelle et empli de liberté à sa destruction morale dans la cellule, où on le voit se balancer sur place en train de chiquer et le regard vide, sans vie même, reste un moment mémorable…

Pour la réalisation, Franklin J. Schaffner est très fidèle à son style : une mise en scène épurée, une direction d’acteur incroyable et surtout une priorité de la réflexion sur l’action. Mais il n’en oublie pas pour autant l’humour, qui allège le film par moment de toute son énergie dramatique.

Là où on est un peu déçu, c’est dans le scénario ; certes très bon (le film est basé sur des faits réels qui plus est) il comporte cependant quelques longueurs un peu inutiles, des scènes dont on se serait bien passé ou, du moins, qu’on aurait préféré plus courtes. De 2h30, le film aurait pu passer à 2h-2h10 ça n’aurait pas été plus mal.

Mais qu’importe, le fait est là : Papillon fait partie de ces chef-d’œuvres des années 70, signée par un metteur en scène efficace et hélas trop peu prolifique.

Note : ****

Posté par cinemaniaque à 13:37 - Schaffner, Franklin J. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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